Liens entre TDAH et conduites addictives
Le TDAH est associé à diverses comorbidités neurodéveloppementales, psychiatriques et médicales tout au long de la vie. Parmi celles-ci, les addictions sont fréquentes : si la prévalence du TDAH de l’adulte atteint 3 % en population générale, elle avoisine les 25 % chez les personnes ayant des troubles de l’usage de substances (TUS). Les patients avec TDAH sont aussi vulnérables vis-à-vis des addictions sans substances : jeux vidéo, jeux de hasard et d’argent voire autres comportements compulsifs (sexualité, achats). L’impulsivité, la recherche de sensation, et la dysrégulation émotionnelle souvent associées à ce trouble favorisent l’initiation précoce et l’évolution vers une addiction. Par ailleurs, si le TDAH n’est pas repéré, le risque de développer des troubles addictifs est majoré. Ainsi, l’absence de diagnostic ou de prise en charge d’un TDAH est considéré comme un facteur majeur de risque de troubles addictifs.
Enfin, ces deux troubles s’influencent mutuellement : les symptômes du TDAH peuvent aggraver les comportements addictifs, tandis que l’usage de substances et l’usage excessif de jeux (sommeil, anxiété, humeur) peut masquer ou exacerber les manifestations du TDAH.
Pour mieux repérer, orienter et prendre en charge ces patients, la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, avec l’appui de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, a mis en ligne un guide pratique accessible ici : TDAH et addictions : un guide national pour améliorer le repérage et la prise en charge des patients.
Mieux repérer
Dans la population adolescente et adulte concernée par un trouble addictif, il est recommandé de repérer un TDAH : le guide indique que l’association des scores ASRS- 18 et WURS- 25 serait particulièrement adapté.
Pour poser le diagnostic, le clinicien doit mettre en œuvre des entretiens individuels répétés pour rechercher les symptômes cardinaux du TDAH :
- présents de façon chronique ;
- associés à un retentissement (souffrance et/ou d’altération du fonctionnement) ;
- qui ne sont pas expliqués par une autre affection médicale.
En parallèle, il est préconisé de réaliser une « ligne de vie » de la personne. Cet outil, qui peut être visuel ou narratif, permet de représenter les étapes clés de la vie d’une personne, en mettant en évidence les moments marquants, les défis rencontrés, les réussites et les potentielles stratégies d’adaptation mises en œuvre (exemple d’outil visuel à retrouver en p.14 du guide).
D’autre part, l’évaluation diagnostique d’un TDAH chez l’adulte est à mener sur la période actuelle mais aussi surla période de l’enfance, soit avant douze ans ; pour cela, tout document pouvant renseigner sur l’apparition des premiers symptômes peut être utile (bulletins de notes, carnet de santé, témoignages de proches…).
Prise en charge spécifique
Dans le contexte de TUS, des posologies de méthylphénidate plus élevées (d’environ 40 à 50 %) pourraient s’avérer efficaces (attention : hors AMM au-dessus de 80 mg/j). Les mesures non-médicamenteuses sont essentielles, en particulier la psychoéducation et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) intégrées. Les TCC de troisième vague, utilisant la pleine conscience, sont prometteuses dans le contexte du TDAH avec addictions, notamment pour la prise en charge de la dysrégulation émotionnelle et les ruminations, dimensions communes aux deux pathologies.