Le déroulé de nos consultations est rempli de beaucoup de sympathie envers nos patients, d’examens cliniques complets, de beaux diagnostics entraînant des prescriptions dosées au plus juste entre la thérapeutique idéale et la vraie vie mais aussi de nombreuses habitudes plus discutables scientifiquement et médicalement parlant !
On nous l’a répété tout au long de nos études : un bon examen clinique se fait sur un patient dés-ha-bil-lé ! En médecine générale, autant dire que, tous autant que nous sommes, nous comprenons très vite qu’intégrer un examen complet sur un patient en sous-vêtements n’est ni approprié, ni souhaitable, ni tout simplement faisable par rapport au temps imparti par consultation, même avec la meilleure volonté du monde. Pour autant, l’examen physique ciblé adapté au motif ne devrait jamais être bâclé, et j’espère que le stétho’ par-dessus le t-shirt ne fera jamais partie de mes mauvaises habitudes…
En revanche, je plaide coupable pour le brassard du tensiomètre non adapté à la corpulence du patient, espérant que le scratch ne lâche pas en plein milieu de la prise de tension chez un patient obèse… Je zappe aussi parfois le passage sur la balance, ne souhaitant pas déprimer mon patient diabétique, qui n’a visiblement pas du tout maigri, mais surtout, ne voulant pas rouvrir une énième fois le chapitre « Il va vraiment falloir faire des efforts, car la metformine ne compense pas la raclette au Nutella… ».
Lors d’une consultation d’adolescent, je SAIS qu’il faut faire sortir le parent à un moment. Je le fais d’ailleurs la plupart du temps, mais j’avoue que, parfois, un peu par crainte du temps que ça va prendre, je ne le fais pas... Flemme également de voir la mine renfrognée dudit ado quand il comprend qu’il va devoir me regarder dans les yeux et formuler des réponses intelligibles…
En revanche, l’impératif sur lequel je ne transige jamais (en théorie), c’est le déshabillage des nourrissons : j’ai vu trop de signes de lutte respiratoire alors que le bébé avait l’air tout gazouillant et souriant habillé. Mais quand même… Quand on est en retard, que le motif est une conjonctivite, au moment où le parent, discipliné, a déjà enlevé pas mal de couches de vêtements, et qu’il reste un body suffisamment lâche pour passer le stétho’, quelquefois, je l’avoue, je déroge à cette sacro-sainte règle… Pareil pour la pesée sans couche, 99 % du temps, mais pas 100 % !
Côté prescriptions, certaines devraient quitter mes ordonnances types, mais je n’y arrive pas… Je sais que la CRP sur un bilan de dépistage du cinquantenaire n’a absolument aucun intérêt, mais le formatage par l’exercice hospitalier de notre jeunesse a la vie dure… J’ai déjà réussi à enlever l’iono’ systématique (quitte à l’oublier parfois chez un patient sous diurétiques, oups !). Quant à la TSH, difficile de ne pas l’avoir facile devant une fatigue de la jeune femme – en dépit d’un rendement quasi nul, évidemment !
Concernant les relations avec les autres soignants, je plains les kinés qui reçoivent mes ordonnances : si elles font plus d’une ligne, c’est que j’avais vraiment du temps devant moi (donc jamais…).
J’ai aussi la mauvaise habitude de céder facilement aux demandes, surtout avec quelques patients bien identifiés : à l’idée de la montagne d’explications et de persuasion que je vais devoir mobiliser juste pour éviter une ordonnance de biologie ou de radio du rachis – complètement inutiles, bien sûr –, je sors mon plus grand sourire comme si c’était vraiment une excellente idée de (re)faire tous ces examens.
Mes patients étant habitués à me voir tapoter sur mon ordinateur pendant qu’ils me parlent, j’ai pris l’habitude sur les consultations à motifs multiples, pour un patient qui va visiblement très bien et qui a prévu de me raconter une grande partie de sa vie sur le semestre écoulé, de commencer un peu tout en même temps : l’ordonnance de médicaments, de biologie, le courrier pour le spécialiste… J’ai parfois un vague sentiment de culpabilité quand l’imprimante sort tous les papiers d’un coup comme par enchantement, alors que le patient pense que j’étais 100 % concentrée sur sa douleur de coude car il a trop jardiné, ses ballonnements finalement pas plus intenses que sur les trente dernières années et son genou qui grince quand il pleut.
Finalement, nous sommes perfectibles et c’est très bien comme ça, acceptons donc nos habitudes parfois discutables !