Les recommandations 2022 de la Société française de pédiatrie proposent une supplémentation de tous les enfants avant l’âge de 18 ans et intègrent également les apports en calcium, l’activité physique et la nécessité d’une décision partagée avec les parents. La supplémentation en vitamine D a pour objectifs de limiter les rachitismes carentiels et d’optimiser le pic de masse osseuse – deux priorités de santé publique. La politique globale de la supplémentation en vitamine D doit rester celle de la prévention du rachitisme nutritionnel, mais la règle du « ni trop ni trop peu » devrait également éviter la toxicité rénale à long terme. Il reste à démontrer si la supplémentation en vitamine D chez les enfants a également des effets bénéfiques extrasquelettiques sur la durée.
Intérêt de la vitamine D
La vitamine D est une hormone – et non pas une vitamine – qui joue un rôle majeur dans la croissance et la qualité osseuses. La supplémentation en vitamine D chez l’enfant a pour objectifs de limiter les rachitismes carentiels et d’optimiser le pic de masse osseuse, dans un contexte où les rachitismes carentiels n’ont pas disparu en France.1,2
Le rôle « historique » et classiquement décrit de la vitamine D est celui qu’elle joue dans l’homéostasie phosphocalcique : stimulation de l’absorption intestinale de calcium et de phosphore, permettant de maintenir un état de normocalcémie nécessaire pour une minéralisation osseuse adéquate,3 stimulation de la réabsorption tubulaire de calcium et inhibition de la synthèse de la parathormone (PTH), hormone hypercalcémiante et phosphaturiante.
La population générale est majoritairement carencée en vitamine D,4 et les raisons en sont multifactorielles : peu d’apports dans les diètes occidentales (et non-enrichissement systématique des aliments, contrairement à ce qui peut être fait en Amérique du Nord, notamment), surpoids/obésité, manque d’exposition solaire, etc.
Au fil du temps, cette hormone prescrite à visée purement phosphocalcique et osseuse s’est avérée pléiotrope, avec un effet bénéfique sur la santé globale,5 - 7 même si les grands essais randomisés chez l’adulte n’ont pas permis d’atteindre la significativité statistique sur les critères de jugement principaux.8 - 11 Des erreurs méthodologiques peuvent être discutées dans ces essais (supplémentation chez des patients déjà réplétés, apports calciques non contrôlés, apports en vitamine D sous forme de compléments alimentaires, etc.).12 Une étude clinique française récente bien conduite a néanmoins montré l’intérêt de la vitamine D (à doses importantes) dans la sclérose en plaques.13
Les recommandations 2022 de la Société française de pédiatrie insistent sur l’intérêt d’une supplémentation en vitamine D et d’apports calciques suffisants en population pédiatrique générale à visée de prévention de maladies osseuses.14
Modalités de prescription
Les grands messages des recommandations 2022 sont les suivants :
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supplémentation pour tous jusqu’à l’âge de 18 ans ;
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pas d’ajustement des doses en fonction du type d’allaitement ni de la couleur de peau avant l’âge de 2 ans ;
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préférence pour la supplémentation quotidienne, si possible ;
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identification de quatre facteurs de risque nécessitant un doublement des doses (obésité, peau foncée, absence d’exposition solaire et régime végétalien) ;
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nécessité de prescrire la vitamine D sous forme de médicament et non sous forme de complément alimentaire.
Ces grands principes sont résumés dans le tableau 1.
Le tableau 2 recense les apports calciques recommandés ; en effet, sans calcium dans l’alimentation, l’intérêt de la supplémentation en vitamine D est probablement limité.
Pas de place pour les compléments alimentaires !
Des cas d’intoxication par l’usage de compléments alimentaires à très forte concentration en vitamine D achetés sur internet (1 goutte = 10 000 UI !) ont été décrits en France, ayant induit des hypercalcémies sévères avec néphrocalcinose nécessitant des hospitalisations chez des nourrissons auparavant en bonne santé. Ce constat n’est pas uniquement français et a aussi été rapporté, notamment, aux États-Unis et en Angleterre, où les compléments alimentaires sont disponibles très facilement de longue date.15
Cette augmentation établie de l’administration de vitamine D par des compléments alimentaires, et non par des médicaments, est parfois le fait de conseils inadaptés de la part de professionnels de santé de la petite enfance.
En collaboration avec les sociétés savantes, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ont donc alerté, en janvier 2021, les professionnels de santé et les parents sur ce risque de surdosage par l’administration à des enfants de compléments alimentaires contenant de la vitamine D.16
Les compléments alimentaires ne sont, par définition, pas soumis aux mêmes contrôles que les médicaments, bien qu’ils répondent à une réglementation visant à sécuriser leur utilisation. Les notices des médicaments contenant de la vitamine D garantissent, quant à elles, une information lisible en matière de doses, de précautions d’emploi, de risque d’effets indésirables et de surdosage. De plus, les médicaments présentent un niveau d’exigence supérieur à celui des compléments alimentaires concernant la qualité des matières premières, la fabrication et le contrôle du dosage dans chaque lot de fabrication. Les médicaments sont des produits sûrs, contrôlés et de qualité, qui permettent un apport fiable et une sécurité d’utilisation.16 Si un médicament doit respecter la limite de 90 à 125 % entre la concentration mesurée et la concentration affichée sur l’étiquette, la marge du complément alimentaire est plus large, variant de 80 à 150 %.17,18
Une étude a évalué onze compléments alimentaires contenant de la vitamine D et a montré que la concentration en vitamine D variait de 41 ± 11 % à 165 ± 18 % par rapport à la concentration inscrite sur l’étiquette ; huit préparations ne respectaient pas la réglementation sur les compléments alimentaires en vigueur au Royaume-Uni.17
Ainsi, la prescription de vitamine D sous forme de compléments alimentaires doit être proscrite,14 et cela doit être expliqué aux familles parfois réticentes à utiliser les formes médicamenteuses.
