À quel point les diagnostics psychiatriques sont-ils fiables ? Pour le mesurer, des chercheurs ont soumis les mêmes cas cliniques à plus de 1 000 médecins dans 19 pays. Publiés fin juillet 2026, leurs résultats interpellent.

La problématique de la fiabilité diagnostique revêt une importance particulière en psychiatrie, où les diagnostics se fondent sur des listes standardisées de symptômes. Si cette approche a permis d’améliorer la concordance entre médecins dans les années 80, les manuels diagnostiques aujourd’hui utilisés (DSM-V américain, CIM- 10 de l’OMS) ont fait l’objet de peu d’études. Pourtant, des travaux récents remettent en cause leur fiabilité.

Pour en savoir plus, des scientifiques ont recruté des médecins travaillant en psychiatrie adulte dans 19 pays d’Europe et d’Amérique du Sud. Ils leur ont ensuite demandé de diagnostiquer (d’après la CIM- 10) 2 cas cliniques, choisis aléatoirement parmi 9 vignettes psychiatriques (2 tirées du manuel de la CIM- 10, 7 créées pour l’occasion). Il s’agissait de 3 schizophrénies (paranoïde [N = 2] ou hébéphrénique [N = 1]), un trouble bipolaire, un trouble de la personnalité schizotypique, un épisode dépressif, un trouble anxieux généralisé, un TOC et un trouble de la personnalité borderline.

Les diagnostics proposés aux participants étaient restreints à 30 maladies reconnues dans la CIM- 10.

Les chercheurs ont évalué la fiabilité diagnostique à l’aide du α de Krippendorff, un indicateur quantifiant l’accord entre observateurs classant des données. Il varie entre - 1 (désaccord systématique) et 1 (accord systématique). Une valeur ≥ 0,80 indique une concordance satisfaisante entre médecins et donc une bonne fiabilité diagnostique, une valeur entre 0,67 et 0,80 une fiabilité modérée, et une valeur < 0,67 une fiabilité basse. Le critère de jugement secondaire était la précision diagnostique pour chaque vignette clinique, c’est-à-dire la proportion de réponses correspondant au bon groupe diagnostique.

Absence d’accord dans près d’un cas sur deux

Les résultats sont parus le 29 juillet 2026 dans Frontiers in Psychiatry. En tout, 1 038 médecins ont participé (55,5 % de femmes) ; 83 % ont diagnostiqué les 2 vignettes proposées, et 17 % en ont évalué une seule. 61,6 % étaient psychiatres, 27,2 % internes en psychiatrie, et 11,3 % d’autres médecins. 32 % ont déclaré une expérience clinique de 0 à 4 ans, et 30 % une expérience de plus de 15 ans. Près de 80 % des répondants exerçaient en Europe.

Verdict ? En moyenne, face à un même cas clinique, 2 médecins ont choisi le même diagnostic dans seulement 55 % des cas, soit une fiabilité basse (α = 0,48 ; IC95 % = 0,46 - 0,51). La fiabilité n’était pas meilleure en stratifiant par spécialité médicale ou par années d’expérience.

La précision diagnostique moyenne était de 66 % (64 % - 68 %). Elle variait grandement par pathologie : moins de 55 % pour les schizophrénies – fréquemment classées en TOC ou trouble borderline –, plus de 90 % pour le TOC (92 %) et le trouble bipolaire (94 %). Il n’y avait pas de différence systématique de précision diagnostique sur les 7 vignettes inventées vs les 2 de la CIM- 10.

Pour les auteurs, ces résultats montrent qu’aujourd’hui, même dans des conditions standardisées, la concordance diagnostique entre médecins reste limitée en psychiatrie. Les erreurs observées semblent refléter des différences systématiques d'interprétation clinique, ce qui illustre « les défis de l'évaluation de la psychopathologie et les ambiguïtés de la classification psychiatrique ».

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