La fréquentation des services d’urgence pédiatriques (notamment par des enfants de moins de 4 ans) a augmenté, passant de 20 000 à 80 000 ces trente dernières années à l’hôpital Necker-Enfants malades (en dehors du confinement lié à la pandémie de Covid- 19). Il a fallu rechercher des organisations fonctionnelles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, modulables en fonction des flux de patients, garantes d’une qualité et d’une sécurité des prises en charge, notamment lorsque la demande dépasse quantitativement les moyens disponibles (aux horaires de la permanence des soins, en soirée, le week-end). Pour autant, toutes les demandes n’ont pas le même degré de gravité immédiate ou potentielle. Il convient donc de pouvoir identifier sans retard les situations dont la prise en charge doit être immédiate et celles qui, raisonnablement, peuvent attendre sans perte de chance.Les outils d’évaluation du degré de gravité, échelles pédiatriques de triage ou scores d’alerte ne sont pas satisfaisants : leur sensibilité est faible, le temps nécessaire à l’évaluation non précisé, la gravité souvent surévaluée ou, dans 7 % des cas, sous-évaluée.L’organisation du triage aux urgences pédiatriques de Necker, en dehors des pathologies rares ou complexes (5 à 20 % des passages), s’effectue en deux étapes. En première ligne, des infirmières associées à des aides-soignantes, en nombre adapté à l’affluence, sont chargées simultanément de surveiller la salle d’attente et de réévaluer régulièrement les patients. La classification en matière de gravité des urgences s’appuie sur l’expérience du travail en service des urgences et sur une formation spécifique (cours de réanimation pédiatrique avancée de l’European Resuscitation Council) entretenue par des séances hebdomadaires en simulation. Les situations les plus urgentes sont immédiatement dirigées vers un circuit de soins. De même, les demandes les plus simples suivent un circuit rapide d’hypothèses diagnostiques, avec des informations nécessaires à la poursuite des soins à domicile.Un second niveau de triage des patients non concernés par ces deux circuits est assuré par un pédiatre senior afin de confirmer rapidement l’hypothèse diagnostique, de préciser les examens devant être réalisés en urgence ou de façon différée, de définir les modalités thérapeutiques et les raisons de reconsulter, enfin d’expliquer ces informations aux familles et de les consigner dans le carnet de santé. Les explications sont un temps essentiel pour recueillir l’adhésion des familles à ce triage.
Gérard Chéron, ancien chef de service des urgences pédiatriques de l’hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP, Paris, France
8 avril 2025