Jusqu’à 90 % des femmes en âge de procréer ont au moins un symptôme prémenstruel (SPM), dont 20 - 40 % ont des troubles gênants et 2 - 5 % des symptômes sévères et invalidants (trouble dysphorique prémenstruel ou TDPM, encadré). La prévalence chez les adolescentes est difficile à estimer, car les symptômes prémenstruels peuvent être confondus avec la labilité émotionnelle et la variabilité de l’humeur qui caractérisent cette tranche d’âge. Une étude transversale incluant 171 adolescentes a montré que 61,4 % avaient un SPM, dont plus de 50 % rapportaient des symptômes modérés ou sévères (affect négatif, rétention hydrique…).
La physiopathologie est probablement multifactorielle, incluant une sensibilité accrue aux fluctuations normales d’œstrogènes et de progestérone pendant la phase lutéale du cycle menstruel, ainsi qu’un dysfonctionnement des systèmes de neurotransmission sérotoninergique et gamma-aminobutyrique.
Un papier du JAMA paru le 4 février 2026 fait un point sur la prise en charge selon les dernières recommandations américaines et les données des méta-analyses récentes.
Un diagnostic d’exclusion
Les symptômes sont multiples : affectifs tels que troubles de l’humeur, irritabilité, anxiété, et/ou physiques tels que troubles de la concentration, fatigue, changement d’appétit, troubles du sommeil, mastodynie, arthralgies et troubles digestifs.
Le diagnostic repose sur la survenue des symptômes la semaine précédant le début des règles (et s’améliorant ensuite) pendant la plupart des cycles menstruels au cours de l’année précédente, ainsi que sur 2 mois d’enregistrement prospectif (au moyen d’un journal ou calendrier). Si le journal n’est pas concluant, un essai de 3 mois d’agoniste de la gonadolibérine (GnRH) peut aider à confirmer le diagnostic. Les critères diagnostiques de TDPM sont indiqués dans l’encadré ci-contre.
Les cliniciens doivent éliminer d’autres causes potentielles des manifestations cliniques. Des symptômes survenant de façon intermittente tout au long du cycle menstruel, ou des symptômes chroniques qui s’aggravent pendant la phase prémenstruelle suggèrent une affection médicale ou un trouble de l’humeur sous-jacent. Une consultation psychiatrique est recommandée en cas de doute diagnostique ou de suspicion de comorbidité psychiatrique.
Approches de prise en charge
Le choix d’une ou plusieurs options thérapeutiques se fait au cas par cas, en fonction de la sévérité des symptômes et du besoin de contraception, dans le cadre d’une décision partagée.
ISRS
Le Collège américain des obstétriciens et gynécologues (ACOG) recommande les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) pour la prise en charge des symptômes prémenstruels affectifs modéré à sévère (sertraline, paroxétine et fluoxétine). Contrairement à la dépression, les ISRS ont un début d’action rapide et peuvent améliorer les symptômes prémenstruels en quelques jours. Ils peuvent être administrés en continu ou de façon intermittente (c’est-à-dire pendant la phase lutéale du cycle menstruel ou du début des symptômes jusqu’au début des règles), ce qui permet de réduire le risque d’effets indésirables et de symptômes de sevrage à l’arrêt.
Toutefois, d’après une méta-analyse Cochrane de 2024, l’administration continue serait associée à une amélioration plus importante des scores symptomatiques autoévalués. L’utilisation chez les adolescentes n’a pas été évaluée de manière rigoureuse dans cette indication : en cas de prescription, les experts incitent les praticiens à surveiller l’apparition ou l’aggravation d’une idéation suicidaire au cours des premiers mois, et d’interrompre le traitement le cas échéant.
Traitements hormonaux
Les preuves les plus abondantes et de meilleure qualité soutiennent l’utilisation des contraceptifs oraux combinés (COC), bien entendu en l’absence de facteurs de risque thromboembolique. Pour le patch contraceptif et l’anneau vaginal (qui ont pourtant le même mécanisme d’action que les COC), des recherches sont nécessaires pour confirmer leur efficacité. Supprimant l’ovulation et les fluctuations associées des taux d’œstrogènes et de progestérone, les COC sont efficaces sur les symptômes prémenstruels globaux, mais pas forcément sur les troubles de l’humeur, en particulier dépressifs.
En 2e intention, chez les patientes adultes ayant des symptômes prémenstruels physiques et affectifs sévères et réfractaires, les experts suggèrent (recommandation conditionnelle) les agonistes de la GnRH. Ces molécules induisent une anovulation, supprimant ainsi la phase prémenstruelle et les symptômes associés, mais sont associés à des effets indésirables liés à l’hypo-œstrogénie (symptômes vasomoteurs, diminution de la densité osseuse) ; ainsi, une hormonothérapie add-back combinée est recommandée dès l’initiation d’un traitement pour atténuer ces effets. Il faut quand même savoir que cette dernière peut déclencher une réapparition, généralement transitoire, des symptômes prémenstruels.
