Le ministère des Solidarités et de la Santé a émis le 20 avril une fiche concernant la prise en charge des personnes âgées à domicile hors Ehpad dans le contexte de l’épidémie de Covid-19.

 

Les seniors ayant des comorbidités et/ou en perte d’autonomie, ainsi que les sujets très âgés, constituent le public le plus vulnérable à l’épidémie de Covid-19. Les formes graves les touchent tout particulièrement : selon les données de la Solution informatique sécurisée de gestion des victimes (SIVIC), au 13 avril, les personnes de plus de 70 ans représentaient 57 % des personnes en hospitalisation conventionnelle pour Covid-19 et 30 % des patients en réanimation ou soins intensifs.

Or 60 % des personnes âgées en perte d’autonomie vivent à domicile (hors Ehpad) : les professionnels de santé de ville, les établissements d’hospitalisation à domicile (HAD), les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) sont donc indispensables à leur prise en charge. 

Cette stratégie émise par le ministère le 20 avril vient en complément de celles éditées pour les Agences régionales de santé (ARS) et les professionnels de santé de ville qui rappellent les principales questions sanitaires à prendre en compte pour gérer l’épidémie et les règles pour accompagner l’organisation des régions et des professionnels.

 

1. Nécessité d’une prise en charge globale sanitaire et sociale des personnes âgées à domicile

Les mesures de confinement et distanciation sociale ne doivent pas empêcher ces patients d’avoir accès aux soins hors Covid-19.

Ainsi, des mesures ont été prises pour faciliter l’adaptation des soins de ville et éviter les expositions au virus, dont la principale est le « télésoin » par vidéo ou par téléphone, non seulement pour les médecins mais aussi pour les masseurs-kinésithérapeutes, les psychomotriciens et les ergothérapeutes. Il est fortement recommandé que le médecin correspondant habituel (généraliste ou spécialiste) prenne contact par téléconsultation avec les patients atteints de pathologie chronique les plus fragiles pour s’assurer du suivi et détecter un risque de décompensation de la pathologie (il sera rémunéré pour cet acte). Cependant, il est nécessaire de maintenir les consultations présentielles en ville ou en établissement de santé qui ne pourraient être différées. Par ailleurs, l’HAD doit être sollicitée pour éviter des hospitalisations en établissement de santé avec hébergement.

Concernant les traitements chroniques et certains soins infirmiers, l’arrêté du 23 mars 2020 autorise leur poursuite lorsque la durée de validité d’une ordonnance est expirée,.

La continuité de la prise en charge palliative doit également être assurée pour les patients hors Covid, grâce aux équipes hospitalières dédiées ou aux équipes mobiles.

L’accompagnement social et médico-social doit aussi être assuré, selon les préconisations formulées à destination des services d’aide et d’accompagnement à domicile. Le maintien du lien social est nécessaire pour prévenir une dégradation psychologique sévère (repli sur soi, anorexie, etc.) pouvant entraîner une détérioration majeure de l’état général. Les plans d’alerte et d’urgence ont été déclenchés depuis le 22 mars dernier par les préfets, pour une prise de contact des communes avec les personnes inscrites sur le registre nominatif des personnes âgées et handicapées isolées. Il est à noter qu’un tiers, avec l’accord de la personne, peut demander l’inscription sur le registre communal, ce qui facilitera la prise de contact par la suite. Par ailleurs, le numéro vert national de la plateforme Covid (0 800 130 000) permet désormais de renvoyer vers une plateforme Croix-Rouge destinée spécifiquement à l’écoute, au soutien et à l’orientation des personnes fragiles isolées et leurs proches aidants.

 

2. Prise en charge des seniors avec comorbidités, des personnes âgées en perte d’autonomie et sujets très âgés suspects de Covid-19

Le ministère rappelle les spécificités du diagnostic chez les personnes âgées. Aux signes respiratoires s’ajoutent : une symptomatologie digestive, un état confusionnel, ainsi qu’un état initialement non fébrile – fébricule avec variations de température entre hyper- et hypothermie – sont souvent au premier plan chez ces patients. 

La téléconsultation est recommandée, d’autant plus si la personne peut être accompagnée d’un aidant ou d’un soignant. Si le médecin estime qu’elle n’est pas adaptée, la visite à domicile avec respect des mesures de protection est préconisée. 

Cinq modalités de surveillance à domicile sont possibles : 

– autosurveillance (patient ou entourage) ;

– télésurveillance ;

– suivi médical (réalisable en téléconsultation) ;

– suivi renforcé à domicile par des infirmiers, en complément du suivi médical (réalisable en télésuivi) ;

– HAD pour les patients ne requérant pas de soins en réanimation ou en surveillance continue 24h/24h.

En cas d’impossibilité pour la personne âgée malade sans signe de gravité de rester à son domicile habituel, une solution alternative doit être proposée : hébergement chez un membre de la famille pouvant mettre en place des mesures de confinement, accueil en hébergement temporaire ou hospitalisation dans un établissement Covid-19 sur la base des recommandations du ministère.

Concernant le soutien gériatrique, une astreinte « personnes âgées » de territoire est mise en place pendant la durée de l’épidémie, joignable par téléphone et par mail de 8h à 19h même le week-end. Cette expertise gériatrique vient en appui des médecins traitants et des médecins coordonnateurs des Ehpad pour les avis et décisions concertées d’hospitalisation. Elle peut être également ouverte pour les professionnels de santé intervenant auprès des personnes âgées à domicile. Les médecins de ville avec une compétence en gériatrie peuvent également y participer sous le régime de la réquisition, ce pour quoi ils doivent se mettre en relation avec la délégation territoriale départementale de l’ARS.

L’hospitalisation des personnes âgées suspectes de Covid-19 doit se faire après décision collégiale et après avoir évalué la possibilité d’une HAD et, dans la mesure du possible par admission directe non programmée sans passage aux urgences. À la suite d’une hospitalisation, des solutions intermédiaires peuvent être mises en place avant le retour à domicile du patient : hôpitaux de proximité, soins de suite et réadaptation, unité de soins de longue durée, Ehpad (sous réserve d’une stricte application des mesures de prévention), HAD. 

Finalement, une astreinte « soins palliatifs » est joignable par téléphone et par mail de 8h à 19h même le week-end. Elle fait appel aux équipes mobiles de soins palliatifs, aux équipes territoriales de soins palliatifs et aux établissements d’hospitalisation à domicile disponibles sur les territoires. Dans ce cadre, l’HAD est en effet un outil majeur à activer. Le médecin traitant peut avoir accès à cette astreinte pour des conseils individuels et pour permettre une décision collégiale et concertée avec la famille et/ou le patient. Il est important qu’il recueille les directives anticipées du patient ou de sa personne de confiance.

 

 

Pour télécharger la fiche

Ministère des Solidarités et de la Santé, Fiche professionnels de santé, hospitalisation à domicile et services à domicile – Prise en charge des personnes âgées à domicile hors Ehpad dans le cadre de la gestion de l’épidémie de Covid-19, 20 avril 2020.

 

L. M. A., La Revue du Praticien