La prise en charge précoce de ces enfants est une urgence médicale en raison de trois risques majeurs : la mortalité, des complications sévères et la chronicisation.
L’anorexie mentale dite à début précoce ou prépubère est un trouble du comportement alimentaire dont les premiers symptômes apparaissent durant l’enfance, dès l’âge de 6-7 ans et avant 14 ans. La restriction alimentaire peut apparaître de manière brutale ou progressive, accompagnée ou non de comportements d’hyperactivité physique notamment, ou de manière plus frustre, associée à des plaintes douloureuses sans cause retrouvée (par exemple des douleurs abdominales). Les répercussions sur la croissance sont le plus souvent rapidement objectivables sur les courbes staturo-pondérales et d’indice de masse corporelle (IMC) [cassure de la courbe pondérale, ralentissement ou arrêt de la croissance…]. La mortalité (5 %) et les complications sévères sur le plan somatique et psychiatrique, ainsi que le risque d’évolution vers une chronicisation (20 %) ou une rémission partielle, mettent en évidence la nécessité d’une meilleure connaissance de ce trouble par les médecins généralistes et pédiatres afin de permettre une prise en charge pluridisciplinaire la plus précoce possible. La prévalence de l’anorexie mentale à début précoce est de 3,2 à 7,5 pour 100 000 personnes/an, en augmentation, avec une prédominance de filles, mais la maladie est sous-diag- nostiquée chez les garçons.1 C’est une maladie rare et méconnue. L’existence d’un trouble du comportement alimentaire chez les parents, les événements intercurrents périnataux ou un surpoids prémorbide sont des facteurs de risque de survenue de l’anorexie mentale chez l’enfant.2 Il peut y avoir comorbidité de l’anorexie et d’un trouble anxieux (émétophobie, phobie de la déglutition) et/ou d’un trouble neurodéveloppemental (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité [TDAH], trouble du spectre autistique [TSA]…). Il faut chercher la présence parfois dès les premières années de vie d’une sélectivité alimentaire (par exemple chez les patients avec TSA) ou d’un comportement dit de « petits mangeurs » (par exemple chez les patients avec TDAH). Indépendamment des troubles neurodéveloppementaux, ces comportements alimentaires atypiques et précoces sont décrits dans la catégorie des troubles de restriction ou évitement de l’ingestion des aliments (avoidant restrictive food intake disorders [ARFID]) par le Manuel diag­nostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5). Ce type de comportement alimentaire peut se majorer ou apparaître notamment au décours d’épisodes aigus anxieux avec émétophobie, ou phobie de la déglutition, mais aussi parfois au décours d’épisodes infectieux (par exemple gastroentérite aiguë avec vomissements importants déclenchant une émétophobie chez un enfant ayant un terrain anxieux). On observe alors parfois le développement secondaire d’une anorexie mentale dans le contexte d’une majoration persistante de la restriction alimentaire.
La description de ce trouble apparaît tardivement dans la littérature et il est finalement intégré au sein des troubles du comportement alimentaire par le DSM-5 en 2013).3 Des études montrent aujourd’hui des corrélats neuro-anatomiques et génétiques mis en jeu dans les troubles du comportement alimentaire, notamment...

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