La prévention du VIH repose aujourd’hui sur une approche combinée, associant plusieurs outils complémentaires : utilisation du préservatif, dépistage régulier du VIH et des infections sexuellement transmissibles, traitement post-exposition (TPE), traitement des personnes vivant avec le VIH empêchant la transmission, et prophylaxie pré-exposition (PrEP).
C’est ce dernier point qui évolue en mars 2026, avec l’arrivée sur le marché français de la première PrEP injectable à libération prolongée, Aprétude, à base de cabotégravir et remboursée à 100 % chez les adultes et les adolescents à haut risque de contamination d’au moins 35 kg (voir encadré). Elle peut être prescrite par tout médecin de ville expérimenté dans la prévention ou la prise en charge du VIH.
Après une phase d’initiation avec 2 injections intramusculaires initiales espacées d’un mois, les suivantes sont réalisées tous les 2 mois. À noter, les injections peuvent être précédées d’une phase orale d’initiation d’un mois pour évaluer la tolérance au cabotégravir. Elle n’est pas nécessaire dans la majorité des cas, mais est recommandée en cas d’importants antécédents allergiques.
Le cabotégravir injectable représenteune avancée prometteuse dans la lutte contre le VIH. Son déploiement nécessite néanmoins une expertise clinique et une organisation adaptée du parcours de soins, notamment en matière : d’évaluation de l’indication ; de suivi régulier des patients ; de dépistage du VIH et des IST ; de maintien dans le soin.
Nouveaux outils pratiques
Afin d’accompagner au mieux l’arrivée en France de cette nouvelle stratégie de prévention, la DGS affirme avoir travaillé étroitement avec les experts et les sociétés savantes. Dans un communiqué paru le 19 mars 2026, elle a annoncé la création d’un guide à destination des prescripteurs et prescriptrices , élaboré par la Société française de lutte contre le sida (SFLS).
Ce guide, développé à partir de l’avis de la HAS sur Aprétude, des recos HAS sur la PrEP et des guidelines internationales au 1er mars 2026, précise notamment :
- les indications et contre-indications de la PrEP injectable (voir encadré) ;
- les modalités d’initiation et de suivi du traitement (dont les cas du bilan biologique, des retards de prise [avec logigrammes], de l’arrêt, de la découverte d’une sérologie VIH positive, des patients mineurs) ;
- des ordonnances types d’initiation (avec ou sans phase orale) et d’entretien de cabotégravir ;
- les exigences en matière de dépistage ;
- les conditions permettant d’assurer un suivi adapté des patients.
Il s’accompagne d’une boîte à outils opérationnelle, comprenant notamment :
- une application permettant d’éditer le calendrier prévisionnel des injections ;
- des ressources d’information à destination des professionnels (dont une vidéo explicative de la technique d’injection intramusculaire en Z) et des patients ;
- un lien vers une plateforme d’e-learning de formation gratuite des professionnels de santé à la santé sexuelle, développée par la SFLS, le CMG et le SPILF, soutenues par la DGS et le ministère de la Santé ;
- un dispositif d’accompagnement mobilisant les Comités régionaux de santé sexuelle (Coress). De fait, les médecins souhaitant accompagner leurs patients et patientes vers une PrEP injectable sont encouragés à se rapprocher de leur CoReSS, pour bénéficier d’un appui expert et faciliter l’organisation du parcours de soins afin d’assurer une prise en charge coordonnée et sécurisée des patients.
Indications et contre-indications à la PrEP injectable au cabotégravir en 2026 en France
Indications : Aprétude constitue une option complémentaire quand la PrEP orale n’est pas adaptée chez les personnes séronégatives exposées au VIH suivantes :
- toute personne pour qui la PrEP orale ne semble pas envisageable dans la durée, notamment chez les femmes et personnes transgenres ;
- les personnes en situation de vulnérabilité avec un risque d’inobservance à la PrEP orale (barrière sociale, instabilité du logement, situation de prostitution, de violence, de stigmatisation, nécessité de cacher les prises orales) ;
- les personnes ayant une contre-indication médicale à l’utilisation de la PrEP orale en raison d’une toxicité rénale ou osseuse ;
- les personnes avec des difficultés à avaler les comprimés par voie orale ou qui présentent une intolérance à la PrEP orale ;
- les personnes avec un trouble de l’absorption de la PrEP orale (chirurgie gastrique ou digestive, etc.).
Contre-indications :
- hypersensibilité connue ;
- sujets séropositifs au VIH ou de statut sérologique VIH inconnu ;
- utilisation concomitante avec la rifampicine, la rifapentine, la carbamazépine, l’oxcarbazépine, la phénytoïne ou le phénobarbital en raison d’une interaction médicamenteuse majeure ;
- impossibilité de réaliser une injection intramusculaire profonde (prise d’anticoagulant à dose curative et trouble de la coagulation ; présence de prothèses fessières les empêchant).
SFLS. Ressources. PrEP injectable.
SFLS. Guide pour les prescripteur.rices. Prophylaxie pré-exposition au VIH par cabotégravir (Aprétude). Mars 2026.
Mallordy F. Première PrEP injectable remboursée à 100 %. 3 mars 2026.
Pour en savoir plus :
Paitraud D. Aprétude : nouvelle option en prophylaxie préexposition au VIH. Vidal 5 mars 2026.
Résumé des caractéristiques du produit. Apretude 600 mg, suspension injectable à libération prolongée. EMA.
HAS. Recommandation de bonne pratique. Traitement préventif pré-exposition de l’infection par le VIH. 6 août 2024.
Prescription de la PrEP en ville : comment faire, en pratique ? Rev Prat (en ligne) 24 novembre 2023.