L’incidence toujours aussi importante des principales maladies chroniques conduit les autorités sanitaires des différents pays à développer des programmes de prévention de facteurs de risque communs à toutes ces pathologies. Quatre principaux facteurs de risque communs sont maintenant reconnus pour ces maladies, dont l’inactivité physique et la sédentarité. C’est pourquoi la lutte contre l’inactivité physique et la sédentarité est devenue un enjeu de santé publique.
À la suite de multiples études et enquêtes épidémiologiques confirmant l’intérêt de l’activité physique en prévention primaire et tertiaire de la plupart des ­maladies chroniques, les différentes instances inter­nationales, européennes et nationales ont édicté des ­recommandations de pratique.1, 2 La prise de conscience de l’importance de l’enjeu de santé publique s’est traduite par l’adoption en décembre 2017 d’une Stratégie nationale sport santé planifiée sur la période 2019-2024. Cette stratégie repose sur plusieurs plans  : 4e Plan national nutrition santé (PNNS), Plan cancer, feuille de route « obésité », Plan de développement des activités physiques et sportives, etc. Cette notion « d’activités ­physiques et sportives » nécessite cependant d’être ­définie de manière à clarifier les contextes de pratique.

De quoi parle-t-on ?

L’activité physique est définie comme tout mouvement corporel produit par l’activation coordonnée des muscles squelettiques, et qui entraîne une augmentation de la dépense énergétique par rapport à la situation de repos ; ce comportement regroupe l’ensemble des activités qui peuvent être pratiquées dans différents contextes, dont le travail, les transports, les activités domestiques et les loisirs (incluant les activités sportives).2 Le sport peut être défini comme « une activité qui requiert un effort physique et/ou mental, encadrée par un certain nombre de règles, de coutumes, et qui nécessite le plus souvent un équipement individuel (chaussures, vêtements) et environnemental spécifiques (stade, piste, etc.) ». Le sport se pratique en équipe ou individuellement. L’activité sportive peut se dérouler dans un cadre compétitif (d’élite ou de masse), ou simplement de loisir.

Quelle fréquence de pratique en Europe et en France ?

L’Union européenne (UE) s’est engagée dans le développement de politiques de promotion de l’activité physique et du sport. Le suivi de l’efficacité de ces politiques est assuré par des enquêtes régulières qui informent sur l’évolution des pratiques, sportives en particulier (enquêtes Eurobaromètre). La dernière enquête en date, réalisée en 2017 et publiée en 2018, a permis de recueillir les données de pratique chez plus de 28 000 personnes de 15 à 65 ans habitant les 28 pays de l’UE, et représentatives des différentes catégories sociales.3 Les résultats de cette enquête suggèrent que 46 % des personnes interrogées ne pratiquent jamais de sport, ou ne font jamais d’exercice physique (fig. 1).
Pour l’ensemble des pays de l’UE, seuls 7 % des personnes interrogées pratiquent très régulièrement une activité sportive (au moins 5 fois par semaine).3 Il existe une importante variabilité des pratiques sportives en fonction des pays ; dans les pays du sud-est de l’UE, ce sont plus de 50 % des personnes interrogées qui ne pratiquent jamais de sport (Grèce, Roumanie, Bulgarie, Italie, etc.). À l’inverse, dans les pays scandinaves, ce taux d’absence de pratique est faible, variant de 13 à 20 % ; le taux de pratique y excède largement 50 %, et le ­pourcentage de personnes pratiquant régulièrement un sport atteint de 13 à 17 % (Finlande, Suède, Danemark, etc.). Pour la France, 46 % des personnes interrogées ­reconnaissent ne jamais faire de sport, 54 % ont donc fait au moins une fois du sport pendant l’année écoulée, et seulement 6 % pratiquent régulièrement un sport, au moins 5 fois par semaine. Ces chiffres diffèrent quelque peu avec ceux de deux enquêtes nationales ­réalisées en 2017, l’une suggérant que 66 % des Français de plus de 15 ans ont eu au moins une pratique sportive au cours des 12 derniers mois,4 et l’autre estimant cette part de la population à 48 %.5 Ces différences tiennent principalement à une mauvaise compréhension de la définition du « sport » et à la confusion dans la population générale avec la notion d’activité physique.
Comparativement à l’enquête Eurobaromètre de 2013, la proportion des non-pratiquants a augmenté ces dernières années de 2 à 27 % dans 22 des 28 pays. Il existe donc une nette tendance à la baisse de la pratique du sport dans l’ensemble des pays de l’UE, ce qui confirme les ­résultats des enquêtes antérieures de 2002 à 2013. Pour la France, la proportion de la population générale qui ne pratique jamais de sport a augmenté de 4 % entre 2013 et 2017, passant de 42 à 46 %.
En Europe, les hommes pratiquent plus souvent un sport que les femmes ; 44 % des hommes pratiquent un sport entre 1 et 5 fois par semaine, contre 36 % des femmes.3 La fréquence de pratique baisse avec l’avancée en âge ; 62 % des personnes de la tranche d’âge 15-24 ans pratiquent un sport au moins 1 à 5 fois par semaine, et ce pourcentage baisse régulièrement, pour atteindre 39 % chez les 40-54 ans, et 30 % au-delà de 55 ans. Il existe aussi une relation entre le niveau de formation et la ­pratique sportive ; 73 % des personnes quittant le système éducatif avant 15 ans ne font jamais de sport à l’âge adulte, contre 31 % de celles qui ont poursuivi leurs études au-delà de l’âge de 20 ans. Cela est concordant avec la répartition des pratiquants en fonction du type d’emploi, 49 % des travailleurs manuels ne faisant jamais de sport, contre 26 % seulement chez les dirigeants, managers et chefs de service. En France, la part des femmes ayant pratiqué au moins une fois un sport dans l’année écoulée reste en moyenne inférieure à celle des hommes (45 contre 50 %).5 Ce pourcentage reste assez stable avec l’âge (de 48 à 50 % entre 16 et 65 ans), mais baisse après 65 ans (32 %). La différence entre hommes et femmes est surtout nette chez les jeunes ; entre 16 et 24 ans, 50 % des femmes déclarent avoir pratiqué au moins une fois un sport dans l’année écoulée, et 33 % d’entre elles régulièrement, chaque semaine, contre respectivement 63 et 45 % chez les hommes de la même classe d’âge.

