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La consommation d’alcool augmente le risque de très nombreuses maladies ainsi que le risque de mort violente : accident, suicide et homicide, sachant que les risques d’accident et d’homicide peuvent être encourus par un non-buveur exposé à la violence causée par une personne alcoolisée.

Méthodes

Preuve de la causalité

Pour conclure que la consommation d’alcool modifie un risque de maladie ou d’accident, il faut un faisceau d’arguments, des données expérimentales chez l’animal par exemple, mais il faut surtout des enquêtes épidémiologiques de cohorte ou cas-témoins. Dans une enquête de cohorte, on interroge les participants sur leur mode de vie, y compris sur leur consommation d’alcool, et on mesure un certain nombre d’autres caractéristiques. Ces personnes sont ensuite suivies, le recueil des informations peut être répété, et les maladies diagnostiquées au cours du suivi sont enregistrées. On peut ensuite comparer le risque d’une maladie donnée dans les sous-groupes définis par leur consommation d’alcool antérieure, en ajustant sur les autres caractéristiques susceptibles de modifier le risque de la maladie. Dans une enquête cas-témoins, on compare la consommation d’alcool passée chez des personnes à qui on vient de diagnostiquer la maladie étudiée et chez des témoins non malades.

Estimation de la relation dose-réponse

Pour estimer la relation dose-réponse, c’est-à-dire évaluer le risque d’une maladie en fonction de la dose d’alcool, on fait une méta-analyse, c’est-à-dire une synthèse quantitative des résultats de toutes les enquêtes ayant évalué ce risque. Les références des méta-analyses utilisées pour évaluer les risques de l’alcool figurent dans le tableau 1.

Estimation de la morbidité ou de la mortalité attribuable à l’alcool

Pour estimer la morbidité attribuable à l’alcool pour une maladie donnée, on multiplie le nombre de cas de cette maladie par la fraction attribuable à l’alcool pour cette maladie. La fraction attribuable à l’alcool (FA) se calcule à partir de la répartition de la population dans les différentes catégories de consommation d’alcool, p1, p2,… pn et à partir du risque relatif de la maladie dans chacune de ces catégories : RR1, RR2,… RRn. On utilise la relation suivante (fig. 3) :

Résultats

La liste des maladies et cause de mort violente dont le risque est modifié par l’alcool figure dans le tableau 1.1
Les courbes dose-réponse ont des formes variables. Les risques de cancer augmentent régulièrement, plus ou moins fortement selon la localisation (fig. 1A) ; ainsi le cancer du foie est 45 fois plus fréquent chez les buveurs qui consomment régulièrement 150 g d’alcool pur par jour (2 bouteilles de 75 cL de vin à 12,5°par exemple, ou ½ L de pastis ou de whisky à 40°) que chez les non-buveurs, et le cancer du sein est presque 5 fois plus fréquent chez les buveuses qui consomment régulièrement 150 g d’alcool pur par jour que chez les non-buveuses.
Les relations entre la dose et le risque des maladies cardiovasculaires sont plus variées ; à la dose de 150 g par jour, le risque le plus élevé est celui d’accident vasculaire cérébral chez les femmes, qui est multiplié par 14 par rapport aux non-buveuses (fig. 1B). Pour les autres maladies, les risques les plus élevés sont observés pour la cirrhose du foie, avec des risques multipliés par 66 et 54 à la dose de 150 g par jour respectivement chez les hommes et les femmes, comparés aux non-buveurs.
Pour certaines maladies, on observe dans les enquêtes épidémiologiques un effet protecteur aux faibles doses, c’est-à-dire un risque relatif inférieur à 1. Une échelle verticale logarithmique (fig. 1D) permet de mettre en évidence ces effets protecteurs très faibles non détectables sur les figures 1A, B et C. Mais une étude,2qui repose sur l’épidémiologie génétique, remet en cause ces estimations, au moins pour les maladies cardio­vasculaires.

Estimation de la morbidité et de la mortalité attribuable à l’alcool


Morbidité

Faute de données disponibles sur le nombre de maladies autres que le cancer, on ne dispose pas aujourd’hui d’estimation de la morbidité totale attribuable à l’alcool. Une équipe a fait une estimation des effets de la consommation d’alcool de la population française sur le risque de cancer en 2015 :3 l’alcool est responsable de 28 000 cancers en 2015 en France dont 8 100 cancers du sein ; le cancer du sein représente ainsi 29 % des cancers attribuables à l’alcool, les cancers de la sphère oto-rhino-laryngée 25 %, et les cancers colorectaux 24 % (tableau 2).

Mortalité

Une autre équipe a estimé la mortalité attribuable à l’alcool par causes en 2015 :4 l’alcool est responsable de 41 000 décès en 2015 dont 39 % par cancer, 24 % par maladies cardiovasculaires, 17 % par maladies digestives (essentiellement par cirrhose du foie), 7 % par autres maladies et 13 % par accidents et suicides (tableau 3).
Le risque global de décès attribuable à l’alcool en 2012 en fonction de la dose a été estimé par sexe (fig. 2). L’effet protecteur (remis en question récemment pour les maladies cardiovasculaires) est maximal à la dose de 1 g par jour, et le risque est égal à celui des abstinents à la dose de 4 g par jour chez les femmes et de 5 g par jour chez les hommes.
Références
1. Santé publique France. Avis d’experts relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France. SPF, mai 2017: p. 71-72. http://bit.ly/2Hs0Xh2
2. Millwood IY, Walters RG, Mei XW, et al. Conventional and genetic evidence on alcohol and vascular disease aetiology: a prospective study of 500 000 men and women in China. Lancet 2019;393:1831-42.
3. Shield KD, Micallef CM, Hill C, et al. New cancer cases in France in 2015 attributable to different levels of alcohol consumption. Addiction 2018;113:247-56.
4. Bonaldi C, Hill C. La mortalité attribuable à l’alcool en France en 2015. Bull Epidémiol Hebd 2019;5-6:97-108. http://bit.ly/2Nx93ZN