Le variant delta est rapidement devenu, à cause de sa grande transmissibilité, la souche prédominante de Covid-19 dans le monde. Mais que sait-on sur la gravité des infections qu’il engendre ? Quelles sont les dernières données chez l’adulte ? Et chez l’enfant ?

 

Si la contagiosité accrue du variant delta ne fait aucun doute, sa virulence fait encore débat.


Dans une vaste étude de cohorte qui vient d’être publiée par des équipes de l’Université de Cambridge dans The Lancet Infectious Diseases, les auteurs ont analysé les données de 43 338 personnes testées positives au Covid, entre le 29 mars et le 23 mai 2021, en Angleterre. L’âge médian était de 31 ans [17-43 ans]. L’objectif était de comparer le risque d'admission à l'hôpital entre les patients infectés par le variant delta versus alpha (le séquençage du génome viral entier ayant été effectué dans tous les cas).
Les auteurs ont recensé 34 656 cas de variant alpha (80 % des patients) – souche qui était majoritaire au Royaume-Uni au début de l’étude – et 8 682 cas de variant delta (20 % des patients) ; mais la proportion de ce dernier a rapidement augmenté, atteignant 65 % des cas la dernière semaine de l’étude.


Au total, 196 (2,3 %) patients infectés par le variant delta versus 764 (2,2 %) de cas de variant alpha ont été hospitalisés dans les 14 jours suivant leur test positif. Cependant, après analyse statistique (régression de Cox stratifiée) effectuée pour s’affranchir des facteurs confondants (âge, sexe, ethnie, facteurs socio-économiques, notion de voyage récent à l’étranger, lieu de résidence, moment de l’inclusion dans l’étude et le statut vaccinal), les auteurs ont estimé que le variant delta multiplierait par 2,26 le risque d’hospitalisation par rapport à la souche alpha.


Si l’on cumule hospitalisations et consultations en urgence, le surrisque est alors de 1,45 [1,08-1,95]. Quant à l’impact des deux variants sur la mortalité, les données n’ont pas permis de conclure.

Point toutefois rassurant : la plupart des patients n'étaient pas vaccinés (32 078 sujets soit 74,0 % dans les deux groupes), alors qu’à cette période, une large proportion de la population britannique avait reçu au moins une dose de vaccin.

Il ne s’agit pas de la seule étude qui suggère une virulence accrue de ce variant. Les résultats de deux autres travaux vont dans le même sens : une étude préliminaire écossaise, publiée le 26 juin dans The Lancet, indiquait un risque d’hospitalisation augmentée de 1,85 fois avec ce nouveau variant par rapport à l’alpha ; une autre étude rétrospective anglaise a trouvé un surrisque d’hospitalisation chez les adultes de plus de 30 ans.


Bien que ces estimations doivent être confirmées sur des effectifs plus nombreux (malgré la taille impressionnante de l’échantillon britannique, le nombre d’hospitalisations analysées est assez faible), ne sont-elles pas un argument pour inciter les derniers « hésitants » à se faire vacciner ?

Quelle sont les données chez l’enfant ?

La grande contagiosité du variant delta va inévitablement conduire à une augmentation du nombre de cas dans les populations non vaccinées, y compris les enfants. Faut-il donc craindre une vague de cas graves après la rentrée scolaire ?

En effet, en août, des données venant des États Unis et concernant un nombre important de décès des enfants et adolescents ont inquiété quant à la possibilité d'une plus forte virulence chez l'enfant. Cependant, ces données sont à moduler par les données globales aux États unis, qui font état d'un taux de létalité extrêmement faible, de 0,00 % – 0,03 %, parmi les enfants atteints de Covid.

Les données françaises sont également très rassurantes. Comme dans le reste de l’Europe, les pédiatres ne rapportent pas de signaux inquiétants en rapport avec la sévérité des infections au variant delta, comme en témoigne le nombre des enfants admis en soins critiques depuis le 1er janvier 2021.

nn

Source :Le variant delta n’est pas plus responsable de forme grave de COVID chez l’enfant. AFPA 21 août 2021.

L’augmentation des cas pédiatriques traduit plutôt celle de la circulation du virus en population générale ; à ce jour, l’incidence chez les jeunes adultes est particulièrement élevée, atteignant plus de trois fois celle des enfants de moins de 10 ans. Toutefois, selon la Société de pédiatrie : « La circulation du virus chez les plus jeunes ne sera pas associée au même danger sanitaire si les adultes sont vaccinés et donc protégés des complications graves de la maladie ». Leur recommandation est claire : poursuivre les efforts de vaccination des adolescents de plus de 12 ans et de la population adulte, en particulier adultes jeunes, parents, professionnels de l’enfance, afin de réduire la circulation du virus et pouvoir appréhender sereinement la réouverture des écoles…

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Twohig KA, Nyberg T, Zaidi A, et al. Hospital admission and emergency care attendance risk for SARS-CoV-2 delta (B.1.617.2) compared with alpha (B.1.1.7) variants of concern: a cohort study. The Lancet 27 août 2021.

Launay E. Formes grave de Covid chez l’enfant : qu’en est-il vraiment ? Société française de pédiatrie 20 août 2021.

Pas de gravité particulière du variant Covid delta chez l’enfant. AFPA 24 août 2021.

Crédit image: ADOBE STOCK
 

Figures et tableaux