Le changement climatique nous expose à davantage de vagues de chaleur, qui augmentent notre stress thermique et restreignent l’activité physique… au point d’affecter la santé des populations ?
L’inactivité physique causerait déjà 6,5 millions de morts/an, dont 40 000 à 50 000 en France. Elle correspond, selonl’OMS, au fait de ne pas atteindre les niveaux recommandés d’activité hebdomadaire, soit au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée, 75 minutes d’activité d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente des deux.
Pour évaluer l’effet du réchauffement sur cette inactivité, cette étude a exploité 507 sondages populationnels, menés entre 2000 et 2022 auprès de 5,7 millions de participants dans 156 pays. Les données d’activité physique ont été croisées avec des températures mensuelles moyennes issues d’une base géographique mondiale maillée à une résolution de 50 km × 50 km.
Ces éléments ont permis de modéliser l’influence de la température sur l’inactivité physique et la mortalité associée à l’horizon 2050, selon 3 scénarios climatiques du GIEC :
diminution des émissions de gaz à effet de serre (+ 1,8 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle) ;
poursuite des tendances actuelles (+ 2,7 °C en 2100) ;
augmentation des émissions de GES (+ 4,4 °C en 2100).
En France, 1 000 à 5 000 décès de plus en 2050
Les résultats sont parus en avril 2026 dans le Lancet Global Health. En tout, 25,7 % des répondants s’avèrent inactifs (29,0 % des femmes vs 22,2 % des hommes, un écart attendu). Les proportions par pays ne sont pas disponibles, mais une étude de 2024 trouve une prévalence plus élevée en France (47 % des femmes, 29 % des hommes).
Les données suggèrent un lien entre climat et inactivité physique, les régions plus chaudes (Moyen-Orient, Asie du Sud, Afrique) montrant de plus hauts niveaux d’inactivité physique. Cependant, certaines régions tempérées comme l’Amérique du Nord atteignent aussi des taux élevés, indiquant une relation complexe et non linéaire.
Chaque mois additionnel avec une température moyenne supérieure à 27,8 °C augmente l’inactivité physique par 1,44 % (par 1,85 % si l’on se restreint aux pays à revenus faibles et intermédiaires). En dessous de ces températures mensuelles, les auteurs n’observent aucune association significative avec une hausse de l’inactivité physique. À ce jour, ces températures moyennes ne concernent pas l’Hexagone, où l’été le plus chaud enregistré atteignait 23,1 °C (canicule de 2003).
Toutefois, les modélisations montrent que les pays tempérés vont aussi faire face à une hausse de l’inactivité d’origine climatique, et ce dans tous les scénarios du GIEC :
dans un scénario de diminution des émissions de GES : + 0,98 % d’inactivité physique mondiale prévued’ici 2050(environ + 469 000 décès/an), et + 0,29 % en France (+ 1 100 décès/an) ;
si poursuite des tendances actuelles : + 1,22 % dans le monde (+ 521 000 décès/an) ; + 0,29 % en France (+ 1 100 décès/an) ;
en cas d’augmentation des émissions de GES : + 1,75 % d’inactivité physique (+ 699 000 décès/an) ; + 1,40 % en France (+ 5 400 décès/an).
« Il devient essentiel de considérer l’activité physique comme une nécessité liée au climat plutôt que comme un choix de vie facultatif, afin d’éviter une sédentarisation induite par la chaleur et la recrudescence des maladies cardiométaboliques qui en découle », commentent les auteurs. En conséquence, ils proposent des pistes de santé publique pour enrayer cette tendance : un aménagement urbain adapté à la chaleur, intégrer aux guidelines d’activité physique des consignes en cas de canicule, subventionner des installations sportives climatisées, sensibiliser les populations.
Emerton R, Nicolas J, Lombardi A, et al. Global heat stress intensification and its expanding footprint on the human population. Nat Clim Chang 22 juin 2026.