Coincée entre la vie personnelle, la vie sociale et la vie professionnelle, la place dévolue au sommeil s’est amenuisée au fil des décennies. « En 50 ans, le temps de sommeil des Français a diminué d’une heure et demi », rapporte ainsi la feuille de route interministérielle 2025 - 2026 en faveur d’un sommeil de qualité . Et ce n’est pas tout : selon ce document paru fin juillet, même si les Français dorment en moyenne 7 h par nuit – soit une durée cohérente avec les recommandations –, 45 % d’entre eux sont confrontés à au moins un trouble du sommeil, tandis que 30 % des enfants et 70 % des adolescents ne dorment pas assez. Alors que la qualité du sommeil est essentielle à une bonne santé, elle se détériore pour plusieurs raisons, dont l’augmentation de l’usage des écrans et de la sédentarité. Signe de l’importance de l’enjeu, le Haut conseil de la santé publique a formellement inclus le sommeil « comme déterminant majeur de santé nutritionnelle » dans ses recommandations pour l’élaboration du 5e programme national nutrition santé (PNNS), ainsi que des fourchettes de durée recommandée du sommeil selon l’âge (cf. tableau).
Par sa nouvelle feuille de route interministérielle revendiquant une action « dans la continuité du précédent plan sommeil (2007 - 2010) qui avait notamment permis le développement du réseau des centres du sommeil », le gouvernement vise entre autres à améliorer la formation des professionnels de santé ainsi que l’information du grand public autour du sommeil. L’accent est mis en particulier sur l’amélioration du sommeil des enfants et des adolescents, plus vulnérables en raison de leurs besoins élevés en sommeil qui se heurtent à l’exposition croissante aux écrans.
La feuille de route comporte 5 « axes prioritaires » pour améliorer la qualité du sommeil :
- Informer et sensibiliser le grand public sur l’importance du sommeil et les repères pour bien dormir ;
- Favoriser de bonnes habitudes de sommeil dès l’enfance, en impliquant les familles et le monde éducatif ;
- Agir sur l’environnement de vie et de travail pour qu’il soit plus favorable au repos ;
- Mieux repérer et accompagner les troubles du sommeil, en renforçant la prévention et l’accès aux soins ;
- Renforcer les connaissances sur le sommeil par un soutien à la recherche, afin de mieux suivre et documenter les habitudes et troubles du sommeil en France.
Dans le détail, ces 5 axes regroupent 25 mesures, dont 12 concernent de près ou de loin les professionnels de santé, voire directement le MG :
- L’enrichissement à venir des contenus d’information sur le sommeil sur les sites institutionnels (sante.gouv.fr, Ameli, Santé publique France), notamment pour donner à tous les repères de durées recommandées du sommeil ;
- Des campagnes de sensibilisation pour le grand public, notamment par le site mangerbouger.fr, mais pas que, mettent ou vont mettre en avant le sommeil, ainsi que le bon usage des benzodiazépines ;
- L’incitation du MG à échanger sur le sommeil lors des consultations obligatoires de l’enfant, grâce aux nouvelles questions sur le sommeil intégrées dans le carnet de santé de l’enfant depuis le 1er janvier 2025 ;
- La mise en place d’actions de prévention, promotion et éducation à la santé portant sur le sommeil et ses déterminants (activité physique, usage des écrans…) à destination des étudiants par les services de santé étudiante (SSE) ;
- La mobilisation des conseils locaux de santé mentale pour sensibiliser les acteurs et le public au sommeil comme déterminant de la santé mentale ;
- L’élaboration et la diffusion de recommandations concernant l’organisation des services hospitaliers pour favoriser le sommeil des patients et des soignants ;
- La sensibilisation des professionnels de santé sur les recos pour améliorer la qualité du sommeil en cas de travail posté ou en horaires atypiques ;
- Formation et outillage des professionnels de santé au repérage des troubles du sommeil ;
- Déploiement du dispositif Mon Bilan Prévention , permettant d’aborder la question du sommeil ;
- Prévention du mésusage de produits dans le cadre de troubles du sommeil : mise en œuvre des prescriptions renforcées pour les benzodiazépines ; recommandations pour le bon usage de la mélatonine ;
- Mise à disposition de tous d’une application de suivi consacrée à la santé mentale, Jardin Mental qui comprend des conseils et recommandations sur le sommeil. Cette application, qui peut être paramétrée pour suivre plus spécifiquement son sommeil, peut permettre de nourrir les échanges entre patients et professionnels de santé ;
- Repérage et prévention de l’épuisement parental, en faisant mieux connaître les dispositifs de répit financés par les CAF.
Ces mesures se concluent par 14 recommandations pour un bon sommeil issues de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) :
- Maintenir des horaires de lever et de coucher réguliers, aussi bien en semaine qu’en weekend ;
- S’exposer à la lumière du jour ;
- Consacrer au moins 2 h 30 par semaine à une activité physique ;
- Interrompre aussi fréquemment que possible les longues périodes en position assise ;
- Utiliser le vélo, la marche le plus possible pour se déplacer ;
- Privilégier l’utilisation des escaliers ;
- Modérer la consommation d’excitants (café, thé, coca, boissons énergisantes), et l’éviter après 14 h ;
- Limiter votre consommation d’alcool, en particulier le soir ;
- Ne pas sauter le dîner, mais éviter des plats difficiles à digérer et/ou trop gras ;
- Se déconnecter des écrans au moins 1 h avant le coucher, et les laisser éteints jusqu’au lendemain matin ;
- Instaurer une ou des activités rituelles calmes (lire, dessiner, prendre une tisane, méditer), pour faire intégrer au corps le passage à un rythme propice à l’endormissement ;
- Aménager une chambre propice au sommeil : obscurité, silence, température entre 18 et 20 °C ;
- Rester un temps limité au lit, pour maintenir l’association entre lit et sommeil ;
Respecter son rythme et ses besoins de sommeil, en écoutant ses sensations physiques et mentales.
Sante.gouv.fr. Feuille de route interministérielle en faveur d’un sommeil de qualité 2025-2026.
Pour en savoir plus :
Vivons-nous une « crise » du sommeil ? Rev Prat (en ligne) 17 mars 2023.
Chaix Y. Sommeil de l’enfant. Rev Prat Med Gen 2023;37(1076);175-80.
Faraut B, Poudevigne L. Intérêt de la sieste : que dit la recherche ? Rev Prat 2024;74(7);715-20.
Notre dossier – Insomnie : haro sur les idées reçues ! Rev Prat 20 août 2024.
Troubles du sommeil : du nouveau ! Rev Prat 15 mars 2024.
Barateau L, Lorber Q, Dauvilliers Y. Troubles du sommeil de l’enfant et de l’adulte. Rev Prat 2024;74(2);201-8.
Pitron V, Faraut B, Léger D. Insomnie et environnement de sommeil. Rev Prat 2024;74(3);283-4.