Dans quel cadre le sport est-il pratiqué ?

Le lieu de pratique sportive a peu évolué au fil des années et, en France, on estime que parmi les personnes qui pratiquent régulièrement une activité sportive, 40 % le font en extérieur (parcs, nature, bois, etc.), 18 % dans un club sportif, et seulement 5 % dans une salle de sport commerciale.3 La pratique en extérieur est privilégiée par les personnes avançant en âge, et ayant le plus faible niveau de formation. Inversement, les salles de sport sont surtout fréquentées par les jeunes (15-24 ans) et par les personnes ayant eu une formation universitaire.
En Europe, 30 % des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête Eurobaromètre 2017 sont membres d’un club ou d’une association, dont 12 % sont licenciés dans un club sportif, et 11 % adhérents à une salle de sport.3 En France, 13 % des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête sont membres d’un club sportif, 5 % seulement fréquentent une salle de sport, et 67 % ne sont membres d’aucun club ou association.
Au cours de l’année 2018, on a pu recenser 16,4 millions de licences délivrées par les fédérations agréées par le ministère des Sports.6 Ce chiffre est en légère baisse par rapport à 2017 (-69 000 licences). Les licences sportives ont été délivrées par des fédérations unisport olympiques (football, athlétisme, judo, etc. ; 56 % de l’ensemble des licences) et unisport non olympiques (sport automobile, char à voile, course d’orientation, etc. ; 11 % des licences). Des fédérations multisports délivrent aussi des licences ; on y trouve entre autres toutes les fédérations de sport scolaire (Union nationale du sport scolaire, Union française des œuvres laïques d’éducation physique [Ufolep], etc.). Ces fédérations multisports représentent un tiers de toutes les licences délivrées en 2018.
Près de la moitié des sportifs pratiquent de manière individuelle ou autonome (49 %), qu’ils soient licenciés à une fédération ou pas, alors que 22 % font du sport entre amis, 12 % en couple et 12 % en famille.4 Ces chiffres sont concordants avec le souhait, de la part de la majorité des pratiquants (53 %), de faire du sport seuls, sans encadrement, alors que 36% des activités se font en présence d’un entraîneur ou d’un éducateur sportif. Le type d’activité influe sur les modalités de pratique ; le taux de pratique « seul » est très important pour le footing-­jogging (71 %) et le fitness (68 %), alors que dans 25 % des cas la natation se fait en famille, et dans 28 % des cas la randonnée se pratique en couple. En revanche, le ­football et le tennis se pratiquent souvent entre amis (66 % et 52 % des cas).

Quels types de sport ?

