Une étude financée par le laboratoire Sanofi, reposant sur les données disponibles dans trois pays nordiques (Danemark, Norvège et Suède), a observé une augmentation du risque de trouble neurodéveloppemental chez les enfants dont le père avait été exposé au valproate (Dépakine, Dépakote…) dans les 3 mois avant la conception. Ces résultats ont conduit l’Agence européenne du médicament à émettre une alerte. L’étude a ensuite été publiée1. D’autres travaux sont parus par la suite. Certains ont repris les données des pays nordiques déjà incluses dans l’étude de Sanofi2,3,4 ; d’autres ont analysé celles issues d’autres pays (Taïwan et France)3,5. Une méta-analyse a ensuite regroupé l’ensemble des données disponibles6.
Le tableau ci-contre présente les différentes études et leurs données principales dans l’ordre de publication. Elles ont toutes pris comme groupe contrôle les enfants dont le père était traité par le lévétiracétam ou la lamotrigine.
La méta-analyse, incluant l’étude à l’origine de l’alerte1 et les études menées à Taïwan3 et en France5, montre (comme l’indique la figure 1) une augmentation significative du risque de troubles neurodéveloppementaux (de 24 % ; intervalle de confiance à 95 % : 7 % à 44 %) chez les enfants dont les pères avaient pris du valproate, par rapport à ceux dont les pères avaient pris de la lamotrigine ou du lévétiracétam.
Cependant, lorsqu’on remplace, dans la méta-analyse, les données de chaque pays nordique issues de l’article initial de Colas et al.1 par les résultats des études plus récentes conduites dans chaque pays, l’augmentation du risque de trouble neurodéveloppemental (de 11 % ou 12 %) n’est plus significative – que l’on remplace les données norvégiennes de Colas et al. par celles de Meng et al. (figure 2) ou par celles de Razaz et al. (figure 3).
Même si cette augmentation du risque non significative de 11 % ou 12 % était bien réelle, ceci signifierait que pour 8 ou 9 enfants ayant à la fois une exposition paternelle au valproate et un trouble neurodéveloppemental, un seul devrait son trouble à cette exposition. Ceci supposerait en outre que les ajustements statistiques aient éliminé toutes les différences systématiques susceptibles d’exister entre les familles dont les enfants ont eu une exposition paternelle aux antiépileptiques comparés.
Les résultats des études menées à partir des données de chaque pays nordique sont donc discordants : le risque est nettement plus élevé dans l’étude ayant conduit à l’alerte1 que dans les travaux réalisés ultérieurement dans ces mêmes pays2,3,4. Les naissances étudiées portent à peu près sur les mêmes périodes. Cependant, l’étude initiale a inclus un nombre nettement plus faible d’enfants avec exposition paternelle au valproate que les travaux plus récents, comme le montre le tableau.
Qu’en conclure ?
Christensen et al. annoncent une méta-analyse évolutive et concluent que des analyses complémentaires sont indispensables pour comprendre les raisons, méthodologiques ou liées aux données, qui expliquent les divergences entre les résultats de la première étude et ceux des travaux successifs de conception similaire. Mais il faudra peut-être attendre les résultats du projet collaboratif7 annoncés pour mars 2028 pour disposer de données plus solides.
À l’heure actuelle, il est impossible de savoir si les enfants ayant eu une exposition paternelle au valproate ont un peu plus souvent des troubles neurodéveloppementaux que les autres enfants. En conséquence, il ne paraît pas légitime d’alerter les familles sur la base de données aussi incertaines.
2. Christensen J, Trabjerg BB, Dreier JW. Risk of neurodevelopmental disorders and paternal use of valproate during spermatogenesis. JAMA Netw Open 2025;8(5):e2512139.
3. Meng LC, van Gelder MMHJ, Chuang HM, et al. Valproate use by fathers and risk of neurodevelopmental disorders in children. NEJM Evid 2026;5(3):EVIDoa2500254.
4. Razaz N, Soderling J, Tomson T, et al. Risk of neurodevelopmental disorders associated with paternal use of valproate during spermatogenesis. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2026:jnnp-2025-337441.
5. Botton J, Rios P, Drouin J, et al. Exposition paternelle au valproate au cours de la spermatogenèse et risque de troubles neuro-développementaux chez l’enfant. Épi-phare 6 novembre 2025.
6. Christensen J, Trabjerg BB, van Gelder MMHJ, et al. Risk of neurodevelopmental disorders associated with paternal use of valproate during spermatogenesis: A living meta-analysis-version 1. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2026:jnnp-2026-338454.
7. EMA. Paternal exposure to valproate, further investigation on the risk of neurodevelopmental disorders (NDD) and major congenital malformation (MCM) in offspring: A non-interventional post-authorization safety study (TANGO). 26 septembre 2025.
8. Fekete JT, Komócsi A, Győrffy B. NetMetaEasy: Enabling rapid and user-friendly network meta-analysis (NMA) for comparative effectiveness research. Br J Pharmacol 2026;183(9):1814-23.