Les nouveaux animaux de compagnie (NAC) sont de plus en plus populaires, avec une diversité croissante des espèces disponibles. Cette tendance n’est pas sans conséquence sur la santé de certains propriétaires. Outre les risques traumatiques ou infectieux, ils sont à l’origine de réactions allergiques respiratoires ou cutanées. Faisons le point.

Les nouveaux animaux de compagnie (NAC) regroupent, par définition, tous les animaux autres que les chiens et les chats. On y distingue les anciens NAC comme les lapins, cobayes, hamsters ou oiseaux, et les nouveaux tels que les reptiles, les batraciens, les arachnides, etc.

La présence de NAC au domicile peut exposer les propriétaires à des risques d’asthme, d’urticaire ou de dermite de contact aux protéines animales. Leur alimentation peut également être source de réaction allergique.

Allergie au lapin

Les allergènes sont présents dans la salive, les urines, les sécrétions lacrymales et le pelage de l’animal. Selon la nomenclature internationale établie par l’IUIS/WHO (International Union of Immunological Societies/World Health Organization), quatre allergènes moléculaires sont identifiés à ce jour chez Oryctolagus cuniculus ou lapin domestique (décrits dans l’encadré).

Des possibles allergies croisées ont été évoquées, avec le lièvre (à cause de Ory c 1), le chien et le chat (une étude décrit plusieurs patients ayant des IgE spécifiques dirigées contre des protéines homologues entre ces espèces). En effet, l’allergène Ory c 4, une lipocaline de lapin, partage une forte homologie avec Fel d 4 (chat) et Can f 6 (chien).

Les manifestations cliniques sont variées.

Hormis l’urticaire de contact, des réactions allergiques IgE-médiées (asthme, rhinoconjonctivite) ont été signalées. Citons par exemple le cas de cet enseignant qui, pendant son temps libre, est magicien à temps partiel. Au fil des représentations, il a commencé à présenter des symptômes respiratoires dès que le lapin sortait de son chapeau : gêne respiratoire, toux, dyspnée, rhinoconjonctivite.

L’anaphylaxie après ingestion de viande de lapin a été rapportée chez une adolescente de 17 ans, avec antécédents d’allergie respiratoire au lapin dans la petite enfance.

Bien qu’exceptionnelle, citons aussi une réaction anaphylactique sévère survenue chez un patient transplanté rénal après administration de Grafalon, un sérum antilymphocytaire d’origine lapine utilisé en induction immunosuppressive. Ce produit est donc à proscrire chez les patients ayant une allergie connue au lapin.

Hamster : des allergènes variables selon l’espèce

De nombreuses espèces de hamster existent : le hamster doré ou syrien (Mesocricetus auratus) ; le hamster nain (Phodopus sungorus) ; européen (Cricetus cricetus) ; de Roborovski (Phodopus roborovskii)… Les allergènes identifiés ne sont pas forcément identiques d’une espèce à l’autre. Chaque type de hamster peut présenter des protéines allergéniques spécifiques, ce qui explique la diversité des réactions cliniques observées chez les personnes exposées.

En particulier, chez le hamster doré ou syrien (Mesocricetus auratus), un allergène appelé Mes a 1, a été identifié dans les glandes sous‑maxillaires, spécifiquement chez le mâle. Cette localisation peut expliquer certaines réactions allergiques lors de sa manipulation. Le hamster chinois (Cricetulus griseus) est souvent associé, selon plusieurs publications, à des réactions de contact pouvant aller jusqu’à des épisodes d’anaphylaxie.

Un cas exceptionnel d’allergie croisée entre les poils de hamster et la viande de cheval a également été rapporté.

Enfin, une allergie connue au hamster est mentionnée comme contre‑indication au rituximab car cette biothérapie a été développée sur des lignées cellulaires ovariennes de hamster chinois (Cricetulus griseus). Il s’agit d’une mesure de prudence car, à ce jour, aucune réaction n’a été documentée.

Le rat

Le rat domestique (Rattus norvegicus) entraîne, chez les personnes atopiques, un risque d’allergie respiratoire trois fois plus élevé que dans la population générale. Les allergènes majeurs sont retrouvés principalement dans les urines, notamment Rat n 1A et Rat n 1B. Cinq autres allergènes ont été identifiés sur le pelage, ainsi que cinq supplémentaires dans la salive, bien qu’ils ne soient pas encore répertoriés au niveau international. Il existe également une réactivité croisée entre les allergènes du rat et ceux de la souris, pouvant provoquer des symptômes respiratoires chez des individus sensibilisés à l’un ou l’autre de ces rongeurs.

Le cochon d’inde

Le cochon d’Inde (Cavia porcellus) est également une source importante d’allergènes. Ses protéines allergéniques sont présentes dans la salive, les poils et les urines. Parmi les allergènes majeurs identifiés, figurent Cav p 1, Cav p 2 et Cav p 3, auxquels s’ajoutent deux allergènes reconnus au niveau international, Cav p 4 et Cav p 6.