L’une des manières d’estimer les types de sport les plus pratiqués, c’est d’analyser la répartition des licences sportives délivrées par les fédérations. En 2018, 23 % des licences de sports olympiques étaient délivrées par la fédération de football, et le nombre de licenciés de tennis, équitation, basket, etc., était très inférieur (fig. 2).6 Les pratiques du tennis, deuxième sport national (10,7 % des licenciés), ou du golf (4,5 % des licenciés) restent fortement corrélées aux revenus. C’est dans les cinq ­départements français les plus riches que ces sports sont les plus pratiqués. À l’inverse, les habitants des cinq départements les plus pauvres pratiquent peu ces sports. Si l’acquisition de la licence n’est pas un problème financier majeur, le coût d’investissement pour les équipements, le prix du matériel, des compétitions et les coûts des transports pour participer à des compétitions peuvent devenir rapidement dissuasifs.
Une autre manière d’évaluer les prévalences de pratiques sportives consiste à analyser les questionnaires renseignés lors de grandes enquêtes nationales. Cette approche a pour avantage de prendre en compte la pratique de sports hors contexte fédéral, en totale autonomie ou en groupes, hors encadrement. L’un des biais reste cependant d’inclure dans les statistiques de pratique des activités physiques ou exercices physiques qui ne sont pas à proprement parler des sports. Selon une enquête récente, la marche et la course à pied sont de loin les activités sportives les plus prisées par les Français, pratiquées par 40 % des personnes interrogées (fig. 3) ;4 ces activités peuvent être la randonnée pédestre (23 % des personnes), le footing-jogging (16 %), la marche nordique (4 %), la course d’orientation (1 %), etc. Les activités de la forme et de la gymnastique arrivent au deuxième rang, pratiquées par 22 % des personnes ­interrogées ; dans cette catégorie, ce sont surtout les activités de fitness (8 %), de musculation (8 %) et de gymnastique douce (yoga, taïchi, 6 %) qui séduisent. En termes de fréquence de pratique viennent ensuite les sports aquatiques (20 % de pratiquants, surtout des adeptes de la natation, 17 %) et les sports de cycle (18 % de pratiquants, dont 10 % d’adeptes de cyclotourisme et 8 % de vélo tout terrain [VTT]).

Âge, genre et sports

Pour les sports olympiques, 51 % des licences sont délivrées à des jeunes de 5 à 19 ans.6 De 20 à 54 ans, chaque tranche d’âge de 5 ans représente en moyenne entre 4 et 5 % de l’ensemble des licences, pour ensuite diminuer régulièrement.
En général, les hommes sont bien plus nombreux que les femmes à détenir une licence sportive (68,8 vs 31,2 %).6 La part des femmes à détenir une licence est cependant en très légère hausse depuis le début des années 2000, mais les hommes restent majoritaires pour toutes les classes d’âge. L’équitation, le tennis, la gymnastique sont des sports qui attirent particulièrement les femmes (fig. 4) ; ce sont ces trois sports qui comptent le plus grand nombre de licenciées.6 Le judo, la natation ou l’athlétisme ne représentent chacun que 5 à 5,5 % de l’ensemble des licences sportives féminines.
Si lors de certaines enquêtes nationales la différence de pratique d’une activité sportive entre hommes et femmes n’est pas très importante (45 vs 50 %),5 c’est que la part des femmes qui pratiquent hors du cadre fédéral est plus importante. Les activités de marche-course à pied qui sont les plus souvent pratiquées (avec ou sans licence fédérale), le sont presque autant par les femmes que par les hommes (22 vs 25 %). L’équitation, la gymnastique, la randonnée pédestre et la natation sont les seuls sports qui sont plus pratiqués par les femmes que par les hommes (fig. 4).

Intensité et fréquence de la pratique

Un peu plus de la moitié des sportifs pratiquent régulièrement, avec au moins 2 séances par semaine (57 %) ; 22 % ne pratiquent qu’une fois par semaine, et 21 % de manière tout à fait épisodique.4 La fréquence de pratique dépend cependant du type de sport pratiqué. Ainsi 57 et 51 % des pratiquants de fitness et de footing suivent au moins 2 séances par semaine ; inversement, seuls 22 et 13 % des pratiquants de VTT et de tennis ont la même fréquence de pratique. La régularité de pratique tout au long de l’année est aussi un facteur important à prendre en considération ; 58 % des personnes pratiquant un sport déclarent une pratique régulière toute l’année, 29 % une pratique moins régulière, et 6 % concentrent leur pratique sur les périodes de vacances.
Assez peu de pratiquants réguliers privilégient ­l’intensité dans leur pratique sportive ; seuls 12 % de ceux qui pratiquent au moins une fois par semaine font du sport à intensité élevée.4 En parallèle de l’intensité des séances, il faut prendre en considération leur durée. On observe une très grande variabilité de la durée des séances en fonction des sports ; les séances de fitness sont en général intenses et de courte durée (35 % des séances durent moins de 30 min), alors que celles de randonnée pédestre sont d’intensité modérée et de longue durée (40 % des séances durent plus de 90 min).

