Le fer est un facteur de croissance des cellules tumorales, d’où deux questions : les chélateurs du fer ont-ils une place pour traiter les cancers et la supplémentation en fer des patients cancéreux anémiés pourrait-elle avoir un rôle aggravant ?
Les chélateurs de fer ont été développés pour traiter les surcharges en fer liées à l’hémochromatose, aux thalassémies et aux transfusions répétées. Plusieurs études dans les hémopathies malignes ont souligné le double intérêt des chélateurs, à la fois pour traiter les surcharges en fer transfusionnelles et pour cibler les cellules tumorales dans un but proapoptotique et parfois différenciant. Dans les tumeurs solides, il a également été montré que la dépendance au fer des cellules tumorales pourrait constituer une cible thérapeutique faisant des chélateurs de fer une nouvelle catégorie de traitement ciblé. Pour autant, les chélateurs n’ont pas encore trouvé leur place dans l’arsenal thérapeutique en oncologie. Nous allons donc revenir sur le rationnel de la privation en fer dans les cancers. Ces travaux nous amènent logiquement à nous interroger aussi sur le risque pro-tumoral de la supplémentation en fer des patients atteints de cancer et anémiés.

Fer et cancer

Le fer est un élément essentiel impliqué dans de nombreux processus biologiques tels que la synthèse de l’ADN, le transport des électrons ou l’érythropoïèse. La présence de fer libre est délétère pour l’organisme en raison de sa capacité à produire, via la réaction de Fenton, des espèces réactives de l’oxygène pouvant inter­agir avec l’ADN, les protéines et les lipides, et responsables de mutations et de dommages cellulaires. L’excès de fer serait ainsi associé à un risque accru de développer un cancer du côlon, du foie, du rein, du poumon ou de l’estomac.1
L’entrée du fer a lieu dans les entérocytes et est régulée au niveau de l’ARN messager par le système IRP1/IRP2, régulateur clé de l’homéo­stasie du fer. Le fer est exporté dans la circulation sanguine grâce à la ferroportine dont l’expression est régulée par le système IRE/IRP et par l’hepcidine. La sécrétion hépatique de l’hepcidine est augmentée quand le fer sérique est trop élevé et entraîne la diminution d’expression de la ferroportine, empêchant l’export du fer. Ce mécanisme est identique pour l’export du fer par les macrophages et les hépatocytes.
Dans la circulation sanguine, le fer est lié à la transferrine. La liaison de la ferrotransferrine au récepteur de la transferrine de type 1 est la première étape de capture du fer par toutes les cellules de l’organisme. Une fois dans le cytoplasme, le fer rejoint le pool de fer labile (labile iron pool) et est soit stocké par liaison à la ferritine, soit consommé.
En oncologie, le fer joue un rôle de facteur de croissance. Les cellules cancéreuses peuvent maintenir leur fort taux de prolifération grâce à...

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