Adopté en France depuis 2017, le logo Nutri-Score a un double objectif : aider les consommateurs à juger de la qualité nutritionnelle des aliments au moment des achats et inciter les industriels à améliorer la composition des produits. Quelles sont les études récentes à l’appui de son utilisation ? Quel bilan 3 ans après son adoption en France et quels enjeux ? Entretien avec Serge Hercberg, président du Programme national nutrition santé (PNNS) et directeur de l’unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle.

 

Comment est calculé le Nutri-Score ?

L’algorithme sur lequel il repose prend en compte à la fois des éléments négatifs qu’on trouve dans les aliments et qu’on doit limiter (sucre, sel, graisses, calories) mais également des points positifs (fibres, protéines, fruits et légumes, légumineuses, fruits à coques…) ; le score obtenu reflète ainsi la qualité nutritionnelle globale de l’aliment

Par rapport à d’autres scores proposés, il a l’avantage d’être simple à calculer et transparent (l’algorithme étant public) car il s’appuie sur les données qui sont sur l’étiquette des aliments. 

Quelles sont les études récentes à l’appui de son utilisation ?

De nombreux travaux scientifiques ont validé le Nutri-Score, dont deux études récentes issues de la cohorte européenne EPIC, dans laquelle plus de 500 000 participants (dans 10 pays européens), ont été suivis pendant plus de 15 ans. Les résultats montrent que les personnes consommant en moyenne plus d’aliments mal classés sur l’échelle du Nutri-Score avaient un sur-risque de 7 % de développer un cancer1 (côlon, rectum, voies aérodigestives supérieures, estomac ; poumon chez les hommes, foie et sein chez les femmes) et une mortalité accrue2 (totale et liée au cancer et aux maladies des appareils circulatoire, respiratoire et digestif).

D’autres travaux ont évalué l’impact du Nutri-Score sur le panier d’achat des consommateurs. En particulier, une étude réalisée dans un magasin expérimental,3 a montré que l’affichage du Nutri-Score sur les emballages améliore de 9 % la qualité nutritionnelle du panier d’achat. Selon une modélisation (« Prime », qui prédit l’impact du changement alimentaire sur la mortalité), ceci correspond à réduire la mortalité par maladie chronique de 3,4 %. Autre point important : son efficacité chez les populations à faible revenu. 

Mais pour que le Nutri-Score soit pleinement efficace, il doit être affiché sur l’ensemble des aliments… Or, à ce jour, l’apposition du Nutri-Score dépend uniquement de la bonne volonté des industriels, et certaines firmes y sont farouchement opposées (Coca-Cola, Ferrero, Mars, Mondelez…). 

Trois ans après son lancement, les Français se sont-ils appropriés ce logo ?

La part de marché des marques engagées dans la démarche Nutri-Score n’a cessé d’augmenter depuis 2018, pour atteindre 50 % des volumes de ventes, tous secteurs confondus, en 2020. Selon la dernière enquête de Santé publique France, réalisée auprès d’un échantillon national représentatif de la population, le Nutri-Score est désormais plébiscité par 90 % des consommateurs : ces derniers considèrent qu’il est facile à comprendre et qu’il les guide dans leurs achats. Un consommateur sur deux considère qu’il a un impact sur ses choix alimentaires. Rappelons que, outre la France, 6 autres pays européens ont aussi adopté le Nutri-Score : la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et le Luxembourg. 

Quels sont les enjeux actuels ?

Tout d’abord, son élargissement aux produits bruts vendus en vrac dans les supermarchés et aussi à la restauration collective. En effet, on peut calculer – à partir d’une fiche recette standardisée, en fonction des ingrédients et du mode de cuisson – le Nutri-Score du plat fini, qui peut être affiché au sein des restaurants d’entreprise, scolaires ou universitaires, mais aussi des fast-foods…

Par ailleurs, ce logo s’améliore : un comité réunissant des représentants des autorités nationales des 7 pays qui l’ont adopté a été mis en place pour réfléchir à ses évolutions en fonction de l’actualisation des connaissances scientifiques et des recommandations alimentaires. 

Mais l’enjeu le plus important est qu’il soit choisi en 2022 comme logo nutritionnel européen ! La Commission européenne (CE) a annoncé qu’un logo unique, harmonisé et obligatoire sera adopté pour l’ensemble de l’Europe au 4e trimestre 2022. Cela implique de modifier le règlement sur l’information des consommateurs (INCO) de 2011, interdisant aux États membres de rendre obligatoire l’apposition d’un logo nutritionnel sur les emballages alimentaires. C’est un combat difficile à mener, compte tenu des pressions exercées par les lobbies industriels. Certains pays s’y opposent, comme l’Italie, qui considère que certains produits comme le jambon de Parme et le « parmigiano » sont pénalisés par le Nutri-Score, et proposent, en alternative, un système de batterie (Nutrinform Battery) qui n’a aucune base scientifique et qui est incompréhensible !

Quelle est la place d’autres applications, comme Yuka, qui prend en compte aussi les additifs et le label bio ?

Comme tous les logos nutritionnels, le calcul de Nutri-Score repose sur la composition nutritionnelle des aliments, mais ne prend en compte ni les additifs ni le degré de transformation ni la présence de pesticides.

Yuka mélange ces 3 dimensions : qualité nutritionnelle, additifs et bio. Ce sont 3 paramètres importants mais qu’on ne peut pas regrouper : comment juger les additifs, alors qu’il y a des effets cocktail ? Quel est le pourcentage qu’on attribue à ces 3 dimensions dans le score final ? C’est impossible, d’un point de vue scientifique, de proposer un seul indicateur qui englobe tous les éléments.

La seule application reconnue par Santé publique France est Open Food Facts, développée par une association à but non lucratif indépendante de l’industrie. Lorsque vous scannez un des 500 000 produits répertoriés, l’application affiche différentes informations, séparément : le Nutri-Score, la classification Nova (4 groupes en fonction du degré de transformation), le label bio, la liste des additifs et aussi un éco-score (impact environnemental). 

Il faut toutefois rappeler que les applications sont chronophages et peu utilisées par les populations défavorisées : l’information doit être affichée sur l’emballage pour être efficace lors des achats !

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

 

À lire aussi

Hercberg S, Galan P, Kesse-Guyot E, et al. Nutri-Score : le bilan 3 ans après son adoption officielle en France. Rev Prat 2021;71(2);151-3.

 

 

Figures et tableaux
Références
(1) Deschasaux M, Huybrechts I, Murphy N, et al. Nutritional quality of food as represented by the FSAm-NPS nutrient profiling system underlying the Nutri-Score label and cancer risk in Europe: Results from the EPIC prospective cohort study. PLoS Med 2018;15:e1002651.   (2) Deschasaux M, Huybrechts I, Julia C, et al. Association between nutritional profiles of foods underlying Nutri-Score front-of-pack labels and mortality: EPIC cohort study in 10 European countries. BMJ 2020;370:m3173.   (3) Egnell, M, Crosetto P, d’Almeida T, et al. Modelling the impact of different front-of-package nutrition labels on mortality from non-communicable chronic disease. Int J Behav Nutr Phys Act 2019;16:56.