Une large étude épidémiologique ayant retrouvé un risque de troubles neurodéveloppementaux chez les enfants exposés au topiramate pendant la gestation, l’ANSM rappelle les règles d’utilisation de cet antiépileptique chez les femmes.

Une étude publiée dans le JAMA Neurol le 31 mai 2022 a évalué le risque de troubles neurodéveloppementaux chez les enfants exposés aux antiépileptiques pendant la grossesse. En s’appuyant sur plusieurs registres nordiques (Suède, Norvège, Finlande, Danemark, et Islande) à partir de données colligées entre 1996 et 2017, l’analyse a inclut un total de près de 4,5 millions de mères-enfants dont 24 825 enfants exposés in utero à au moins un médicament antiépileptique et suivis en moyenne jusqu'à leur 8e année.

Les résultats de cette large étude épidémiologique mettent en évidence un risque de survenue de troubles du spectre autistique multiplié par un facteur 2,77 et de déficience intellectuelle multiplié par 3,47, chez les enfants dont la mère atteinte d’épilepsie a été exposée au topiramate en monothérapie durant sa grossesse, par rapport à ceux dont la mère atteinte d’épilepsie n’a pas été exposée à un traitement antiépileptique.

Dans l’attente des conclusions d’une évaluation par l’agence européenne, l’ANSM demande aux professionnels de santé et aux patientes de prendre en compte dès à présent ce risque lors de toute prescription de topiramate chez une femme en âge d’avoir des enfants ainsi qu’en cas de grossesse.

Pour rappel, le topiramate est un médicament tératogène, c’est-à-dire exposant en cas de grossesse à un risque élevé de malformations majeures (multiplié par 3) dont des fentes des lèvres et du palais (fentes labiales et palatines), des atteintes des organes génitaux (hypospadias) et une diminution de la taille de la tête et du cerveau (microcéphalies).

Il est associé également un risque augmenté de petit poids à la naissance du nouveau-né.

Compte tenu de ces risques, chez la femme enceinte, ainsi que chez la femme en âge d’avoir des enfants et n’utilisant pas de méthode de contraception hautement efficace, le topiramate :

  • ne doit pas être utilisé dans l’épilepsie sauf en cas de nécessité absolue ;
  • ne doit pas être utilisé dans la migraine ;
  • ne doit pas être utilisé dans toute autre situation hors de l’autorisation de mise sur le marché.

En pratique :

  • Ne prescrivez pas de topiramate chez une patiente enceinte atteinte de migraine ;
  • Ne prescrivez pas de topiramate chez une patiente enceinte atteinte d’épilepsie sauf si le bénéfice pour la mère l’emporte clairement sur les risques potentiels pour l’enfant à naître ; dans ce cas, informez-la pleinement sur les risques de malformation et le risque potentiel de troubles neurodéveloppementaux pour son futur enfant en cas de grossesse, de même que sur les risques d’une épilepsie incontrôlée pendant la grossesse ; une surveillance prénatale étroite devra être mise en œuvre. Chez les patientes enceintes déjà sous traitement par topiramate, un arrêt brutal doit être évité car il peut conduire à la recrudescence des crises, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour la femme et l’enfant à naître.
  • Chez les femmes en âge de procréer, envisagez des alternatives thérapeutiques en 1re intention ;
  • Si le topiramate doit être prescrit à une femme en âge de procréer :

– Informez-la pleinement sur les risques de malformation et le risque potentiel de troubles neurodéveloppementaux pour son futur enfant en cas de grossesse, de même que sur les risques d’une épilepsie incontrôlée pendant la grossesse ;

– Informez-les des risques d’un arrêt brutal du traitement et rappelez-leur la nécessité de vous contacter rapidement en cas de projet de grossesse ou de survenue d’une grossesse ;

– Assurez-vous que celle-ci utilise une méthode de contraception hautement efficace. Pour rappel, le topiramate diminuant l’efficacité des contraceptifs oestro-progestatifs.

D’après
ANSM. Efficacité des méthodes contraceptives. 29 juillet 2014