Cette étude prospective observationnelle a été menée à partir de la cohorte bien caractérisée de la UK Biobank 1 qui comprend 205 973 patients hommes âgés de 37 à 73 ans (âge médian = 58 ans), dont 11 088 (5 %) cas de fractures (toutes localisations confondues, dont 1 680 fractures du col du fémur et 1 366 fractures de l’avant‑bras), survenues après inclusion. Ceux avec fracture du col du fémur étaient légèrement plus âgés (âge médian = 63 ans) que ceux avec fracture de l’avant-bras (âge médian = 57 ans). Le dosage de testostérone et de SHBG des patients a été réalisé à l’inclusion. Les patients ont ensuite été suivis pendant une durée médiane de 13,6 ans (écart interquartile : 12,9 – 14,3). Les associations hormonales avec les fractures ont été modélisées via des régressions de Cox ajustées pour de nombreuses comorbidités et covariables.
Les résultats sont parus en 2025 dans le Journal of Clinical Endocrinology2. Ils ont révélé une association non linéaire entre la testostérone totale (T) et le risque de fractures du col du fémur (mais pas de l’avant‑bras), avec le risque le plus faible au 2e quintile de T (personnes avec une T plutôt basse) lorsque la SHBG n’était pas prise en compte.
Lorsque les modèles étaient ajustés pour la SHBG, ou lorsque la T libre calculée était utilisée, des concentrations plus faibles de T étaient associées à un surrisque de fracture sur tous les sites osseux évalués (exemple : fractures du col du fémur et de l’avant‑bras). Par ailleurs, des niveaux plus faibles de SHBG étaient associés à un risque réduit de fracture du col du fémur et de l’avant‑bras (comparaison Q1 [20 % de patients à SHBG la plus faible] vs Q5 [20 % de patients à SHBG la plus élevée] : col du fémur, HR = 0,55 [IC 95 % = 0,47 – 0,65] ; avant-bras, HR = 0,62 [0,52 – 0,74]).
L’étude conclut que, chez les hommes d’âge moyen à plus avancé, une faible SHBG circulante est nettement corrélée à un faible risque de fracture sur les différents sites osseux étudiés, tandis que les associations entre la testostérone totale et le risque de fracture sont plus modérées, non linéaires, variables selon le site osseux considéré et sensibles à l’ajustement pour SHBG. Ces résultats indiquent que la SHBG circulante, plutôt que la testostérone seule, est un biomarqueur indépendant clé du risque fracturaire chez l’homme. Les auteurs recommandent de mesurer simultanément la testostérone totale et la SHBG pour évaluer la relation entre les concentrations endogènes de testostérone et les fractures.
Ils soulignent toutefois que les participants considérés dans l’étude sont issus d’un groupe d’Européens dans une tranche d’âge relativement étroite, ce qui peut limiter la transposition des résultats à des patients non-Européens et/ou plus âgés qui présentent un risque de fracture plus élevé.
2. Grahnemo L, Marriott RJ, Murray K, et al. Associations of Serum Testosterone and SHBG With Incident Fractures in Middle-aged to Older Men. J Clin Endocrinol Metab 2025;110(7):1964-73.