Quels sont les impacts réels des réseaux sociaux sur la santé des adolescents ? À partir d’un travail d’expertise inédit, l’Anses dresse un état des lieux des risques identifiés et formule des recommandations pour mieux encadrer les usages numériques des jeunes.

Une expertise pluridisciplinaire

Le développement des usages des réseaux sociaux numériques par les adolescents suscite des préoccupations croissantes. Pour analyser leurs effets sur la santé des jeunes, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) s’est appuyée sur un groupe pluridisciplinaire d’experts réunissant des épidémiologistes, des biologistes, des pédopsychiatres et psychologues, des chercheurs en science de l’information et de la communication. Ces derniers ont recensé et analysé plus d’un millier d’études scientifiques sur les effets des réseaux sociaux sur la santé, rendant cette expertise unique par l’ampleur des données incluses.

Des dispositifs de captation puissants

Le modèle économique des réseaux sociaux vise à maximiser le temps d’utilisation à des fins commerciales, l’objectif étant de vendre à la fois des espaces publicitaires et des données sur les préférences et habitudes des utilisateurs. Les entreprises qui les développent mettent en œuvre des stratégies de captation de l’attention s’appuyant sur des dispositifs incitatifs puissants comme des interfaces manipulatrices (dark patterns) et des algorithmes proposant des contenus ultrapersonnalisés. Ces algorithmes peuvent générer un « effet spirale » où les utilisateurs se voient enfermés dans des contenus de plus en plus ciblés.

L’expertise confirme que les réseaux sociaux exploitent, de fait, les besoins propres à l’adolescence en matière d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de recherche de reconnaissance de leurs pairs. Pour cette raison, « les adolescents sont particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux », expliquent les experts.

De nombreux effets sur la santé identifiés

Plusieurs effets néfastes émergent dans cette analyse :

  • altération du sommeil : heure du coucher retardée, processus d’endormissement perturbé, sommeil de mauvaise qualité… ;
  • dévalorisation de soi : les échanges de contenus visuels centrés sur l’apparence physique, au travers d’images retouchées ou non, peuvent altérer l’image de son corps ; l’exposition à des contenus fictifs peut engendrer une dévalorisation de soi, terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs ;
  • comportements à risques : les algorithmes amplifient l’exposition à des contenus portant sur des comportements à risques (troubles alimentaires, automutilation, consommation de drogues, tentative de suicide...) ;
  • exposition aux cyberviolences ou au cyberharcèlement : insultes, rumeurs, exclusion, chantage, diffusion d’images intimes sans consentement…

Les filles particulièrement exposées

L’expertise montre que, sur l’ensemble de ces effets, les filles sont plus impactées que les garçons. Les raisons sont multiples :

  • les filles utilisent plus les réseaux sociaux que les garçons ;
  • elles utilisent davantage des réseaux hautement visuels fondés sur l’échange et le partage d’images et sur la mise en scène de soi ;
  • elles subissent plus de pression sociale liée aux stéréotypes de genre ;
  • elles sont plus souvent cyberharcelées que les garçons ;
  • elles semblent aussi accorder plus d’importance aux contenus des réseaux sociaux, avec un engagement émotionnel plus marqué.

« Les réseaux sociaux opèrent comme une caisse de résonnance de certaines dynamiques sociales », expliquent les experts.

Recommandations

Tout d’abord, l’Anses préconise d’agirà la source : elle recommande que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé. Cela suppose une révision en profondeur de leurs principes de fonctionnement : halte aux techniques d’interfaces manipulatrices, à la diffusion de contenus délétères pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.), encadrement les fonctionnalités destinées à augmenter l’utilisation du service par l’utilisateur.

Cela passe par l’application effective de la limite d’âge de 13 ans du RGPD avec des systèmes fiables de vérification d’âge et de recueil du consentement parental ainsi que par le renforcement de la gouvernance et des contrôles autour des plateformes, notamment par le respect du règlement européen sur les services numériques, applicable depuis le 17 février 2024.

L’Anses souligne également l’importance de mettre en place des politiques en faveur de l’éducation au numérique et de l’accompagnement, notamment parental. Pour être pleinement efficaces, ces actions de prévention devraient être coconstruites avec les adolescents, afin de mieux prendre en compte leurs usages et leurs besoins.

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