En France, comme dans d’autres pays européens (Allemagne, Espagne, Norvège…), la recommandation pour les personnes de moins de 55 ans ayant reçu une première dose du vaccin AstraZeneca (avant que celui-ci ne soit interdit dans cette tranche d’âge) est de recevoir une deuxième dose d’un vaccin à ARNm dans les 12 semaines suivant la première injection. Les premières données sur l’efficacité de ce schéma « prime-boost hétérologue » commencent à émerger…

 

Une étude clinique de phase II réalisée en Espagne, dont les résultats ont été soumis au Lancet et sont en cours de révision, a évalué ce schéma vaccinal chez 663 personnes de moins de 60 ans (âge moyen : 44 ans ; 56 % de femmes) ayant reçu une première dose d’AstraZeneca, puis, entre 8 et 12 semaines après, dose de rappel de Comirnaty. L’essai était randomisé avec un ratio 2:1 ; ainsi, 441 participants ont reçu cette seconde dose de vaccin à ARNm, tandis que 222 sujets n’ayant pas reçu de seconde dose pour le moment constituaient le groupe témoin.

Ces premiers résultats suggèrent que le schéma hétérologue est hautement immunogène. Deux techniques différentes ont été utilisées pour évaluer l’immunogénicité : la mesure des titres géométriques moyens d’anticorps IgG dirigés contre le receptor-binding domain de la protéine Spike du SARS-CoV-2 et celle des titres d’anticorps dirigés contre la protéine trimérique de pointe du virus. La première mesure a décelé une réponse immunitaire dès 7 jours après la dose de rappel hétérologue, avec ensuite une augmentation par un facteur 109 des titres moyens d’anticorps à 14 jours. La seconde technique a trouvé une augmentation des titres par un facteur 37 à 14 jours (et une réponse qui débutait également dès J7). 

Ensuite, la capacité fonctionnelle de ces anticorps a été évaluée par des tests de neutralisation chez 198 participants sélectionnés au hasard. Dans le groupe vacciné avec le schéma hétérologue, 74,4 % des participants ont montré une activité neutralisante nulle ou très faible à J0, alors que 100 % avaient des anticorps neutralisants à J14, avec une activité élevée ou très élevée chez 99,7 % d’entre eux. Les taux d’anticorps neutralisants ont été multipliés par 45 à J14 (passant de 41,84 à 1 905,69 dans le groupe d’intervention, contre un taux de 41,81 à J14 dans le groupe témoin).

Par ailleurs, une réponse immunitaire cellulaire conséquente a également été observée chez 151 participants : à J14, la production d’IFN-gamma avait significativement augmenté dans le groupe d’intervention par rapport au groupe témoin, où celle-ci restait inchangée en comparaison au début de l’étude (des moyennes géométriques respectives de 521,22 pg/mL et 122,67 pg/mL).

Si les auteurs ont effectué une comparaison indirecte avec les données d’immunogénicité des schémas homologues parues dans d’autres études, suggérant que l’intensité de la réponse immunitaire avec le schéma hétérologue serait plus élevée, la limite principale de cette étude est qu’elle ne disposait pas elle-même d’un bras contrôle recevant le schéma homologue pour pouvoir comparer les résultats.

Enfin, en ce qui concerne la réactogénicité à 7 jours, elle se caractérisait par des effets indésirables situés dans la fourchette attendue (semblables à ceux du schéma homologue) : légers ou modérés, se limitant pour la plupart aux 2 ou 3 premiers jours suivant l’administration de la seconde dose, et reportés le plus souvent chez les femmes mais sans différence par ailleurs entre les diverses tranches d’âge. Les effets locaux les plus fréquents étaient la douleur au site d’injection (88 %), l’induration (36 %) et l’érythème (31 %). Les effets systémiques étaient surtout des céphalées (44 %), des myalgies (43 %) et des malaises (43 %).

Ces données sur l’immunogénicité et la réactogénicité du « prime-boost hétérologue » sont encourageantes, en attendant les résultats d’autres essais sur ce type de schéma vaccinal, en particulier l’étude anglaise Com-Cov qui, elle, compare quatre schémas : deux homologues (Pfizer puis Pfizer ; AstraZeneca puis AstraZeneca) et deux hétérologues (AstraZeneca puis Pfizer ; Pfizer puis AstraZeneca).

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Instituto de Salud Carlos III. El uso combinado de las vacunas de AstraZeneca y Pfizer contra el SARS-CoV-2 ofrece una potente respuesta inmunitaria. 18 mai 2021.

Borobia AM, Carcas AJ, Pérez Olmeda MT, et al. Reactogenicity and Immunogenicity of BNT162b2 in Subjects Having Received a First Dose of ChAdOx1s: Initial Results of a Randomised, Adaptive, Phase 2 Trial (CombiVacS).Preprints withThe Lancet, 27 mai 2021.

Figures et tableaux