Quels en sont les moteurs ?

Il est intéressant de constater que le goût pour la compétition et le besoin de faire des performances ne sont que rarement cités comme étant les principales motivations de la pratique sportive. Vouloir préserver sa santé est cité dans 27 % des cas comme première motivation à faire du sport, et dans 19 % des cas comme deuxième ­motivation (au total dans 46 % des cas). Le besoin de se détendre est cité respectivement en première et deuxième motivation dans 19 et 17 % des cas (au total dans 36 % des cas), alors que la recherche de performances seulement dans 4 % des cas comme première motivation et dans 6 % des cas comme deuxième motivation (au total dans 10 % des cas). Les motivations de l’ordre de la santé et du bien-être sont davantage mises en avant par les ­personnes qui jugent leur état de santé « mauvais » ou « très mauvais » (53 %). Les personnes les plus âgées sont les plus nombreuses à indiquer qu’en pratiquant une activité sportive, c’est la santé qu’elles recherchent (59 % des 70 ans et plus, 58 % des retraités). La recherche de détente est très peu évoquée chez les plus jeunes (17 % chez les 15-19 ans), et progresse ensuite jusqu’à atteindre 44 % chez les quadragénaires. Les plus jeunes insistent sur le plaisir et l’amusement (53 % de citations chez les plus jeunes, 2 fois moins chez les plus âgés).

Promouvoir toujours plus l’activité physique

Alors que la promotion de l’activité physique est devenue un enjeu de santé publique, il est important de replacer le sport dans ce contexte et d’éclairer sur l’état actuel des pratiques. Ces relations entre le sport et la santé sont bien comprises puisqu’on constate, peut-être avec un peu d’étonnement, que pour la population générale, parmi les motivations à faire du sport, le maintien de l’état de santé et le besoin de se détendre devancent très largement la recherche de performances et le goût pour la compétition. Ce constat peut rendre optimiste quant à la compréhension du rôle joué par le sport (et d’une manière plus large l’activité physique) pour la santé ; on constate ­cependant que 33 à 46 % des Français ne font jamais de sport ou d’exercices physiques, ne serait-ce qu’une seule fois dans l’année. On saisit là toute la nécessité qu’il y a à communiquer sur l’importance de l’activité physique (dont le sport) pour la santé.
Résumé
Pratique du sport dans la population générale
Suivant les enquêtes, on estime que 33 à 46 % des Français ne font jamais de sport ou d’exercice physique, et cette proportion tend à augmenter au fil des années. Les hommes font en général plus de sport que les femmes, et la fréquence de pratique a tendance à baisser avec l’avancée en âge. Le sport est principalement pratiqué en extérieur, et la pratique dans des salles de sport commerciales reste très minoritaire (en moyenne 5 % des pratiquants). Un peu plus de la moitié des pratiquants font du sport seuls, sans encadrement, en totale autonomie ; cette forme de pratique varie cependant suivant les types de sport. Ce sont les activités de marche et course qui sont les plus pratiquées, suivies par les activités de la forme (fitness, musculation, yoga, etc.). Les femmes sont plus particulièrement attirées par des sports comme l’équitation, le tennis ou la gymnastique. La régularité de pratique dépend du type de sport et, chez les personnes qui déclarent en faire, 57 % suivent au moins 2 séances par semaine, et ce pendant la plus grande partie de l’année. Pour la population générale, ce sont surtout le maintien de la santé, le besoin de bien-être général et de détente qui motivent les sportifs, beaucoup plus que le goût pour la compétition et le besoin de faire des performances.
Références
1. Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé. Organisation mondiale de la santé (OMS). Bibliothèque de l’OMS, 2010.
2. Rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Actualisation des repères du PNNS - Révisions des repères relatifs à l’activité physique et à la sédentarité. Anses, février 2016.
3. Special Eurobarometer 472 - Sport and physical activity. Rapport, mars 2018.
4. Croutte PY, Müller J. Baromètre national des pratiques sportives 2018. Baromètre réalisé par le Credoc sous la direction de S. Hoibian pour l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) et le ministère des Sports. Injep/ Notes & rapports. Rapport d’étude, janvier 2019.
5. Pratiques physiques sportives des femmes et des hommes. Insee Première n°1675, novembre 2017.
6. Répartition des licences sportives par les fédérations agréées. Données 2018. Disponibles sur le site du ministère des Sports. https://bit.ly/3cj6ymZ