Bien que les statines soient largement utilisées depuis plus de 20 ans, leur bénéfice chez les patients de 75 ans ou plus reste incertain, les essais antérieurs ayant souvent exclu les seniors. Une étude nationale, coordonnée par le CHU et l’Université de Bordeaux, apporte des données inédites pour éclairer la décision de déprescription chez les personnes âgées.

Si l’efficacité des statines est largement démontrée en prévention cardiovasculaire secondaire, les preuves sont beaucoup plus limitées chez les personnes âgées traitées en prévention primaire. Jusqu’à présent, aucune étude randomisée n’avait évalué de manière rigoureuse les conséquences de l’arrêt des statines chez les plus de 75 ans sans maladie CV connue.

Une étude menée dans les conditions réelles de la médecine générale

L’essai SAGA – multicentrique, ouvert, randomisé – a été mené dans 297 cabinets de médecine générale en France. Les participants éligibles, recrutés lors de consultations de routine ou de renouvellements d’ordonnances, devaient être âgés de 75 ans ou plus, sous statines depuis au moins un an, sans antécédent CV documenté. Les critères d’exclusion comprenaient une maladie progressive avec une espérance de vie < 3 mois, un diagnostic de démence, une hypercholestérolémie familiale homozygote ou double hétérozygote, ou l’incapacité à consentir.

Les participants ont été suivis pendant 36 mois avec des visites à 3, 12, 24 et 36 mois, au cours desquelles plusieurs données étaient recueillies (événements CV, paramètres cliniques, symptômes, effets indésirables, facteurs de risque, qualité de vie, observance, médicaments concomitants, activité physique).

Le critère principal était la mortalité toutes causes confondues à 3 ans, avec une marge de non-infériorité de 5 % pour la différence absolue entre les groupes. Les critères secondaires incluaient l’incidence des événements CV majeurs, un critère composite associant mortalité et événements CV majeurs, les événements non CV d’intérêt et la qualité de vie.

Entre juin 2016 et janvier 2020, 1 180 participants ont été randomisés et 1 160 inclus dans l’analyse. L’âge médian était de 80 ans (IQR = 78 - 84), avec 66,8 % de femmes, 29,5 % de diabétiques et 77,2 % d’hypertendus. À l’inclusion, 61,7 % des participants prenaient des statines depuis plus de 10 ans et 65,8 % présentaient un risque CV à 10 ans ≥ 15 % selon le SCORE2 -OP (Systematic Coronary Risk Evaluation 2 -Older Persons).

Des résultats rassurants

Les résultats, publiés dans le Lancet Healthy Longevity en août 2026, indiquent qu’à 36 mois de suivi, 48 décès (7,9 %) sont survenus dans le groupe « poursuite » et 35 (7,2 %) dans le groupe « arrêt », soit une différence absolue de - 0,68 % (IC 95 % : - 3,95 à 2,60). La non-infériorité de l’arrêt des statines a été démontrée, la borne supérieure de l’IC 95 % (2,60 %) ne dépassant pas la marge prédéfinie de 5 %. Il n’y avait pas non plus de différence pour les événements CV majeurs entre les 2 groupes (infarctus du myocarde, angor, AVC, etc.) : 4,4 % versus 5,0 %. Le critère composite associant mortalité et événements CV majeurs a concerné 11,4 % et 12,0 % des participants, respectivement.

Les effets indésirables non CV (myopathies, diabète, troubles cognitifs, infections bactériennes sévères, cancers, cataractes, hémorragies cérébrales) ont été rapportés chez 72,3 % des patients du groupe « poursuite » et 72,7 % de ceux du groupe « arrêt ». Enfin, la qualité de vie (évaluée par le score SF- 12 [12 -Item Short Form Health Survey]) n’a pas montré de différence significative.

Qu’en retenir ?

Ces résultats ne plaident pas pour un arrêt systématique des statines après 75 ans mais pour une réévaluation individualisée de leur rapport bénéfice-risque. Comme le soulignent les professeurs Fabrice Bonnet et Jean-Philippe Joseph, investigateurs coordonnateurs de l’étude : « Nos résultats montrent que l’arrêt des statines peut être envisagé sans augmentation du risque de mortalité à trois ans. Ils doivent désormais nourrir une décision partagée entre le patient et son médecin, en tenant compte du contexte clinique, des préférences du patient et de lensemble de ses traitements. »

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