En consultation, la recherche de l’utilisation des compléments alimentaires en automédication par les parents devrait être systématique avant toute prescription de vitamine D sous forme médicamenteuse.
Indications du dosage de la vitamine D chez l’enfant
Le dosage de la vitamine D n’est pas recommandé en population pédiatrique générale en l’absence de signes évocateurs de rachitisme.
En cas de signes cliniques de rachitisme, de douleurs osseuses, de fragilité osseuse ou, à l’inverse, en cas d’antécédents familiaux d’intoxication à la vitamine D, d’hypercalcémie, d’hypercalciurie, de calculs rénaux et/ou de néphrocalcinose, il est proposé de vérifier la concentration de 25 -OH-vitamine D chez les enfants.14
À noter qu’une calcémie normale n’élimine pas une carence nutritionnelle en calcium. Ainsi, en cas de doute clinique sur une carence, il convient plutôt de rechercher une hypocalciurie.
2. Flot C, Porquet-Bordes V, Bacchetta J, et al. Demographic characteristics, risk factors, and presenting features of children with symptomatic nutritional rickets: A french series. Horm Res Paediatr 2020;93(5):304‑12.
3. Lieben L, Masuyama R, Torrekens S, et al. Normocalcemia is maintained in mice under conditions of calcium malabsorption by vitamin D-induced inhibition of bone mineralization. J Clin Invest 2012;122(5):1803‑15.
4. Saggese G, Vierucci F, Boot AM, et al. Vitamin D in childhood and adolescence: An expert position statement. Eur J Pediatr 2015;174(5):565‑76.
5. Adams JS, Hewison M. Update in vitamin D. J Clin Endocrinol Metab 2010;95(2):471‑8.
6. Shirazi HA, Rasouli J, Ciric B, et al. 1,25-Dihydroxyvitamin D3 enhances neural stem cell proliferation and oligodendrocyte differentiation. Exp Mol Pathol 2015;98(2):240‑5.
7. Bacchetta J, Pelletier S. Vitamin D deficiency is associated with mortality in maintenance dialysis: Moving forward from epidemiology to clinical trials. Nephrol Dial Transplant 2018;33(10):1679-82.
8. Manson JE, Cook NR, Lee IM, et al. Vitamin D supplements and prevention of cancer and cardiovascular disease. N Engl J Med 2019;380(1):33‑44.
9. Leboff MS, Chou SH, Ratliff KA, et al. Supplemental vitamin D and incident fractures in midlife and older adults. N Engl J Med 2022;387(4):299‑309.
10. Pittas AG, Dawson-Hughes B, Sheehan P, et al. Vitamin D supplementation and prevention of type 2 diabetes. N Engl J Med 2019;381(6):520‑30.
11. Bischoff-Ferrari HA, Vellas B, Rizzoli R, et al. Effect of vitamin D supplementation, omega-3 fatty acid supplementation, or a strength-training exercise program on clinical outcomes in older adults: The DO-HEALTH randomized clinical trial. JAMA 2020;324(18):1855‑68.
12. Bolland MJ, Grey A, Avenell A. Assessment of research waste part 2: Wrong study populations - an exemplar of baseline vitamin D status of participants in trials of vitamin D supplementation. BMC Med Res Methodol 2018;18(1):101.
13. Thouvenot E, Laplaud D, Lebrun-Frenay C, et al. High-dose vitamin D in clinically isolated syndrome typical of multiple sclerosis: The D-Lay MS randomized clinical trial. JAMA 2025;333(16):1413‑22.
14. Bacchetta J, Edouard T, Laverny G, et al. Vitamin D and calcium intakes in general pediatric populations: A french expert consensus paper. Arch Pediatr 2022;29(4):312-25.
15. Taylor PN, Davies JS. A review of the growing risk of vitamin D toxicity from inappropriate practice. Br J Clin Pharmacol 2018;84(6):1121‑7.
16. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Vitamine D chez l’enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage. 27 janvier 2021. https://bit.ly/4dN6hvq
17. Wan M, Patel A, Patel JP, et al. Quality and use of unlicensed vitamin D preparations in primary care in England: Retrospective review of national prescription data and laboratory analysis. Br J Clin Pharmacol 2021;87(3):1338‑46.
18. Commission européenne. Guidance document for competent authorities for the control of compliance with EU legislation relating to food supplements with regard to the setting of tolerances for nutrient values declared on a label. Décembre 2012. https://bit.ly/4dFrmYG