Les facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer sont nombreux, mais le rôle protecteur de la « réserve cognitive » n’est pas complètement établi. D’après une étude internationale, l’engagement dans des activités stimulantes (sociales, physiques et/ou intellectuelles) dès la quarantaine peut contrebalancer l’effet délétère des facteurs de risque même génétiques.

La démence, et notamment la maladie d’Alzheimer, représente un défi mondial croissant. Les processus neuropathologiques sous-jacents débutent dès la quarantaine. Pourtant, jusqu’à 45 % des cas pourraient être évités ou retardés en agissant sur des facteurs de risque modifiables. Une étude a cherché à éclairer le rôle relatif des facteurs modifiables (mode de vie, santé mentale) et non modifiables (génétique, antécédents familiaux) sur la cognition chez des adultes d’âge moyen (40 - 59 ans), cognitivement sains mais à risque de démence tardive. L’hypothèse centrale était qu’une charge cumulative de risques altérerait les performances cognitives, tandis que les facteurs contribuant à la réserve cognitive (éducation, activités stimulantes, statut professionnel) exerceraient un effet protecteur.

L’étude a inclus 700 participants de 51 ans en moyenne ± 5,5 ans (49,2 % avec antécédents familiaux de démence ; 37,1 % de porteurs de l’allèle APOE ε4, principal facteur de risque génétique d’Alzheimer associé à un risque 2 - 3 fois plus élevé de développer la maladie après 65 ans) issus de 5 sites britanniques et irlandais. Tous étaient exempts de troubles cognitifs ou de contre-indications à l’IRM. Les performances cognitives ont été évaluées via 13 tests neuropsychologiques couvrant la mémoire (épisodique, relationnelle), le langage, les fonctions visuospatiales et la mémoire de travail.

Dix facteurs de risque modifiables ont été mesurés (hyperlipidémie, hypertension, obésité, diabète, troubles auditifs, symptômes dépressifs, tabagisme, consommation d’alcool, traumatismes crâniens et mauvaise qualité de sommeil) ainsi que 4 facteurs non modifiables (génotype APOE ε4, antécédents familiaux de démence, sexe et âge). Trois facteurs contribuant à la réserve cognitive ont été analysés : activités stimulantes (physiques, sociales, intellectuelles), niveau d’éducation et statut professionnel.

Se fondant sur une analyse statistique multivariée, les résultats, parus en avril 2026 dans Alzheimer’s & Dementia : Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring,1 ont révélé que les activités stimulantes (sociales, physiques, intellectuelles) étaient le facteur protecteur le plus fortement associé à de meilleures performances cognitives, devant l’éducation et le statut professionnel. Les symptômes dépressifs et les traumatismes crâniens constituaient les 2 principaux facteurs de risque modifiables négativement associés à la cognition. Parmi les facteurs non modifiables, le sexe masculin et l’âge avancé dans la tranche 40 - 59 ans étaient liés à des scores cognitifs plus faibles, tandis que, contre toute attente, les porteurs de l’allèle APOE ε4 présentaient de meilleures performances dans plusieurs domaines cognitifs (mémoire épisodique, fonctions visuospatiales). Ce paradoxe pourrait s’expliquer par l’hypothèse de pléiotropie antagoniste, selon laquelle un même variant génétique peut avoir des effets opposés selon l’âge : avantageux plus tôt dans la vie, mais délétère plus tard.

Par ailleurs, 6des7 activités stimulantes analysées individuellement (socialisation, pratique musicale, loisirs artistiques, exercice physique, lecture, apprentissage d’une langue étrangère) montraient une association positive significative avec la cognition, soulignant l’effet cumulatif d’un mode de vie actif. Les domaines cognitifs les plus sensibles à ces facteurs étaient la mémoire épisodique et la mémoire relationnelle, fonctions vulnérables précocement dans la maladie d’Alzheimer.

Cette étude, bien qu’elle repose sur des données transversales (sans suivi dans le temps), démontre que, dès laquarantaine, un mode de vie riche en activités stimulantes pourrait compenser partiellement les effets délétères des facteurs de risque génétiques et environnementauxsur la cognition.

Les résultats plaident pour des interventions multifactorielles précoces dans les populations à risque, ciblant à la fois la réduction des risques modifiables (dépression, traumatismes crâniens, hypertension) et le renforcement de la réserve cognitive via des activités variées.