L’exposition aux benzodiazépines pendant la grossesse suscite des inquiétudes en raison de leur passage transplacentaire et de leur capacité à perturber la synthèse de la progestérone, essentielle au développement foetal. Les études observationnelles antérieures suggéraient une association avec des risques accrus d’avortement spontané, de mort foetale in utero, de prématurité et de retard de croissance intra-utérin. Cependant, leurs conclusions étaient limitées par des biais méthodologiques majeurs. Pour y remédier, une étude a compilé une série d’essais cliniques ciblés, alignés sur les semaines de gestation, afin d’évaluer rigoureusement les risques de prématurité et de petit poids pour l’âge gestationnel, tout en intégrant les avortements et les morts foetales comme événements intercurrents.L’étude a exploité deux bases de données nationales taïwanaises couvrant 99,9 % de la population, entre 2011 et 2021. Elle a inclus 3 257 424 femmes, avec des périodes d’éligibilité hebdomadaires de la semaine 0 à la semaine 36, un âge maternel compris entre 15 et 55 ans et une absence d’exposition aux benzodiazépines durant les six mois précédents. L’exposition était définie par au moins une prescription dans les sept jours suivant le début de chaque semaine de gestation.Les issues principales étaient l’avortement, la mort foetale, la prématurité (accouchement avant 37 semaines) et le petit poids pour l’âge gestationnel (inférieur au 10e percentile). Pour les analyses comparatives, un échantillon aléatoire de 0,5 % de la population source a été utilisé, composé d’un groupe « grossesses exposées aux benzodiazépines » (n = 59 521) et d’un groupe « grossesses non exposées » (n = 394 956).Les résultats révèlent qu’après ajustement pour les événements intercurrents, l’exposition aux benzodiazépines était associée à :• un risque accru d’avortement spontané, avec un risque relatif (RR) de 1,58 ;• un risque accru de prématurité (RR = 1,20), plus marqué lors d’une exposition au deuxième trimestre ;• un risque potentiellement accru de petit poids pour l’âge gestationnel (RR = 1,06), bien que cette association soit modeste et sensible à la méthode analytique.Aucune association significative n’a été observée avec la mort foetale (RR = 1,02).Cette étude confirme que l’utilisation de benzodiazépines pendant la grossesse est associée à un risque accru d’avortement et de prématurité ainsi qu’à un risque potentiellement majoré de retard de croissance foetale, surtout en cas d’exposition au deuxième trimestre.
Références
JAMA Intern Med 2026;186(2):215-23. Li BMH, Wei SY, Chuang MT, et al. Benzodiazepine use in pregnancy and the risk of pregnancy outcomes. PMID: 41428288