Monsieur P., 22 ans, consulte pour un état fébrile associé à une éruption cutanée apparu depuis trois jours. Militaire, il effectue actuellement une mission à La Réunion.
Ses symptômes sont marqués par une fièvre à 38,5 °C avec céphalées frontales, myalgies et arthralgies des deux poignets, de la cheville droite ainsi que d’une articulation sternocostale.
L’examen clinique met en évidence une éruption maculopapuleuse prurigineuse au niveau du tronc, du dos et de la face antérieure des cuisses (figure). Devant les céphalées, les arthralgies et l’éruption maculopapuleuse fébrile associées au contexte épidémique local, une arbovirose, et plus spécifiquement un chikungunya, est évoquée.

« Chikungunya » signifie « qui marche courbé en avant » en makondé (une langue d’Afrique australe), évoquant la posture adoptée par les malades en raison de leurs intenses douleurs articulaires.1 Il s’agit d’une arbovirose causée par un alphavirus, mise en évidence initialement en Tanzanie en 1953 et endémique en Afrique, en Asie du Sud-Est, dans l’océan Indien et le Pacifique. Le chikungunya est transmis par les moustiques du genre Aedes (albopictus et aegypti), et ses zones endémiques sont identiques à celles de la dengue.2

La maladie est symptomatique dans 75 % des cas, après un délai d’incubation de deux à douze jours. Elle se manifeste alors par un syndrome dengue-like durant généralement sept à dix jours et associant plusieurs signes cliniques (tableau).1,3 L’éruption cutanée prend la forme d’un rash érythémateux morbilliforme, essentiellement maculeux, pouvant comporter quelques papules, touchant le tronc, les membres ainsi que les paumes des mains et les plantes des pieds. Elle peut être associée à une réaction d’hypersensibilité de type III (liée à des complexes immuns), souvent modérément prurigineuse, et parfois accompagnée d’aphtes buccaux. Les formes vésiculobulleuses, potentiellement graves, sont nettement plus fréquentes chez l’enfant.4,5 À noter que la présence d’adénopathies inflammatoires sensibles est également possible.

Des formes graves peuvent survenir chez les patients avec des comorbidités ou chez les nourrissons infectés par transmission maternelle au moment de l’accouchement. Il peut s’agir d’encéphalites (cas le plus fréquent et le plus grave), d’hépatites ou de myocardites.

La forme chronique, avec arthralgies, arthrites ou ténosynovites, concerne plus de 40 % des patients au-delà de trois mois d’évolution.3 

Pour affirmer le diagnostic dans les sept premiers jours, le virus peut être détecté dans le sang par RT-PCR – examen généralement couplé à la PCR dengue ± leptospirose en zone tropicale et selon le contexte. En pratique, la PCR est souvent négative à partir du 5e jour. Au-delà de sept jours, la PCR se négative systématiquement et la sérologie devient la méthode diagnostique de référence. Il reste essentiel de toujours évoquer un paludisme devant une fièvre survenant en zone endémique.

D’autres caractéristiques biologiques sont possibles :4,5 une lymphopénie (80 % des cas), une thrombopénie inconstante et modérée (> 100 000/µL), une cytolyse hépatique modérée (assez rare en pratique). 

La prise en charge repose uniquement sur un traitement symptomatique : antalgiques (pas d’anti-inflammatoires non stéroïdiens [AINS] si la dengue n’a pas été éliminée) et anti-histaminiques en cas de prurit. Pour les complications articulaires chroniques, une cure de trois semaines d’AINS peut être proposée. Les corticoïdes sont utilisés en deuxième intention. En préventif, deux vaccins sont disponibles : Vimkunya et Ixchiq (vivant atténué), ce dernier étant recommandé par la Haute Autorité de santé pour les personnes âgées de 18 à 64 ans à risque de forme grave et/ou chronique de chikungunya et n’ayant jamais eu dans le passé de diagnostic clinique ou biologique d’infection par ce virus.

Enfin, il est important de noter que cette maladie est à déclaration obligatoire auprès de l’Agence régionale de santé ; cette déclaration est réalisée par le laboratoire effectuant le test PCR ou la sérologie. 

Références 
1. Institut Pasteur [internet]. 2015 [cité le 15 juillet 2025]. Chikungunya. Disponible sur https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/chikungunya
2. SPILF, CMIT, SFMTSI, SMV. 9. Arboviroses tropicales – chikungunya. In: ePILLY Trop - maladies infectieuses et tropicales [internet]. Alinéa plus. 3e édition web. Disponible sur https://www.infectiologie.com/fr/pillytrop.html
3. Rama K, de Roo AM, Louwsma T, et al. Clinical outcomes of chikungunya: A systematic literature review and meta-analysis. PLoS Negl Trop Dis 2024;18(6):e0012254.
4. Lopes de Oliveira J, Nogueira IA, Amaral JK, et al. Extra-articular manifestations of chikungunya. Rev Soc Bras Med Trop 2023;56:0341.
5. Hochedez P, Jaureguiberry S, Debruyne M, et al. Chikungunya Infection in Travelers. Emerg Infect Dis 2006;12(10):1565‑7.

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