Autres options
Dans une méta-analyse évaluant des interventions psychologiques (TCC, éducation des patientes, suivi des symptômes) sur les symptômes prémenstruels, la TCC était la seule intervention associée à des réductions statistiquement significatives des scores symptomatiques par rapport au contrôle : anxiété (effet modéré ; deux essais), dépression (effet modéré ; trois essais), changements des comportementaux négatifs (effet modéré ; deux essais). Dans la seule étude comparant directement la TCC et les ISRS chez des participantes atteintes de TDPM, bien que la fluoxétine ait été associée à une réponse plus rapide, l’efficacité de la TCC à 6 mois était comparable à celle de la fluoxétine seule et du traitement combiné fluoxétine + TCC. De plus, l’amélioration sous TCC persistait plus longtemps. Ainsi, les experts recommandent fortement la TCC pour la prise en charge des symptômes prémenstruels affectifs.
Un exercice modéré régulier (aérobie, yoga, pilates) a été également associé à une amélioration des symptômes prémenstruels, via des effets sur les bêta-endorphines, le cortisol et les taux d’hormones ovariennes. Cependant, les études ne permettent pas de conclure de manière définitive sur l’ampleur du bénéfice ainsi que sur le type et la durée d’exercice les plus efficaces.
Les données disponibles suggèrent que le calcium peut améliorer les symptômes prémenstruels, mais les études sont très limitées et il n’existe pas de consensus. Compte tenu de ses effets bénéfiques démontrés sur la santé osseuse et générale, une supplémentation en calcium (1 000 - 1 200 mg/j) peut être envisagée selon les experts, pour aider à la prise en charge des symptômes prémenstruels physiques et affectifs, en particulier chez les personnes refusant ou présentant des CI aux traitements médicaux (attention : l’apport total doit être inférieur à 2 500 mg/j, incluant toutes les sources : aliments, boissons et compléments). Chez les adolescentes, il est raisonnable de conseiller un apport nutritionnel en calcium d’environ 1 300 mg (sans dépasser 2 000 mg).
L’ACOG suggère que l’acupuncture pour aider à la prise en charge des symptômes prémenstruels physiques et affectifs, notamment via la modulation des opioïdes endogènes, des prostaglandines et des marqueurs inflammatoires (recommandation conditionnelle à cause d’une hétérogénéité élevée des études).
Concernant le Vitex agnus-castus (gattilier), remède à base de plantes supposé soulager les symptômes prémenstruels via une stimulation des récepteurs dopaminergiques (entraînant une modulation en aval de la prolactine et des taux de progestérone), compte tenu de la variation importante des formulations et des dosages entre les études, l’ACOG estime que des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir formuler une recommandation sur son utilisation.
Certains essais randomisés montrent que les AINS sont associés à une réduction des symptômes prémenstruels physiques (ex : crampes abdominales, céphalées, myalgies diffuses). Ils peuvent donc être prescrits selon les experts (recommandation conditionnelle, preuves de faible qualité).
Enfin, l’ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie doit être réservée aux adultes ayant des symptômes prémenstruels sévères, uniquement lorsque la prise en charge médicale a échoué et après information des patientes sur les risques associés et l’irréversibilité de l’intervention. Une période d’essai par agoniste de la GnRH (avec ou sans add-back œstrogénique) est conseillée avant la chirurgie afin de prédire la réponse à cette dernière.
Que retenir ?
Les contraceptions œstroprogestatives, les ISRS (en prise continue ou intermittente) et les TCC sont les traitements qui ont le plus haut niveau de preuves.
En pratique, la prise en charge est fonction des objectifs de la patiente. Les patientes souhaitant débuter une contraception ou ayant à la fois des symptômes affectifs et physiques peuvent opter pour un essai de contraception hormonale. D’autres, déjà utilisatrices d’une autre méthode contraceptive ou ayant surtout de symptômes affectifs, peuvent choisir un traitement par ISRS ou une TCC. Des modifications du mode de vie (ex : apport suffisant en calcium, activité physique, techniques de relaxation) peuvent être incorporées au plan thérapeutique.
Critères diagnostiques du trouble dysphorique prémenstruel
Dans la majorité des cycles menstruels, au moins cinq symptômes doivent être présents durant la semaine précédant le début des règles, commencer à s’améliorer dans les quelques jours suivant le début des règles, et devenir minimes ou absents durant la semaine qui suit les règles.
Un (ou plus) des symptômes suivants doit être présent :
- labilité affective marquée (ex : sautes d’humeur ; sensation de tristesse ou de pleurs soudains, ou sensibilité accrue au rejet) ;
- irritabilité ou colère marquée, ou augmentation des conflits interpersonnels ;
- humeur dépressive marquée, sentiments de désespoir, ou pensées autodépréciatives ;
- anxiété marquée, tension, sensation d’être « sur les nerfs » ou à vif.
Un (ou plus) des symptômes suivants doit également être présent, afin d’atteindre un total de cinq symptômes lorsqu’ils sont combinés aux symptômes du critère B :
- diminution de l’intérêt pour les activités habituelles (ex : travail, école, amis, loisirs) ;
- difficultés subjectives de concentration ;
- léthargie, fatigabilité facile, ou manque d’énergie marqué ;
- changement marqué de l’appétit, hyperphagie, envies alimentaires spécifiques ;
- hypersomnie ou insomnie ;
- sentiment d’être dépassée ou de perdre le contrôle ;
- symptômes physiques tels que sensibilité ou gonflement mammaire, douleurs articulaires ou musculaires, sensation de « ballonnement » ou prise de poids.
Yonkers KA, Ireland LD, Truehart AI. Management of Premenstrual Disorders. Obs & Gynecol 2023;142(6):1516-33.