Un homme de 20 ans, sans antécédent, consulte pour des douleurs mécaniques importantes de la cheville droite évoluant depuis plusieurs mois, sans traumatisme identifié, dans un contexte d’augmentation de sa pratique sportive. Il décrit une aggravation en fin de journée, avec une cheville œdématiée et très douloureuse.
À l’examen clinique, la statique plantaire est normale, la mobilité de l’articulation talo-crurale est symétrique, sans signe d’atteinte ligamentaire. En revanche, l’articulation subtalaire présente une rigidité importante et une douleur majeure à la mobilisation passive au niveau du sinus du tarse. L’IRM révèle un œdème osseux en regard du sinus du tarse, au niveau des pièces talienne et calcanéenne mais sans diagnostic étiologique identifié par le radiologue. Un chirurgien orthopédiste complète le bilan par un scanner et une radiographie standard, mettant en évidence une synostose talo-calcanéenne étendue (fig. 1). Une arthrodèse subtalaire est proposée d’emblée devant l’absence de mobilité et l’importance de l’œdème osseux (fig. 2).

Les synostoses sont des anomalies anatomiques – surtout de l’arrière-pied et du médiotarse – caractérisées par la persistance de ponts osseux entre certains os. Selon leur nature, on parle aussi de synchondrose (pont cartilagineux) ou de synfibrose (pont fibreux). Les atteintes des articulations calcanéo–­naviculaire (CN) et talo-calcanéenne (TC) représentent plus de 90 % des cas. Leur prévalence est difficile à estimer (1 à 10 % de la population), car l’affection peut être asymptomatique.

Les hypothèses étiologiques sont variées : défaut de ­segmentation des os lors de l’embryogenèse, anomalies ­chromosomiques ou acquises (post-traumatiques ou inflammatoires).

Le tableau clinique varie en fonction de l’articulation ­atteinte et de la sévérité de la fusion osseuse. Les symptômes sont liés au défaut de mobilité secondaire à la fusion et ­apparaissent généralement à l’adolescence ou à l’âge adulte : instabilité, douleur liée aux contraintes mécaniques trans­férées aux articulations voisines, pied plat avec contracture des tendons fibulaires, raideur articulaire, entorses de cheville à répétition.

L’examen clinique recherche une limitation articulaire, un défaut de structure ou de posture de l’arrière-pied (pied plat valgus, le plus souvent) et l’absence de correction du valgus lors de l’appui unipodal sur la pointe des pieds.

Les radiographies standards (clichés de profil pour les TC et de trois quarts pour les CN) peuvent suffire à évoquer le diag­nostic dans la majorité des cas. Y sont recherchés, par exemple : 

  • le C sign, ou signe de l’anneau, qui correspond à une densification « en forme de roue » qui se projette sur le calcanéum ;

  • une ostéophytose dorsale de la tête du talus ;

  • un pincement de l’articulation subtalaire postérieure.


En complément ou si aucun diagnostic n’est retenu, le scanner permet d’exclure une coalition du tarse ; l’IRM permet de mettre en évidence l’œdème osseux et d’éliminer une fissure de fatigue.

Le traitement conservateur doit être envisagé en première intention : il est axé sur l’étirement des chaînes musculaires postérieures, le renforcement des stabilisateurs de la cheville et le travail proprioceptif, durant six mois. Les orthèses et les infiltrations de dérivés cortisonés peuvent être discutées (synostose vieillie, arthrosique).

Le traitement chirurgical peut être proposé en cas d’échec du traitement conservateur : soit par la résection de la synostose libérant l’articulation (le plus fréquent pour la CN), soit par une arthrodèse fixant complètement l’articulation (le plus fréquent pour la TC).1,2 

Références
1. Mehdi N, Bernasconi A, Lintz F. Tarsal coalition in adults. Orthop Traumatol Surg Res 2024;110(1S):103761.
2. Moharamzadeh D, De Pellegrin M. Surgical treatment of calcaneonavicular and talocalcaneal coalitions. Foot Ankle Clin 2021;26(4):873‑901.

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