Si le diagnostic de cancer est un moment opportun pour adopter des comportements nutritionnels plus sains, les patients doivent être accompagnés pour le faire sans prendre de risques. Les membres du groupe de travail INCa* rédigent ici des recommandations, fondées sur l’état actuel des connaissances, indispensables pour votre pratique !

 

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Fin 2020, l’Institut national du cancer (INCa) a publié un rapport concernant l’impact des facteurs nutritionnels sur les évènements cliniques (mortalité, progression, récidive du cancer) pendant et après un cancer. Ce rapport repose sur une expertise collective du Réseau NACRe (Réseau national alimentation cancer recherche www.inrae.fr/nacre) analysant les résultats de 243 études (méta-analyses, analyses poolées, essais d’intervention et de cohorte), l’objectif étant de fournir aux patients et aux professionnels des recommandations nutritionnelles adaptées selon les connaissances actuelles.

Quel impact des facteurs nutritionnels ? 

Les conclusions montrent que certains facteurs nutritionnels (régimes riches en fibres, en graisses, alcool, surpoids, dénutrition) ont un impact sur la mortalité, le risque de récidive et de second cancer primitif chez les patients atteints de cancer. Des recommandations ont été établies en conséquence selon le type de cancer. 

Tableau

Repérer les situations nutritionnelles à risque 

Des situations nutritionnelles à risque peuvent être rencontrées pour certaines localisations du cancer. 

Dès le diagnostic et tout au long du parcours de soins, il convient d’être vigilant face à une éventuelle perte de poids (cancers du poumon et de l’œsophage), la dénutrition (cancers du poumon, de l’œsophage, du côlon et du rectum, du pancréas, de l’estomac et du foie), une prise de poids (cancers colorectal, du sein et du rein) ou la consommation d’alcool (cancers des voies aérodigestives supérieures).

Après les traitements, il faut évaluer l’excès de poids des patients et les accompagner si nécessaire pour en perdre. Dans le cas des cancers du côlon et du rectum, du sein et du rein, il est conseillé d’atteindre et maintenir un poids de forme, sauf exception : pour les personnes ayant une obésité, l’atteinte d’un IMC entre 25 et 30 kg/m² est un objectif plus réaliste. En outre, pour les patients de plus de 70 ans, la perte de poids n’est pas appropriée ; celle-ci, augmentant en effet (de façon non intentionnelle) avec l’avancée en âge, se traduit par une perte de masse musculaire et est associée à une surmortalité.

Figure

Informer et accompagner les patients

En dehors de ces situations nutritionnelles à risque, il convient de rappeler aux patients, pendant et après un cancer, de suivre les recommandations nutritionnelles en vigueur pour la population générale, préconisant, dès le diagnostic, la promotion et la prescription d’activité physique, si besoin adaptée, la lutte contre la sédentarité et le sevrage tabagique.

L’enjeu est de taille, sachant que près de 3,8 millions de personnes en France vivent aujourd’hui avec un cancer ou en ont guéri. Le diagnostic de cancer apparaît comme un événement opportun pour adopter des comportements plus sains, du fait de la sensibilité particulière des patients aux messages de réduction des risques, sous réserve que leur état clinique et leur état nutritionnel le permettent. Pourtant, selon les résultats de l’enquête VICAN (4 174 patients), 5 ans après le diagnostic d’un cancer, 33 % des personnes n’ont pas de suivi spécifique en médecine générale ; 33 % sont en surpoids, 16 % sont obèses et 16 % ont une insuffisance pondérale ; 53 % ont réduit leur activité physique ; 45 % des consommateurs d’alcool n’ont pas arrêté leur consommation pendant le traitement du cancer et 60 % des fumeurs n’ont pas arrêté de fumer. 

Soja, compléments alimentaires, jeûne…lutter contre la désinformation

Les professionnels de santé doivent être à l’écoute des attentes de leurs patients, pour répondre à leurs questionnements, mais aussi identifier les éventuelles idées fausses.

Pour certains facteurs nutritionnels (soja, compléments alimentaires antioxydants, jeûne et régimes restrictifs…), des allégations « anti-cancer » non étayées par des preuves scientifiques circulent. 

Bien que des études suggèrent que la consommation de soja, après diagnostic d’un cancer du sein, puisse être associée à une diminution du risque de récidive, en l’absence de précision sur les quantités, les durées, la temporalité par rapport aux traitements et les possibles interactions délétères avec les traitements, il est déconseillé, par précaution, aux patientes atteintes de cancer du sein de consommer cette légumineuse (sous forme d’aliment ou de complément alimentaire).

Concernant les compléments alimentaires, les données sont éparses et peu précises. Bien que la consommation de compléments alimentaires à base de vitamine C soit associée à une réduction de la mortalité chez les patientes atteintes de cancer du sein (niveau de preuve probable), en l’absence de précision sur les quantités, les durées, la temporalité par rapport aux traitements et les possibles interactions délétères avec les traitements, il est déconseillé à ces patientes d’en consommer. Les compléments alimentaires à base d’antioxydants pourraient réduire l’efficacité des traitements anticancéreux en réparant les dégâts oxydatifs induits par ces derniers au niveau des cellules cancéreuses. De manière plus générale, il est conseillé de ne pas recourir aux compléments alimentaires, sauf indication médicale, et d’assurer ses besoins en vitamines et minéraux par une alimentation équilibrée. De même, en l’absence de données sur des populations européennes, il est conseillé de ne pas recourir à des extraits ou décoctions de plantes et de champignons médicinaux. 

Par ailleurs, il n’existe pas de preuve scientifique avérée sur le bénéfice de la pratique du jeûne ou de régimes restrictifs chez les patients atteints de cancer, et que ces pratiques pourraient augmenter le risque de dénutrition et de perte de masse musculaire (sarcopénie), qui sont des facteurs de mauvais pronostic du cancer. Des dépliants d’information destinés aux professionnels de santé et à leurs patients, sont disponibles sur le site web du Réseau NACRe ( www.inrae.fr/nacre ).

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

D’après : Latino-Martel P, Srour B, Ginhac J, et al. Pendant et après un cancer : repérer les situations nutritionnelles à risque. Rev Prat 2021;71:155-159.

*Membres du groupe de travail INCa « Impact des facteurs nutritionnels pendant et après cancer » :

Raphaëlle Ancellin, INCa, Boulogne-Billancourt

Vanessa Cottet, CHU Dijon, université de Bourgogne, Inserm, Dijon

Laure Dossus, Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), Lyon

Philippine Fassier, institut Gustave-Roussy, Villejuif

Julie Ginhac, Réseau NACRe, équipe de coordination, Jouy-en-Josas

Paule Latino-Martel, Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), coordination Réseau NACRe, Jouy-en-Josas

Isabelle Romieu, CIRC, Lyon

Sébastien Salas, CHU La Timone, Marseille

Stéphane Schneider, université Côte d’Azur, CHU de Nice

Bernard Srour, Inserm, EREN, Bobigny

Marina Touillaud, centre Léon-Bérard, Lyon ; UA8 Inserm, Lyon

Mathilde Touvier, Inserm, EREN, Bobigny

Figures et tableaux