Mastoïdite

Christophe, 47 ans, consulte pour un œdème rétro-auriculaire gauche douloureux, non soulagé par les antalgiques de palier 1. L’interrogatoire révèle une symptomatologie similaire survenue trois mois auparavant, résolutive sous tramadol. Le patient vient de terminer un traitement par chimiothérapie pour un glioblastome. Une tomodensitométrie (figure) est demandée compte tenu du tableau clinique et des antécédents du patient. . 

La mastoïdite est la conséquence d’une otite moyenne aiguë mal ou non traitée. Depuis le recours à l’antibiothérapie, cette complication est devenue rare.

Cliniquement, elle se caractérise par des signes généraux (pâleur, amaigrissement, vomissements, hyperthermie, céphalées) et une otalgie. L’examen du tympan met en évidence une congestion ou une rétention, un refoulement de la partie postérieure du conduit externe, une rougeur et une tuméfaction rétro-auriculaire. Des formes extériorisées sont possibles : elles correspondent à une fistulisation sous-périostée de la mastoïde comblant le sillon de l’oreille et déjetant le pavillon vers l’avant.

Le scanner des sinus met en évidence un comblement hydroaérique des cellules mastoïdiennes gauches. Ce comblement épargne la région tympanique et la caisse du tympan. Il existe une relative ostéosclérose des parois des cellules mastoïdiennes par rapport au côté controlatéral, élément témoignant du caractère chronique de cette atteinte.

Le traitement repose sur une antibiothérapie à large spectre en l’absence de collection sous-périostée. Elle peut être associée à une antrotomie de drainage ou, s’il s’agit d’une forme extériorisée, à une mastoïdectomie.

Dans le cas de ce patient, une conjonction d’événements (otalgie négligée et chimiothérapie à l’origine d’un déficit immunitaire) a favorisé l’apparition de cette complication rare de l’otite moyenne aiguë.  

Pour en savoir plus
Palma S, Bovo R, Benatti A, et al. Mastoiditis in adults: a 19-year retro­spective study. Eur Arch Otorhino­laryngol 2014;271(5):925-31. 
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Dermatosis papulosa nigra

Abdelkader, 62 ans, consulte pour des lésions pigmentées apparues il y a plusieurs années au niveau du visage (figure). Leur couleur sombre l’inquiète.

La dermatosis papulosa nigra est une dermatose rencontrée principalement chez les patients d’origine africaine. Sa prévalence est souvent très élevée chez les Afro-Américains (entre 30 et 77 %). Cependant, il est également possible de l’observer chez les personnes originaires d’Asie ou d’Amérique latine. Il existe parfois une prédisposition familiale, et les femmes sont plus fréquemment atteintes. Elle apparaît le plus souvent à l’adolescence et s’accentue avec l’âge. 

Sur le plan clinique, il s’agit de formations papuleuses ou nodulaires pigmentées qui semblent posées sur le revêtement cutané. Leur base peut être pédiculée ou plane. Leur taille est variable : il peut s’agir de lésions en tête d’épingle ou en nappes. Leur pigmentation varie du gris au brun foncé, selon les patients. La kératose séborrhéique, qui répond à la même description, en est une variante ; la mutation génétique FGFR3 est retrouvée dans ces deux dermatoses. Cependant, les lésions observées dans la dermatosis papulosa nigra prédominent sur le visage (joues, région orbitaire, cou) et non sur le thorax et le tronc, comme dans la kératose séborrhéique.  

L’abstention thérapeutique est le plus souvent de mise. Toutefois, pour des raisons esthétiques, certains patients souhaitent une ablation des lésions ; dans ce cas, une exérèse tangentielle par électrocoagulation, cryothérapie ou laser CO2 est proposée. 

Pour en savoir plus
Mahé A, Faye O. Dermatologie de la diversité. Paris: Elsevier Masson, 2022. 
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Porome eccrine

Laurence, 54 ans, consulte pour une tuméfaction située au niveau de la jambe, associant une base papuleuse surmontée d’une zone kératosique (figure). Une exérèse chirurgicale élargie est effectuée.

Le porome eccrine, tumeur bénigne rare, a été décrit initialement par Hermann Pinkus en 1956. Observé principalement chez l’adulte, il se développe à partir des glandes sudorales eccrines. Sa croissance est liée aux kératinocytes situés à proximité de la partie intraépidermique du canal sudoral. Il semble que des composants apocrines soient également associés à cette entité. 

Cliniquement, cette formation est mise en évidence dans 70 % des cas au niveau de la région plantaire et péritalonnière, mais aussi au niveau des paumes et des faces latérales des doigts. Il s’agit généralement d’une tuméfaction bourgeonnante solitaire, de couleur variable, avec une base large délimitée par un collier de kératine. Il est aussi possible d’observer des nodules avec une surface kératosique parfois ulcérée. 

Le diagnostic est posé après analyse anatomopathologique mettant en évidence des travées épithéliales anastomosées avec des éléments en faveur d’une différenciation sudorale, et des cellules arrondies de petite taille.

La prise en charge repose avant tout sur l’exérèse chirurgicale du fait du risque de transformation maligne en porocarcinome.  

Pour en savoir plus
Bouchaala M, Belhareth K, Masmoudi A, et al. Le porome eccrine. Polymorphisme clinique : à propos de 18 cas. Ann Dermatol Venereol 2019;146(12):A172.
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