Le retentissement de la presbyacousie est non seulement médical mais aussi sociétal (communication, isolement, risque de dépendance). Son imputation économique directe est complexe.Depuis la réforme « 100 % Santé », en janvier 2021, le marché des audioprothèses est structuré en deux niveaux. Le panier 100 % (classe « entrée de gamme ») correspond à des prothèses coûtant au maximum 950 €, avec une prise en charge par l’Assurance maladie de 240 € et par les assurances complémentaires de 710 €, incluant adaptation et suivi, et surtout une garantie de quatre ans. Le reste à charge est décrit comme quasi nul. Le panier libre (classes supérieures) n’a pas de prix limite, son remboursement par l’Assurance maladie est de 240 € et le reste à charge est variable et parfois important (jusqu’à 2 500 à 3 000 €).L’effet positif majeur de cette réforme est la réduction du renoncement aux soins pour raisons financières.Toutefois, des effets secondaires sont préoccupants : dynamique commerciale et augmentation des volumes, avec une hausse importante du nombre de prothèses vendues autour de la période 2021 - 2022 ; coûts en très nette hausse. L’Assurance maladie aurait remboursé plusieurs centaines de millions d’euros sur cette période, mais la charge semble aussi nettement se déplacer vers les complémentaires (contribution potentiellement proche du milliard).Des dérives sont également apparues : fraudes (des mesures récentes visent à les limiter), publicités jugées trop incitatives (problèmes éthiques et médicaux), prescription non contrôlée (rappel du cadre de la primoprescription des aides auditives par des médecins ORL ou généralistes ayant validé un DPC en otologie médicale et inquiétude sur la part des prescriptions hors cadre), renouvellement prématuré (difficulté potentielle d’interprétation concernant l’usage pratique de la garantie de quatre ans, avec des renouvellements perçus comme parfois non justifiés médicalement).Des améliorations sont envisageables :– sécuriser le cadre de prescription (notamment la primoprescription) et veiller au respect des conditions de compétence (DPC d’otologie médicale pour le médecin généraliste). En cas de doute, s’appuyer sur les filières ORL/audiologie et harmoniser les pratiques ;– évaluer le « besoin clinique » avant l’appareillage. La surdité « fonctionnelle » doit être appréciée au-delà du seul seuil audiométrique ou de la pression publicitaire. La discussion doit intégrer le retentissement sur la communication quotidienne, l’autonomie et la participation sociale, la capacité de suivi et d’adhésion au dispositif, les attentes du patient ;– être prudent sur la publicité et les dépistages « gratuits ». Informer les patients, éviter les décisions guidées uniquement par le marketing et rappeler les limites : appareiller aide souvent à améliorer l’audition mais ne « répare » pas les lésions cochléaires ; les bénéfices dépendent du degré de perte, de l’adéquation du réglage et du port effectif ;– questionner la logique de renouvellement. Avant tout renouvellement, rechercher une aggravation objective ou subjective, une panne, et vérifier la pertinence clinique.
Patrice Tran Ba Huy, membre de l’Académie nationale de médecine
14 avril 2026