Les infections des voies respiratoires supérieures sont une cause fréquente de perte de l’odorat. Un trouble qui a affecté brutalement de nombreux patients atteints de Covid-19, faisant de la rééducation olfactive un enjeu d’actualité. De quelles données disposons-nous pour en apprécier l’efficacité ?
L’infection des voies respiratoires supérieures est une des causes les plus fréquentes de perte de l’odorat. Elle concerne 18,6 à 42,5 % de patients atteint d’hypo-anosmie.1 Dans les hyposmies post-infectieuses, la dysosmie (parosmie, ­phantosmie) est une autre plainte courante ; le pic de ce trouble est plutôt saisonnier, hivernal, en relation étroite avec le pic des infections respiratoires.2 La raison pour laquelle certains patients sont sensibles à une perte de l’odorat après une infection des voies respiratoires supérieures n’est pas connue. Le rapport femme/homme est de 2,4/1 à 3/1, avec un âge moyen autour la cinquième décade.2, 3 Les virus impliqués dans l’infection des voies respiratoires supérieures appartiennent à six familles principales : rhinovirus, virus influenzae, coronavirus, virus respiratoire syncytial, virus parainfluenzae et adénovirus ; les trois premières familles étant en cause dans la majorité des cas.2 La pandémie actuelle due au nouveau coronavirus SARS-CoV-2 confirme ce lien entre infection des voies respiratoires supérieures et hypo-anosmie. De nombreux patients ont en effet rapporté des troubles ­olfactifs, ceux-ci pouvant accompagner une infection des voies respiratoires supérieures ou être isolés.

Quels mécanismes de l’anosmie ?

Le mécanisme exact de l’anosmie ­infectieuse virale est mal connu. ­L’hypothèse est que les particules ­virales endommagent les récepteurs du neurone olfactif et provoquent une réponse immunitaire pouvant détruire l’épithélium neuro-olfactif et les voies olfactives centrales.3 Les virus peuvent pénétrer dans le cerveau via la muqueuse olfactive en suivant les neurones olfactifs traversant la lame criblée4, 5, conduisant ainsi au déficit de l’odorat ;6 en effet, le système olfactif est l’unique système sensoriel qui fournisse une porte d’entrée au système nerveux central directement accessible depuis la périphérie. Cette hypothèse a été suggérée devant la présence de troubles quantitatifs de l’odorat et d’anomalies observées au niveau des bulbes olfactifs aux stades précoces des maladies neurodégénératives comme les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, ainsi que la présence de xénobiotiques dans les bulbes olfactifs et les régions olfactives du cerveau des patients vivant dans des environnements pollués par ces ­xénobiotiques, considérés comme des ­facteurs de risque de ces maladies neurodégénératives.6
Une augmentation des phénomènes apoptotiques et le développement de fibrose dans le neuro-épithélium olfactif lors de l’infection intranasale expérimentale par le virus influenza A ont été observés chez les souris.7
L’aspect histopathologique de l’épithélium olfactif chez les patients atteints d’une anosmie sévère après une infection des voies respiratoires supérieures est marqué par un nombre réduit de cellules ciliées olfactives,8, 9 la présence de dendrites dystrophiques n’atteignant pas la surface épithéliale ou manquant de cils sensoriels (site présumé de captation des molécules odorantes et de transduction odorante).8 Par ailleurs, il a été montré que l’épithélium olfactif serait remplacé par une muqueuse respiratoire (sans fonction olfactive) lorsqu’il est sévè­rement endommagé.8, 10

La récupération est possible

Une récupération olfactive spontanée reste possible après une période d’anosmie post-infectieuse, pour ­environ un tiers des patients.11 Dans la majorité des cas, la récupération a lieu dans les six premiers mois ­suivant l’infection.11 Il semble que les jeunes patients aient plus de chance de récupérer de l’odorat que les ­personnes âgées.11 Cependant, le vrai taux de récupération spontanée de l’odorat reste mal connu, pour plusieurs raisons : les patients n’ont pas fait de test olfactif ou de suivi de leurs troubles de l’odorat car ce symptôme a souvent été négligé initialement par le patient lui-même ou par les médecins ; les patients consultent tardivement pour bénéficier de tests olfactifs ; les taux de récupération spontanée de l’odorat rapportés dans les études sont variables car les délais entre le premier et le deuxième test de l’odorat ne sont pas comparables. Souvent, le premier test olfactif n’est effectué que plusieurs mois, voire plusieurs années, après la perte de l’odorat. Dans une série...

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