Qu’est-ce qu’une lésion potentiellement maligne ?

Le concept qui autorise à désigner certaines lésions ou affections comme étant précancéreuses repose sur les constats suivants :
– le suivi longitudinal a bien donné lieu à une transformation maligne ;
– certaines de ces altérations sont observées au voisinage de carcinomes épidermoïdes (lésions érythémateuses ou blanches) ;
– certaines modifications morphologiques et cyto-logiques sont communes au carcinome épidermoïde et à ces lésions ;
– il existe une similitude des altérations chromo-somiques, génomiques et moléculaires détectées dans ces deux affections.
Les termes « précancéreux », « précurseur », « pré­malin », « néoplasie intra-épithéliale » et « potentiellement malin » ne sont plus adéquats pour décrire des aspects cliniques supposés se dérouler en deux ou plusieurs étapes, alors qu’il est peu probable qu’il y ait une même et unique voie de cancérisation semblable pour tous les individus.1
Le terme consensuel retenu est « lésion ou affection potentiellement maligne ». Il suffit à recouvrir toutes les situations rencontrées.2, 3

Leucoplasie

D’après la définition aujourd’hui retenue, une leuco-plasie est une lésion blanche à risque discutable de cancérisation après exclusion de toutes les lésions ou affections n’ayant pas un risque accru pour le cancer. La leucoplasie est un terme purement clinique et n’a aucune spécificité histologique.
Deux aspects qualifient ces leucoplasies : elles sont homogènes ou inhomogènes. La distinction est purement fondée sur la couleur et l’épaisseur. Elle donne une orientation évolutive ou pronostique.
La leucoplasie homogène (fig. 1) a un aspect de plaque blanche clairement circonscrite, plane ou légèrement surélevée, lisse ou uniformément rugueuse, légèrement granulaire et ondulée, parfois traversée par de fines crevasses ou fissures sans érythème ou avec un érythème discret et uniforme sans érosions. Cette forme de leucoplasie, la plus fréquente, présente rarement des aspects histologiques inquiétants (dysplasies) et subit rarement une transformation maligne, au contraire des leucoplasies inhomogènes. Précisons que la dysplasie ne correspond à aucun aspect clinique. C’est un terme histologique désignant des modifications cytologiques et architecturales plus ou moins importantes.
Les leucoplasies inhomogènes (fig. 2) peuvent comporter un aspect érythémateux, érosif, verruqueux ou nodulaire sur toute leur surface ou par endroits. La surface est irrégulière aussi en épaisseur. L’aspect peut être une plage érythémateuse mouchetée de kératose (speckled leucoplakia des Anglo-Saxons) ou érythroleucoplasie, et comporte un risque élevé de transformation.
D’autres éléments cliniques descriptifs peuvent aider à caractériser la leucoplasie : la cause, clairement rattachée à l’usage du tabac ou de la noix d’arec (ou noix de bétel), ou idiopathique, le siège dans la cavité buccale ou l’oropharynx, la taille et l’étendue de la lésion.
Le diagnostic différentiel, le plus souvent du domaine du spécialiste, se fait avec un white sponge naevus, une kératose frictionnelle, un morsicato buccarum (tic de mordillement), une lésion chimiquement induite, une candidose pseudomembraneuse, un lichen plan, une réaction lichénoïde, un lupus érythémateux discoïde, une « leucoplasie » chevelue ou une ouranite glandulaire...

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