L’offre de soins palliatifs poursuit son développement et sa diversification en France, permettant désormais une intervention dans l’ensemble des lieux de vie. Parallèlement, l’activité progresse, avec un nombre croissant de séjours et de patients accompagnés. La quatrième édition de l’Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie dresse un état des lieux actualisé de cette dynamique.

Le débat public sur la fin de vie a pris une ampleur inédite depuis 2022, avec de nombreux rapports1,2 publiés ainsi qu’une convention citoyenne sur la fin de vie qui a œuvré pendant plusieurs mois3. Ces années de débats parlementaires ont conduit à l’adoption de deux lois : l’une sur l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs4, l’autre sur le droit à l’aide à mourir5 . À ce jour, l’accès aux soins palliatifs reste inégal, c’est pourquoi une stratégie décennale portant sur la période 2024 - 2034 est en cours pour améliorer cet accès sur tout le territoire6. Celle-ci a également pour objectifs de diversifier les modes de prise en charge car, avec le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, les besoins en matière de soins palliatifs s’annoncent croissants. Dans cette perspective, la publication de la quatrième édition de l’Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie7 apporte un éclairage sur l’offre et l’activité en soins palliatifs.

Une démographie vieillissante, avec des pathologies chroniques

La population française vieillit. En effet, la France compte plus de 68 millions d’habitants en 2024, avec près de 10 % de la population qui est âgée de 75 ans ou plus, soit 20 % d’augmentation depuis 2014. Chez les personnes très âgées, cette évolution est encore plus marquée, avec 1 million de personnes âgées de 90 ans ou plus (+ 42 % entre 2014 et 2024). Ce vieillissement devrait s’accentuer dans les années à venir. L’allongement de l’espérance de vie se poursuit avec 85,8 ans pour les femmes et 80,2 ans pour les hommes. En revanche, ces gains d’espérance de vie ne signifient pas pour autant que nous vivons en meilleure santé. Chez les hommes, l’espérance de vie gagnée est de 3,5 ans entre 2005 et 2024, mais seulement 1,3 ans de gain sans incapacité. Chez les femmes, l’espérance de vie a progressé de 2 ans, mais l’espérance de vie en bonne santé a diminué de 0,6 ans.

Ces chiffres se traduisent également sur l’évolution des pathologies chroniques. En 2024, 13 millions de personnes étaient bénéficiaires d’exonération pour une prise en charge en affection de longue durée, soit 3 millions de plus en 10 ans.

Enfin, la mortalité augmente, avec près de 650 000 décès par an, et un âge moyen au moment du décès de 79 ans (+ 2 ans par rapport à 2014). Les décès surviennent principalement en établissement hospitalier (52 %), puis à domicile (30 %) et en EHPAD (15 %). Les principales causes sont liées aux cancers (27 %) et aux maladies de l’appareil circulatoire (21 %).

Une offre plurielle pour répondre aux besoins de soins palliatifs et d’accompagnement

Toutes ces dimensions imposent une prise en charge multiple et coordonnée qui doit s’adapter aux lieux de vie des personnes malades. Les soins palliatifs, encore considérés comme hospitalo-centrés, se diversifient pour pouvoir prendre en charge ces patients. L’instruction ministérielle publiée en juin 20238 permet de schématiser l’offre graduée, comme le montre le tableau ci-contre. Elle structure la prise en charge selon les lieux de vie, en montrant la gradation des soins selon l’état de santé de la personne malade.

L’offre hospitalière de soins palliatifs continue de progresser. La France dispose de 8 666 lits hospitaliers en soins palliatifs, avec tous les départements couverts (excepté Mayotte). Parmi ceux-ci, 6 538 sont des lits identifiés de soins palliatifs (LISP), soit une augmentation de 1 500 lits en 10 ans ; ce dispositif permet aux services de médecine de disposer de personnels formés et d’avoir des lits dédiés à la prise en charge palliative. 2 128 lits sont répartis dans 180 unités de soins palliatifs (USP), soit 600 lits supplémentaires en 10 ans. Totalement dédiées aux soins palliatifs, ces unités ont le niveau le plus technique de prise en charge. À noter que 18 départements n’ont pas d’USP, 8 de moins par rapport aux données recueillies en 2019.

Les figures 1 et 2 montrent la répartition territoriale des USP et des LISP. Enfin, le nombre d’équipes mobiles de soins palliatifs reste stable (438 EMSP en France) et tous les départements en sont dotés. Près de 6 000 EHPAD sont conventionnés avec des EMSP.

Afin de permettre une meilleure prise en charge des personnes malades à domicile, l’émergence de nouveaux dispositifs permet une notable diversification de l’offre. C’est le cas des visites longues soins palliatifs pour les généralistes, introduites en novembre 2023, qui permettent d’améliorer la prise en charge à domicile des personnes en situation de fin de vie. Leur nombre n’est plus limité.

De plus, l’hôpital de jour de soins palliatifs (HDJ) permet de prendre en charge de manière ambulatoire des patients ne nécessitant pas d’hospitalisation complète, de manière ponctuelle ou régulière. Elle est adossée à une équipe spécialisée (USP ou EMSP).

Enfin, les structures d’Hospitalisation à domicile (HAD) développent de nouvelles équipes rapides d’intervention en soins palliatifs, qui se déplacent en urgence au domicile ou en EHPAD pour soulager rapidement les patients en fin de vie ou atteints d’une maladie grave.

En outre, afin d’étoffer les propositions de prise en charge, la loi du 26 mai 2026 et la stratégie décennale prévoient de soutenir ces dispositifs et de créer également des maisons d’accompagnement et de soins palliatifs, nouveau type d’établissement médico-social, pour des personnes gravement malades dont l’état est relativement stable (sans besoin de soins hospitaliers)9.

