1 - L’âge est un facteur de risque oncologique important. Près de la moitié des cancers surviennent après 65 ans, seuil retenu par les différentes instances pour parler du sujet âgé (même si l’âge de 70 ans tend à être considéré comme un seuil plus réaliste). Les projections pour 2035 s’élèvent à 60  % des cancers survenant après 65 ans. En considérant les âges plus élevés, 15 % des cancers survenaient chez des personnes de plus de 80 ans en 2018  ; ce pourcentage atteindra 25 % en 2050.

2 - La fragilité liée au vieillissement est fréquente (10 à 20  % de la population générale dès l’âge de 70 ans) et souvent accrue en cas de cancer. Elle reflète la capacité intrinsèque du sujet, c’est-à-dire sa capacité physique et mentale, et ses réserves fonctionnelles, qui déclinent avec l’âge. Un stress provoqué par l’annonce du cancer, son traitement ou la survenue d’une complication peut la révéler. Elle est difficile à repérer si elle n’est pas systématiquement recherchée. Son degré de réversibilité est essentiel pour apprécier la capacité du patient à récupérer (résilience) et le considérer avec un vieillissement harmonieux («  fit  »), vulnérable (réversibilité possible) ou fragile (réversibilité limitée).

3 - L’évaluation gériatrique est l’intervention qui a le niveau de preuve d’utilité le plus élevé pour prendre en charge un sujet âgé présentant un cancer. Elle permet d’identifier les mesures préventives, d’ajuster le plan thérapeutique au niveau de fragilité, en respectant les priorités exprimées par les patients âgés (tolérance, qualité de vie, maintien d’autonomie) et sans perte d’efficacité.

4 - L’ajustement du traitement oncologique est un leitmotiv. Le surtraitement spontané est plus fréquent que le sous-traitement. En réunion de concertation pluridisciplinaire, l’évaluation gériatrique change dans 20 à 40  % des cas la décision oncologique portée sans elle, et ce pour une désescalade dans deux cas sur trois.

5 - Le modèle de développement en oncologie n’est souvent pas bien adapté au sujet âgé. Construit sur l’escalade de l’intensité du traitement, il s’oppose au concept de fragilité croissante avec l’âge exposant à des effets indésirables plus fréquents.

6 - En recherche clinique oncologique, il existe une discrimination négative à l’égard des sujets âgés qui a peu évolué en vingt ans, générant un niveau de preuve faible pour guider leurs traitements. Ils ne représentent que 5 à 10  % des sujets inclus dans les études cliniques, et sont alors très sélectionnés et non représentatifs des sujets âgés traités au quotidien.

7 - Ce n’est pas parce que la recherche sur le cancer est dynamique, que cette recherche menée généralement chez les plus jeunes est pertinente pour la population âgée majoritaire avec fragilité.

8 - La qualité de vie et l’autonomie sont souvent prioritaires chez les sujets âgés. Le temps jusqu’à détérioration, l’espérance de vie en bonne santé, le temps contraint et passé à l’hôpital pour les traitements ou leurs complications sont ainsi des critères de jugement privilégiés chez le sujet âgé. La simplification de leur approche par le recueil autonome utilisant des «  patients reported outcomes  », est essentielle, en pratique courante comme en recherche. Le développement digital doit aussi être étudié et facilité pour les sujets âgés.

9 - L’âge civil ou chronologique est souvent considéré comme discriminatoire face à l’âge «  biologique  », lequel est supposé mieux refléter la capacité intrinsèque du sujet  ; toutefois, aucun test simple ne permet de mesurer le second. L’âge civil reste un facteur important, comme le démontre l’outil de dépistage de fragilité gériatrique G8, qui le considère comme un de ses huit items.

10 - L’activité de l’oncogériatrie en France repose sur les unités de coordination en oncogériatrie (UCOG) constituant depuis 2011 un maillage d’animation territoriale solide, un intergroupe de recherche clinique spécifique (DIALOG), plusieurs enseignements universitaires de troisième cycle et une société savante, la Société francophone d’oncogériatrie (SoFOG).