Le furet

Un des premiers cas d’allergie au furet (Mustela putorius furo) a été décrit en 2001, chez un homme de 41 ans. Le contact direct avec l’animal provoquait des réactions cutanées de type urticaire. Après avoir lavé son furet, pour la deuxième fois en deux semaines, il a présenté une crise d’asthme sévère.

À ce jour, les allergènes du furet ne sont pas officiellement répertoriés dans la nomenclature internationale. Cependant, cette publication de 2001 a signalé la présence de protéines allergéniques de faible poids moléculaire dans les urines et les poils du furet suggérant une source potentielle de sensibilisation.

L’iguane

Les reptiles sont classiquement considérés comme non allergisants, car ils ne possèdent ni poils ni squames comparables à celles des mammifères. Pourtant, l’allergie à l’iguane existe (bien qu’exceptionnelle). Une publication de 2000 décrit un homme de 32 ans qui présentait depuis plusieurs mois une rhinite et un asthme survenant uniquement à son domicile. Il vivait avec deux chiens, deux chats et deux iguanes. Les tests cutanés réalisés avec les allergènes habituels étaient négatifs. Les médecins ont donc préparé des extraits à partir des écailles d’iguane et d’autres reptiles de zoo pour réaliser des tests cutanés en prick, qui se sont révélés positifs, ainsi que le dosage des IgE spécifiques dirigées contre des protéines extraites des écailles de son iguane et d’un iguane de zoo. Les prick tests aux pneumallergènes classiques étaient tous négatifs. L’éviction de l’animal a entraîné une amélioration nette des symptômes, confirmant son rôle causal.

D’autres cas de rhinoconjonctivite déclenchée par l’exposition à un iguane domestique ont été décrits ; à chaque fois, les tests cutanés et la recherche d’IgE spécifiques réalisés à partir des écailles d’iguane se sont révélés positifs.

Il est donc important d’interroger systématiquement les patients sur la présence d’animaux exotiques au domicile lorsqu’un tableau d’asthme ou de rhinite reste inexpliqué.

les cas atypiques

Parmi les cas anecdotiques, citons une rhinoconjonctivite, un asthme et un angioœdème survenus lors d’un contact avec un raton laveur et une urticaire de contact chez une personne manipulant un hérisson pygmée d’Afrique.

La nourriture parfois en cause

De façon indirecte, la nourriture des NAC peut aussi sensibiliser les personnes qui la manipulent.

Citons quelques cas cliniques emblématiques :

  • une technicienne de laboratoire exposée à l’alimentation pour lapins a rapporté une dermite de contact allergique (lésions prurigineuses sur les mains et les avant-bras). Les tests épicutanés ont révélé une sensibilisation à des protéines alimentaires, en particulier des protéines de poissons, présentes dans les granulés. Ce cas met en évidence le rôle potentiel des protéines alimentaires comme agents sensibilisants dans les dermites de contact professionnelles. L’analyse détaillée de la composition des produits manipulés reste toujours cruciale ;
  • chez un jeune garçon suivi pour dermatite atopique ayant un eczéma des mains résistant aux traitements locaux, l’interrogatoire a révélé une exposition quotidienne aux pissenlits (Taraxacum officinale), qu’il cueillait pour nourrir les lapins. Les tests épicutanés ont confirmé une sensibilisation aux lactones sesquiterpéniques ;
  • une femme de 42 ans a présenté une urticaire de contact, une rhinoconjonctivite et un asthme en manipulant des graines noires de Guizotia abyssinica (graines de niger) destinées aux oiseaux ;
  • d’autres cas concernent des mélanges contenant des graines de tournesol, du millet ou des pignons de pin. Leurs contacts répétés peuvent entraîner une sensibilisation par voie cutanée, puis des réactions après ingestion de ces graines, allant de l’urticaire jusqu’à l’anaphylaxie ;
  • une anaphylaxie avec angioœdème palpébral et urticaire de contact a également été rapportée avec des larves de Chironomus utilisées comme nourriture pour poissons.

Encadre

Quatre allergènes identifiés chez le lapin

L’allergène majeur Ory c 1, présent dans la salive et se déposant sur le pelage par léchage, est une lipocaline de 18 kDa, identifiée comme une protéine de liaison aux odorants (odorant-binding protein). Les concentrations mesurées dans la poussière domestique des foyers hébergeant des lapins varient de non détectables à 41 290 ng/g ; les niveaux les plus élevés ont été observés dans les habitations où les lapins vivent à l’intérieur. Dans un laboratoire utilisant des lapins, les concentrations dans l’air ambiant varient de 65 à 216 ng/m³.

L’allergène Ory c 2 est identifié dans la salive du lapin (odorant-binding protéin 2).

L’allergène Ory c 3 est une sécrétoglobuline présente dans les squames et les sécrétions lacrymales du lapin, aussi appelée utéroglobuline. Elle est reconnue comme un allergène respiratoire majeur, avec un taux de sensibilisation de 77 % chez les personnes allergiques aux lapins. Elle appartient à la même famille que Fel d 1, l’allergène principal du chat avec lequel il n’y a pas d’allergie croisée connue.

L’allergène Ory c 4 est une lipocaline de 24 kDa.

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