Si les enfants de 12-15 ans ne sont pas à risque face à la Covid, l’examen de la situation épidémiologique a conduit la HAS à recommander leur vaccination avec Comirnaty – en priorité chez ceux ayant une comorbidité ou faisant partie de l’entourage de personnes immunodéprimées. Quelles sont les données de sécurité et d’efficacité de ce vaccin dans cette population ? Et qu’en est-il du vaccin de Moderna ?

 

Les résultats d’un essai randomisé contre placebo chez les 12-15 ans avec Comirnaty (Pfizer) viennent d’être publiés dans le NEJM. Cet essai a été conduit sur plus de 2 000 personnes âgées de 12 à 15 ans aux États-Unis (49 % de filles ; âge médian : 14 ans), dont 1 131 ont reçu deux doses du vaccin (30 µg) et 1 129 deux doses de placebo, à 21 jours d’intervalle.

Le vaccin était bien toléré, avec un profil de sécurité semblable à celui observé pour les autres classes d’âge : une réactogénicité transitoire légère à modérée, principalement une douleur au site d’injection (79 à 86 % des participants), surtout après la première dose, et des effets systémiques tels que la fatigue (60 à 66 %) et les céphalées (55 à 65 %) dans les 7 jours suivant la seconde. Ces deux effets indésirables – les plus fréquents – étaient cependant moins présents dans cette population que dans un groupe contrôle de 16-25 ans ; la fièvre, quant à elle, était au contraire plus fréquente chez les 12-25 ans (20 % des participants ayant reçu le vaccin, par rapport à 17 % chez les 16-25 ans). Aucun effet indésirable grave en lien avec la vaccination n’a été observé jusqu’à 6 mois après la seconde dose.

Quant à l’efficacité sur le développement d’une Covid symptomatique, elle fut établie à 100 % à partir de 7 jours après la seconde dose : aucun cas n’a été décelé dans le groupe vacciné, contre 16 dans le groupe placebo, chez les participants sans histoire d’infection par le SARS-CoV-2. Les données d’immunogénicité ont par ailleurs montré que les jeunes de 12 à 15 ans ayant reçu deux doses standard du vaccin ont développé des niveaux d’anticorps 1,76 fois plus élevés que les jeunes de 16 à 25 ans dans les essais précédents. Un mois après la seconde dose, les titres moyens d’anticorps neutralisants étaient de 1 283,0 dans le groupe 12-25 ans, contre 730,8 dans le groupe 16-25 ans, indépendamment de l’évidence sérologique d’une infection passée par le SARS-CoV-2. 

L’autre vaccin à ARNm, celui de Moderna, est de son côté également évalué chez les 12-25 ans dans un essai dont les résultats viennent d’être annoncés par le laboratoire (et qui sont en cours de publication). L’étude a inclus 3 732 participants âgés de 12 à 18 ans aux États-Unis, randomisés (2:1) pour recevoir soit deux doses de 100 µg du vaccin soit un placebo. La majorité des effets indésirables étaient d’intensité légère ou modérée. L’effet indésirable local le plus fréquent était la douleur au point d’injection ; les effets systémiques étaient surtout les céphalées, la fatigue, la myalgie et les frissons, plus fréquents après la seconde dose. Une efficacité vaccinale de 100 % a été observée à partir de 14 jours après la seconde dose : aucun cas de Covid-19 n’a été constaté dans le groupe vacciné, contre 4 cas dans le groupe placebo. En prenant en compte les cas peu symptomatiques, cette efficacité était de 93 % (chez les participants sans histoire d’infection par le SARS-CoV-2) à partir de J14 après la première dose. Le laboratoire soumet début juin ces données à la Food and Drug Administration pour demander l’autorisation d’une utilisation d’urgence du vaccin dans cette classe d’âge.

Reste à savoir quelle est leur efficacité contre la transmission, qui est au fond le point crucial de la vaccination des adolescents. En effet, comme l’a signalé l’European Centre for Disease Control and Prevention dans un rapport datant du 1er juin 2021, cette classe d’âge a un faible risque de Covid grave pouvant mener à l’hospitalisation et au décès. D’après l’agence, si l’enjeu est aussi de reprendre une vie normale pour les adolescents, particulièrement touchés par les mesures liées à la pandémie (fermeture des écoles, diminution des interactions sociales…), la question pressante – mais sur laquelle il n’existe pas de données – demeure celle de la capacité des vaccins à diminuer la transmission dans cette population qui peut constituer un réservoir viral – préoccupant eu égard aux variants plus transmissibles.

Or pour l’instant ces essais, concentrés sur le développement de la maladie symptomatique (à l’image de ceux menés chez les adultes), n’apportent pas de réponse à cette question. Pour ce faire, il faudrait procéder à des prélèvements fréquents chez les participants et chez les membres de la famille non vaccinés, ce qui n’était pas prévu dans les études. Toutefois, Moderna et Pfizer-BioNTech compteraient, dans le cadre de ces essais en cours, examiner les marqueurs sanguins pour déceler des infections asymptomatiques qui seraient passées inaperçues.

Le vaccin de Pfizer, autorisé dans cette classe d’âge aux États-Unis depuis début mai, a déjà été administré (au moins en première dose) à près de 5 millions d’adolescents âgés de 12-17 ans. Si un signal potentiel concernant des cas rares de myocardites et péricardites a été identifié par le système de pharmacovigilance américain (après réception des vaccins à ARNm chez des personnes âgées d’au moins 16 ans, majoritairement des hommes et après la seconde dose), les Centers for Disease Control n’ont pas, pour l’instant, établi de lien certain avec le vaccin, et continuent de recommander la vaccination de toute personne âgée de 12 ans et plus. En Israël, ce signal a été récemment confirmé par le ministère de la santé : entre 1 sur 3 000 et 1 sur 6 000 hommes âgés de 16 à 24 ans ayant reçu le vaccin Comirnaty ont développé une myocardite, mais la plupart des cas étaient légers et se sont résolus en quelques semaines. En Europe, d’après la HAS, l’incidence de ces événements chez les plus de 16 ans serait de 1 sur 1 million (entre 0,7 et 2 en fonction de la classe d’âge).

En France, la recommandation est donc d’ouvrir la vaccination avec Comirnaty aux adolescents de 12 à 15 ans sur la base du volontariat. La HAS préconise de cibler en priorité ceux qui ont une comorbidité (notamment obésité, immunodéficience et autres pathologies identifiées chez l’adulte comme des facteurs de risque de forme grave de Covid-19) et ceux qui appartiennent à l’entourage d’une personne immunodéprimée ou vulnérable, selon une stratégie de « cocooning ». Si elle recommande que tous les adolescents puissent ensuite bénéficier du vaccin (lorsque la campagne vaccinale chez les adultes aura davantage avancé) dans le but de leur faciliter la reprise d’une vie normale, la HAS souligne que la vaccination de cette classe d’âge aurait également pour but decompenser une couverture vaccinale imparfaite chez les adultes – une hésitation vaccinale qui rend difficile l’atteinte de l’immunité collective.

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

À lire aussi :

Des myocardites après vaccination Covid ? Rev Prat (en ligne), mai 2021.

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