Chirurgie bariatrique : données épidémiologiques et enjeux

La chirurgie bariatrique, du grec βάρος, baros (« poids »), et ιατρός, iatros (« médecin »), ou chirurgie de l’obésité, a connu un essor majeur au cours des deux dernières décennies. En l’an 2000, l’Assurance maladie estimait à 11 000 le nombre d’interventions, et un pic à environ 53 000 actes a été observé en 2016.

L’évolution de la chirurgie bariatrique n’a pas été linéaire. En effet, des baisses d’activité ont été observées, d’abord en 2003, puis à partir de 2017 (figure : voir pdf). Au début des années 2000, l’activité augmentait rapidement, bien qu’encore peu encadrée (la Haute Autorité de santé n’a émis ses recommandations qu’en 2009). Deux enquêtes menées par des tutelles (la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés et la caisse primaire d’assurance maladie de la région Rhône-Alpes) avaient révélé une hétérogénéité de la prise en charge et l’absence de lien entre le recours à ce type de chirurgie et la prévalence régionale de l’obésité (2003), suscitant la controverse.1 La réduction de l’activité de l’année 2019 pourrait être liée à la dématérialisation des demandes d’entente préalable. Quant à 2020, l’impact de la pandémie à Sars-CoV-2 a été majeur. L’activité de 2021, estimée sur les actes du premier semestre, décrit une nouvelle croissance très marquée.

Ces dix dernières années une évolution des techniques chirurgicales a aussi été observée. L’anneau gastrique ajustable détenait le monopole jusqu’aux années 2003-2004, quand les...

Lire plus

La chirurgie bariatrique, du grec βάρος, baros (« poids »), et ιατρός, iatros (« médecin »), ou chirurgie de l’obésité, a connu un essor majeur au cours des deux dernières décennies. En l’an 2000, l’Assurance maladie estimait à 11 000 le nombre d’interventions, et un pic à environ 53 000 actes a été observé en 2016.

L’évolution de la chirurgie bariatrique n’a pas été linéaire. En effet, des baisses d’activité ont été observées, d’abord en 2003, puis à partir de 2017 (figure : voir pdf). Au début des années 2000, l’activité augmentait rapidement, bien qu’encore peu encadrée (la Haute Autorité de santé n’a émis ses recommandations qu’en 2009). Deux enquêtes menées par des tutelles (la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés et la caisse primaire d’assurance maladie de la région Rhône-Alpes) avaient révélé une hétérogénéité de la prise en charge et l’absence de lien entre le recours à ce type de chirurgie et la prévalence régionale de l’obésité (2003), suscitant la controverse.1 La réduction de l’activité de l’année 2019 pourrait être liée à la dématérialisation des demandes d’entente préalable. Quant à 2020, l’impact de la pandémie à Sars-CoV-2 a été majeur. L’activité de 2021, estimée sur les actes du premier semestre, décrit une nouvelle croissance très marquée.

Ces dix dernières années une évolution des techniques chirurgicales a aussi été observée. L’anneau gastrique ajustable détenait le monopole jusqu’aux années 2003-2004, quand les chirurgiens français ont commencé à pratiquer le bypass gastrique puis la sleeve gastrectomie. En pratique, ces deux techniques sont assez rapidement devenues majoritaires, avec environ deux tiers des patients opérés de sleeve et un peu moins d’un tiers de bypass. L’anneau gastrique est devenu confidentiel, avec environ 2 % des actes depuis quelques années.

La dérivation biliopancréatique reste, quant à elle, très peu pratiquée en France. En revanche, une variante de cette intervention, le SADI-S (« single anastomosis duodeno-ileal bypass with sleeve gastrectomy »), est actuellement en cours d'évaluation et fait l’objet d’un essai randomisé contrôlé en France.

À ce stade, selon d’autres publications internationales, les résultats de cette nouvelle procédure semblent encourageants.2

Au total, environ 650 000 interventions ont été réalisées en France depuis la fin des années 1990, ce qui équivaudrait à près de 2 % de la population adulte (18-65 ans).

Cette croissance n’a pas d’égale en chirurgie digestive, et les raisons sont probablement multiples. D’une part, l’obésité est reconnue comme une maladie, avec prise de conscience de son impact néfaste sur l’espérance et la qualité de vie. D’autre part, l’obésité a connu une diffusion endémique en France. Sa prévalence a doublé entre 1997 et 2021, dates auxquelles, selon la nouvelle étude ObEpi,2 elle concernait respectivement 8,5 % et 17 % de la population adulte. Cette enquête épidémiologique estime à 2,5 millions le nombre de Français dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 35 kg/m². Même s'il est difficile d'évaluer le nombre de personnes qui relèvent réellement de la chirurgie bariatrique, il existe une disproportion entre le problème de l'obésité et la capacité du système de soins à traiter chirurgicalement toutes les personnes éligibles.

Quelle offre de soins ?

