Face à l’augmentation des signalements d’effets indésirables graves après consommation de cannabinoïdes de synthèse, notamment via des e-liquides, la Direction générale de la santé alerte les professionnels de santé et diffuse des recommandations de prise en charge.

Depuis le début de l’année 2025, les dispositifs de surveillance sanitaire font état d’une augmentation marquée des expositions aux cannabinoïdes de synthèse, avec des tableaux cliniques graves chez des adolescents mineurs (surtout de sexe masculin).

Cette hausse est en lien avec le vapotage de e-liquides, inodores et incolores, contenant des cannabinoïdes de synthèse à forte toxicité. Communément nommés « PTC » (« pète ton crâne »), Buddha Blue, Spleen ou K2, il s’agit de substances chimiques qui imitent les effets du THC, mais avec des effets plus puissants. Or, les usagers ignorent souvent la composition réelle des produits consommés, parfois présentés comme licites (« CBD », e‑liquides).

Entre début 2025 et le 30 avril 2026, l’ANSM a recensé environ 500 signalements, avec 71 % de cas graves dont deux décès (convulsions répétées, suicide). L’analyse des e-liquides vapotés ou des prélèvements biologiques, réalisée dans près d’un cas sur cinq, met en évidence la présence d’un ou plusieurs cannabinoïdes de synthèse classés comme stupéfiants.

Tableaux cliniques non spécifiques

Les présentations cliniques observées sont hétérogènes, pouvant associer des troubles :

  • neurologiques : agitation, confusion, convulsions, altération de la conscience pouvant aller jusqu’au coma ;

  • psychiatriques : hallucinations, attaque de panique, idées suicidaires, signes de sevrage ;

  • cardiovasculaires : tachycardie, douleurs thoraciques, mais aussi bradycardie, troubles du rythme ou collapsus ;

  • digestif : nausées, vomissements.


Dans les formes les plus sévères : décompensations aiguës multiviscérales associant atteintes neurologiques, cardiovasculaires et métaboliques (acidose sévère, hyperlactatémie).

Le caractère non spécifique des symptômes, associé à une faible sensibilisation des professionnels, peut contribuer à une sous‑détection du phénomène.

Recommandations

Compte tenu de ce signal préoccupant et évolutif, la DGS appelle à une vigilance renforcée.

Il est recommandé :

  • d’identifier précocement et d’orienter de manière adaptée les patients ayant un tableau clinique évocateur, en particulier chez les adolescents ;

  • en cas de signes de gravité (convulsions, troubles de la conscience, agitation extrême, détresse respiratoire, douleur thoracique…) ou de situation clinique préoccupante même en l’absence de signes majeurs, orienter vers un service d’urgence ;

  • de solliciter l’avis du CEIP-A de sa région (liste des centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance) ou du Centre anti-poison et de toxicovigilance (CAPTV) ;

  • d’informer les patients et leur entourage de l’existence de dispositifs d’écoute, d’information et d’orientation spécialisés, tels que Drogues info service (DIS) ;

  • d’inviter, dans la mesure du possible, à conserver le produit suspect, afin de permettre une éventuelle analyse ;

  • de sensibiliser les adolescents et leur entourage aux risques graves associés à ces substances, y compris lorsqu’elles sont consommées par vapotage ou présentées comme des produits licites.


Recueil et analyse des produits

Lorsqu’un produit associé au cas clinique est disponible, il est recommandé de proposer sa collecte et son analyse dans le cadre du dispositif SINTES (Système d’identification national des toxiques et des substances) de l’OFDT.

Ce dispositif permet une analyse gratuite et anonyme des produits psychoactifs par un réseau de laboratoires partenaires capables d’identifier de nombreux cannabinoïdes de synthèse, y compris des composés non détectés dans les analyses biologiques courantes.

Les professionnels peuvent contacter leur coordination régionale SINTES, ou directement la coordination nationale (sintes@ofdt.fr ; 01 41 62 77 37).

Signalement des cas

Tout cas suspect ou confirmé d’exposition à des cannabinoïdes de synthèse doit être signalé via le Portail de signalement des évènements sanitaires indésirables :https ://signalement.social-sante.gouv.fr (modalités pratiques précisées dans l’encadré ci-dessous).

Encadre

Modalités pratiques de déclaration.

1.    Accéder au portail, cliquer sur l’onglet bleu « Signaler un évènement indésirable  » et sélectionner l’entrée « Vous êtes un professionnel de santé ».

2.    Cliquer dans la rubrique « Effet sanitaire indésirable suspecté d’être lié à des produits de consommation ».

3.    Choisir le formulaire adapté à la situation :

  • « Addictovigilance » si une consommation de substance(s) est suspectée ;

  • « Vapotage et pneumopathie » si le cas présente une pneumopathie sévère et pratique le vapotage ;

  • les autres évènements indésirables potentiellement associés au vapotage doivent être déclarés via le formulaire « Toxicovigilance ».

4.    Dans le formulaire choisi, renseigner :

  • les informations cliniques sur la personne exposée ;

  • toute information disponible sur le produit consommé.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés