Depuis longtemps, la durée du sommeil a été associée au risque de maladies chroniques, mais ses effets sur le vieillissement biologique des différents organes ont été peu explorés à large échelle. Une nouvelle étude propose, pour la première fois, une cartographie systémique du lien entre sommeil et horloges biologiques du vieillissement.

Des études précédentes avaient déjà démontré une association en U entre la durée du sommeil et certaines horloges de vieillissement phénotypiques cérébrales.1,2 Cette nouvelle étude étend cette analyse à l’ensemble des organes et à l’échelle moléculaire en utilisant différentes données « omiques » (génomique, protéomique, métabolomique, etc.). Son objectif est triple : cartographier les associations entre sommeil et horloges biologiques multi-organes et multi-omiques ; évaluer le lien entre durée anormale du sommeil et mortalité toutes causes confondues / maladies systémiques ; explorer les voies par lesquelles le sommeil influence la dépression à un âge avancé.

L’étude s’est appuyée sur les données d’environ 500 000 participants de la cohorte UK Biobank , âgés de 37 à 84 ans. La durée du sommeil a été mesurée par questionnaire déclaratif. 23 horloges biologiques du vieillissement ont été définies à partir de données d’IRM multi-organes (7 horloges), de la protéomique plasmatique (11 horloges) et de la métabolomique plasmatique (5 horloges).

Les résultats, parus dans Nature en mai 2026,3 indiquent que 9 de ces 23 horloges présentent une relation significative non linéaire en U avec la durée du sommeil. Les valeurs minimales de vieillissement biologique sont obtenues entre 6,4 et 7,8 heures de sommeil, selon l’organe et le sexe. Le vieillissement cérébral évalué par la protéomique présente l’association en U la plus marquée avec la durée du sommeil (p < 1 × 10⁻²⁰), témoignant d’une forte non linéarité de cette association. L’horloge fondée sur les métabolites du système endocrinien et les horloges fondées sur l’IRM des tissus cérébraux, adipeux et pancréatiques présentent également des associations en U significatives.

Sur le plan clinique, 153 associations significatives ont été identifiées entre une durée de sommeil anormale et la survenue de maladies incidentes, notamment en cas de sommeil court (hazard ratio [HR] de 1,20 à 6,69). Ce dernier est associé à une mortalité toutes causes confondues augmentée de 50 % (HR = 1,50 ; IC 95 % : 1,44 - 1,55 ; p < 1 × 10⁻²⁰) contre une augmentation de 40 % pour le sommeil long (HR = 1,40 ; IC 95 % : 1,36 - 1,44 ; p < 1 × 10⁻²⁰). Les corrélations génétiques révèlent que le sommeil court est associé à un profil systémique large (maladies CV, métaboliques, musculosquelettiques et psychiatriques), tandis que le sommeil long présente des corrélations génétiques plus restreintes, principalement avec des troubles neuropsychiatriques (trouble dépressif majeur, schizophrénie, trouble bipolaire, TDAH, migraine).

Cette étude propose la première cartographie transorganes et multi-omique du lien entre sommeil et vieillissement biologique, démontrant que dormir entre 6 et 8 heures minimise le vieillissement biologique systémique. En pratique, une durée de sommeil chroniquement inférieure à 6 heures ou supérieure à 8 heures devrait être perçue comme un signal d’alerte clinique et non comme un simple mode de vie. Ces résultats soulignent l’intérêt de considérer la durée du sommeil comme un facteur de risque potentiellement modifiable et d’y porter une attention particulière lors du suivi.

Lamesure du sommeil dans l’étude repose toutefois exclusivement sur la déclaration, source potentielle de biais, et ne capture pas la qualité du sommeil, sa fragmentation, ni les troubles associés (insomnie, SAOS, etc.). Par ailleurs, les auteurs soulignent que le design transversal de l’étude impose une certaine prudence dans l’interprétation du sommeil long : celui-ci pourrait être la conséquence d’une maladie chronique sous-jacente ou d’une dépression plutôt que sa cause.

Références
1. You Y, Chen Y, Liu R, et al. Inverted U-shaped relationship between sleep duration and phenotypic age in US adults: A population-based study.  Sci Rep 2024;14(1):6247.
2. Wang X, Yan X, Li M, et al. U-shaped association between sleep duration and biological aging: Evidence from the UK Biobank study.  Aging Cell 2024;23(7):e14159.
3. The MULTI Consortium, O’Toole CK, Song Z, et al. Sleep chart of biological ageing clocks in middle and late life.  Nature 13 mai 2026.

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