La pandémie de Covid- 19, les conflits géopolitiques ou encore l’accélération du changement climatique rappellent à quel point la santé humaine peut être soudainement altérée. De ce constat, la Commission du Lancet a hiérarchisé les menaces sanitaires d’ici à 2100 dans un rapport publié le 11 octobre 2026 et propose des pistes d’action aux décideurs politiques.
Pour comparer les menaces, les auteurs utilisent les années de vie ajustées sur l’incapacité (disability-adjusted life years, DALY), qui mesurent les années de vie en bonne santé perdues. Pour les classer, la Commission a d’abord construit un scénario de référence en fonction de l’évolution de la santé mondiale entre 2025 et 2100 si les tendances actuelles se poursuivaient. Les menaces ont été ordonnées en quatre catégories selon le danger sanitaire qu’elles représentent, avec notamment deux susceptibles de provoquer l’extinction de l’humanité (conflit nucléaire et utilisation malveillante de l’IA), 15 menaces catastrophiques majeures, 99 risques et causes majeurs, et un ensemble élargi de 215 autres menaces. Le rapport souligne le poids futur des maladies non transmissibles.
Obésité, malbouffe et sédentarité en tête
Pour estimer le bénéfice potentiel d’actions futures, la Commission compare également des scénarios plausibles favorables et défavorables pour chaque menace dans 204 pays et territoires. L’écart entre les deux, exprimé en DALY évitables cumulés, estime le nombre d’années de vie en bonne santé qui pourraient être préservées grâce à des interventions adaptées d’ici à 2100.
Ainsi, le trio obésité, mauvaise alimentation et sédentarité arrive en tête, avec 23,1 milliards de DALY évitables cumulés, devant le faible niveau d’éducation (16,1 milliards) et les inégalités de revenus (13,8 milliards). Suivent notamment deux autres menaces ayant un potentiel d’extinction massive : un usage malveillant de l’IA (notamment pour développer des armes biologiques) et un conflit nucléaire entraînant une famine. Le classement est complété par une mauvaise santé mentale, le vieillissement en mauvaise santé, les conflits armés classiques, le tabagisme, l’HTA, la résistance aux antibiotiques, l’alcoolisme, les pandémies, le changement climatique, la pollution de l’air par les particules fines, l’effondrement de l’aide publique au développement pour la santé et la malnutrition infantile.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils reposent sur des hypothèses de modélisation qui dépendent des données disponibles et ne représentent donc pas des gains de santé garantis. Certaines expositions (plastiques, métaux lourds, pesticides), n’ont pas pu être intégrées au scénario de référence. En outre, le classement ne constitue pas un classement des priorités politiques mais doit être appréhendé comme un ensemble.
La Commission recommande enfin de renforcer la préparation des systèmes de santé, d’investir dans l’innovation et d’actualiser les connaissances pour éclairer les décisions publiques, anticiper les crises et réduire les inégalités.