MSF s’est organisé autour du constat qu’au-delà de l’urgence humanitaire il fallait aussi assurer les besoins des populations sous-médicalisées et menacées.
Médecins sans frontières (MSF) est né, il y a 46 ans, de l’initiative d’un petit groupe de médecins et de journalistes et de leur frustration de ne pouvoir témoigner du désastre qui se déroulait sous leurs yeux, au Biafra, durant leur engagement pour la Croix-Rouge internationale.

Les deux lignes

Mais parmi ces médecins, certains ne voulaient pas répondre uniquement aux besoins engendrés par les catastrophes naturelles ou les conflits, mais aussi à ceux liés aux questions de santé internationale. Une divergence sur le concept de l’aide, déjà ressentie à l’époque et qui perdurera jusqu’à nos jours. Dès la première assemblée générale de MSF en 1972, on lit dans les comptes-rendus : « Deux lignes s’affrontent : la première revendique une médecine de bénévolat mobilisable rapidement pour des missions brèves. La deuxième tendance, soutenue par des volontaires de retour du Bangladesh et de Haute-Volta, défend le principe de l’autre urgence : la sous-médicalisation chronique du tiers monde ».1
À la fin des années 1970, le grand événement pour MSF est la scission intervenue lors de l’assemblée générale de 1979 et concrétisée par le départ de Bernard Kouchner et la création d’une autre association, Médecins du monde.
Si cette scission révèle des conflits de personnes, elle lance surtout le grand débat de l’époque sur la professionnalisation du volontaire. Les partisans de Bernard Kouchner soutiennent son action « Un bateau pour le Vietnam » et l’affrètement du bateau Île de Lumière en janvier 1979 pour recueillir les barques de Vietnamiens en mer de Chine avec le soutien d’intellectuels célèbres. Cette opération de communication aura le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur la détresse de ces réfugiés du Sud-Est asiatique dans l’urgence, alors terrain électif de l’association. Mais elle met aussi en valeur la différence de choix d’actions prioritaires entre deux camps, l’un centré sur le témoignage et l’utilisation des médias dans l’espoir d’un arbitrage politique, l’autre sur la décision d’affecter sur des programmes ou des projets de santé des volontaires compétents et des moyens d’action efficaces.

L’intervention dans les camps de réfugiés

On peut donner comme exemple le peu d’impact en termes de santé publique des missions clandestines en Afghanistan au début des années 1980. De petites équipes de MSF comme celle de...

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