Une prise en charge palliative qui s’accroit

En 2024, 383 299 personnes sont décédées à l’hôpital et parmi elles, 173 958 ont reçu un « codage soins palliatifs », représentant près de 45 % des décès hospitaliers. 40 277 patients ont été hospitalisés en USP (7 400 de plus qu’en 2019), la moité d’entre eux avaient 75 ans ou plus. Ils y restaient environ 16,5 jours. Près de deux tiers des patients étaient admis directement depuis leur domicile. 28 532 personnes sont décédées en USP en 2024 et les retours à domicile ont concerné 30 % des sorties d’USP.

En 2024, 102 439 patients ont été hospitalisés en LISP (11 800 de moins qu’en 2019) ; 54 % d’entre eux avaient 75 ans ou plus. Les séjours en LISP duraient environ 15,5 jours et près de 70 % des patients étaient admis directement depuis leur domicile. Au total, 51 310 personnes sont décédées en LISP en 2024 et les retours à domicile ont concerné 38 % des sorties de LISP.

En ville, la prise en charge peut être réalisée par un médecin généraliste via les « visites longues de soins palliatifs » : on en dénombre 90 834 en 2025, témoignant d’une appropriation progressive de cette nouvelle cotation par les professionnels (voir figure 3). Ces visites couplées à la disponibilité du midazolam en ville, participent à une meilleure prise en charge palliative à domicile.

Aujourd’hui, les soins palliatifs représentent plus d’un tiers de l’activité totale de l’HAD, ce qui montre l’importance de ce mode de prise en charge en fin de vie pour les personnes à domicile. En effet, 46 154 patients sont décédés lors d’une prise en charge par l’HAD en 2024 ; parmi eux, 53 % se trouvaient à leur domicile et 41 % résidaient en EHPAD. Concernant plus spécifiquement les soins palliatifs, 70 518 patients ont bénéficié d’un accompagnement par l’HAD en 2024 (contre 45 000 en 2019). La durée moyenne d’hospitalisation en HAD palliative était d’environ 37 jours.

Les patients en HAD palliative sont plus âgés qu’en LISP ou en USP, avec 68 % de patients de 75 ans ou plus. Ceci s’explique par le fait que l’HAD prend en charge des résidents d’EHPAD.

Qu’en retenir ?

Une récente publication situe la France au huitième rang européen pour le développement des soins palliatifs10. Au regard de la stratégie décennale en cours, la diversification de l’offre progresse, permettant une intervention dans tous les lieux de vie. Cependant, même si les disparités territoriales tendent à se réduire, celles-ci persistent dans la mesure où 18 départements ne disposent pas d’USP. Dans plusieurs de ces territoires, de nouvelles unités de soins palliatifs sont en cours de création ou bien ce manque est en partie compensé par une forte dotation en LISP.

En parallèle, l’activité de soins palliatifs croit ces dernières années, avec plus de séjours et de patients accompagnés. Cependant, il n’existe pas encore de moyen fiable et robuste pour estimer la population ayant besoin de soins palliatifs. La Cour des Comptes a estimé que 379 653 personnes décédées auraient été susceptibles d’en bénéficier, et ce chiffre devrait augmenter jusqu’à 470 000 personnes en 204511.

La quatrième édition de l’Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie, réalisé par le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, dresse un état des lieux actualisé de l’offre et de l’activité en soins palliatifs en France, avec une vision territoriale. Il apporte une meilleure compréhension des enjeux liés à la fin de vie. Document de référence, l’Atlas est utilisé comme source fiable pour l’élaboration de rapports ou la mise en place de plans et stratégies, contribuant in fine, à améliorer la prise en charge des patients7.

L’Atlas national des soins palliatifs et de la fin de vie est disponible en téléchargement sur le site internet du CNSPFV : https ://www.parlons-fin-de-vie.fr/chiffres-et-enquetes/#l’atlas-des-soins-palliatifs-et-de-la-fin-de-vie

Références
1. Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Avis 139 ; questions éthiques relatives aux situations de fin de vie : autonomie et solidarité.
2. Assemblée nationale. Rapport d'information déposé en application de l'article 145-7 alinéa 3 du règlement, par la commission des affaires sociales en conclusion des travaux d’une mission d’information sur l’évaluation de la loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie (Mme Caroline Fiat et M. Didier Martin), n° 1021. 29 mars 2023.
3. Convention citoyenne Cese. Rapport de la Convention Citoyenne sur la fin de vie. Avril 2023.
4. Légifrance. Loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs.
5. Légifrance. Loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir.
6. Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités. Stratégie décennale des soins d’accompagnement : pour le renforcement des soins palliatifs, de la prise en charge de la douleur et de l’accompagnement de la fin de vie. 2024.
7. Gonçalves T, Carretier J, Dauchy S, et al. Atlas des soins palliatifs et de la fin de vie en France : Quatrième édition. Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie 2026, 138 pages.
8. Gouvernement. Instruction interministérielle n° DGOS/R4/DGS/DGCS/2023/76 du 21 juin 2023 relative à la poursuite de la structuration des filières territoriales de soins palliatifs dans la perspective de la stratégie décennale 2024-2034. 2023.
9. Légifrance. Loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs crée dans le Code de l’action sociale et des familles une nouvelle catégorie d’établissement intitulée « maisons d’accompagnement et de soins palliatifs » (Article 10).
10. Garralda-Domezain E, Tripodoro VA, Ling J, et al. EAPC Atlas of Palliative Care in the European region 2025. EUNSA 2025.
11. Assemblée nationale. Les soins palliatifs : une offre de soins à renforcer. Juillet 2023.

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