La chirurgie de l’obésité s’est largement diffusée sur le territoire national depuis quelques années. On estime qu’entre 2016 et 2020, environ 500 établissements ont réalisé au moins un acte de chirurgie bariatrique. En France, de nombreux établissements réalisent un nombre limité d’actes, mais peu de centres en réalisent beaucoup (tableau : voir pdf). Ainsi, environ la moitié des centres (46 %) a pratiqué en moyenne moins de 50 interventions par an au cours des cinq dernières années. Ce seuil est important car il a été retenu par la Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques (Soffcomm) parmi les critères indispensables pour obtenir sa labélisation. Dans un avenir proche, il pourrait être adopté plus largement par les tutelles pour délivrer l’autorisation de pratiquer la chirurgie bariatrique. Malgré cette dispersion de l’activité sur de nombreux centres, la grande majorité des patients (70 %) sont opérés dans des hôpitaux qui enregistrent plus de 100 actes par an (haut volume). Si l’impact du volume d’activité sur la réduction de la morbi-mortalité post­opératoire est reconnu, une prise en charge de proximité facilite la continuité des soins, très importante dans une maladie chronique telle que l’obésité. Cependant, le principal enjeu est de corréler le volume d’activité à la taille de l’équipe pluridisciplinaire, notamment médicale, qui prend en charge le patient dans son parcours de soins. La balance entre la centralisation de l’activité et la permanence des soins de proximité sera probablement une réflexion majeure de la politique de santé des années à venir dans ce domaine.

 

 

 

 

Au sommaire

Chirurgie bariatrique : vers de nouvelles recommandations

La Haute Autorité de santé (HAS) a émis plusieurs documents de recommandations de bonne pratique sur la prise en charge de l’obésité : des recommandations datant de 2011, pour la prise en charge médicale du surpoids et de l’obésité, plutôt adressées au niveau 1 de recours,1 et des recommandations sur la chirurgie bariatrique, datant…

Feuille de route obésité 2019-2022 : des actions en faveur de la qualité et de la pertinence des soins

Comme l’a rappelé Mme Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, « la feuille de route s’inscrit dans la suite du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) remis en janvier 2018 sur la chirurgie de l’obésité, pour améliorer la pertinence des interventions ainsi que le suivi des personnes opérées au regard des…

Parcours de soins du patient avant une chirurgie bariatrique

La période préopératoire est une étape importante dans le parcours des candidats à une chirurgie bariatrique. Elle fait depuis 2009 l’objet de recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS).1 Outre le fait de poser l’indication, elle doit permettre de rechercher et de prendre en charge des comorbidités, d’initier des…

Techniques de chirurgie bariatrique

Actuellement, en France, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande quatre techniques de chirurgie bariatrique. Schématiquement elles peuvent être divisées en deux groupes : les techniques qui reposent sur la restriction, l’anneau gastrique ajustable et la sleeve gastrectomie, et celles qui induisent une malabsorption, le court…

Bénéfices de la chirurgie bariatrique sur la perte pondérale, l’évolution des comorbidités et la mortalité

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’obésité correspond à « un état d’accumulation anormale ou excessive de graisse dans le tissu adipeux, au point que la santé peut être altérée ». La maladie chronique obésité affecte de nombreux systèmes physiologiques, notamment cardiaque, pulmonaire, immunitaire, endocrinologique, osseux…

Complications nutritionnelles de la chirurgie bariatrique et surveillance des patients opérés

La chirurgie bariatrique (CB) constitue aujourd’hui le traitement le plus efficace en termes de perte pondérale durable et de réduction de la morbi-mortalité associée à l’obésité (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, cancers, notamment).1, 2 Au-delà de la perte pondérale, ses bénéfices métaboliques s’expliquent également…

Risque thromboembolique veineux après une chirurgie bariatrique

La maladie thromboembolique veineuse (MTEV) – thrombose veineuse profonde des mem­bres inférieurs et embolie pulmonaire – est un problème de santé publique puisqu’elle est la troisième cause de mortalité au monde.1 Plus finement, dans les pays occidentaux, l’incidence de la MTEV et de l’embolie pulmonaire est d’environ 0,87 à 1,82…

Place des soins de suite et réadaptation dans le parcours de soins en chirurgie bariatrique

Les établissements de soins de suite et réadaptation (SSR) spécialisés digestif, métabolique et endocrinien (DME) peuvent accompagner le patient tout au long de son parcours médico-chirurgical, en fonction de l’évolution de sa maladie chronique et des complications sévères et/ou complexes associées.

Troubles psychiatriques et chirurgie bariatrique

Alors que les liens entre la santé mentale et l’obésité sont importants et les interactions réciproques, le devenir des troubles psychiatriques après une chirurgie bariatrique reste à préciser. Un trouble de santé mentale conduit souvent à différer, voire à contre-indiquer, ces chirurgies, alors même que la littérature actuelle tend…

Grossesse après une chirurgie bariatrique

La chirurgie bariatrique (CB) est pratiquée chez les femmes dans 80 % des cas. En France, environ 20 % des femmes opérées en 2009 ont mené une grossesse après l’intervention, pour la plupart entre la 2e et la 6e année (seules données de l'Assurance maladie disponibles à ce jour, non publiées). Très récemment, des recommandations se…

Chirurgie bariatrique : dix messages clés

1. En France, quatre techniques chirurgicales (anneau gastrique, sleeve gastrectomie, bypass gastrique en Y, dérivation biliopancréatique) sont validées. Ces chirurgies permettent d’obtenir une perte pondérale importante et de réduire les comorbidités, chez les patients dont le suivi nutritionnel est régulier. Plus de 50 000 actes…

Les messages clés

1

promo

Tableaux et figures

promo