Si la durée du sommeil est associée au risque de maladies chroniques, son impact sur l’âge biologique reste peu documenté.Des recherches ont déjà observé une association en U entre la durée du sommeil et certaines horloges de vieillissement phénotypiques cérébrales. Une nouvelle étude a étendu cette analyse à l’ensemble des organes et à l’échelle moléculaire, en utilisant différentes données « ~omiques » (génomique, protéomique, métabolomique, etc.).Elle s’est appuyée sur les données d’environ 500 000 participants de la cohorte UK Biobank, âgés de 37 à 84 ans. La durée du sommeil a été mesurée par questionnaire déclaratif. En tout, 23 horloges biologiques du vieillissement ont été définies à partir de données d’IRM multi-organes (7 horloges), de la protéomique plasmatique (11 horloges) et de la métabolomique plasmatique (5 horloges).Les résultats indiquent que 9 de ces 23 horloges ont une relation significative en U avec la durée du sommeil. Les valeurs minimales de vieillissement biologique sont obtenues entre 6,4 et 7,8 heures de sommeil, selon l’organe et le sexe.Sur le plan clinique, 153 associations significatives ont été identifiées entre durée de sommeil anormale et survenue de maladies incidentes, notamment en cas de sommeil court. Ce dernier est associé à une mortalité toutes causes confondues augmentée de 50 % contre une augmentation de 40 % pour le sommeil long. Le sommeil court est associé à des maladies cardiovasculaires, métaboliques, musculosquelettiques et psychiatriques, tandis que le sommeil long présente des liens plus restreints avec les troubles neuropsychiatriques (dépression, schizophrénie, trouble bipolaire, TDAH, migraine).Cette étude propose la première cartographie transorganes et multiomique du lien entre sommeil et vieillissement biologique, démontrant que dormir entre six et huit heures minimise ce dernier. En pratique, une durée de sommeil chroniquement inférieure à six heures ou supérieure à huit heures devrait être perçue comme un signal d’alerte clinique et non comme un simple mode de vie.La mesure du sommeil dans l’étude repose toutefois exclusivement sur la déclaration, source potentielle de biais, et ne prend pas en compte la qualité du sommeil, sa fragmentation, ni les troubles associés (insomnie, SAOS, etc.). Par ailleurs, le design transversal de l’étude impose la prudence dans l’interprétation du sommeil long, qui peut découler d’une maladie chronique sous-jacente.
Références
NATURE 13 mai 2026. The MULTI Consortium, O’Toole CK, Song Z, et al. Sleep chart of biological ageing clocks in middle and late life.PMID: 42129562