C’est une première : depuis le 2 mars 2026, une prophylaxie préexposition contre le VIH (PrEP) injectable à libération prolongée, Aprétude, est remboursée à 100 % chez les adultes et les adolescents à haut risque de contamination (voir plus bas) d’au moins 35 kg. Ce médicament injectable contient du cabotégravir, un antirétroviral qui inhibe l’intégrase du VIH – une enzyme qui insère dans le génome humain l’ADN viral, préalablement produit par rétrotranscription à partir de l’ARN du virus. Après deux injections initiales espacées de 1 mois, les suivantes sont bimestrielles.
Si le médicament fait l’objet d’une AMM européenne depuis septembre 2023, il n’est pas encore commercialisé en France, en raison des délais supplémentaires rajoutés par l’évaluation de la HAS (en mai 2024) et la négociation des prix entre l’industriel ViiV Healthcare et le Comité économique des produits de santé. Mais l’arrivée sur le marché ne saurait tarder :le remboursement à 100 % vient d’être fixé par arrêté , dans l’indication ci-dessus.
Cependant, l’association Aides souligne quepour qu’une personne reçoive ces injections, elle devra réaliser un test de charge virale du VIH non pris en charge à 100 % dans le cadre de la PrEP, avec un reste à charge potentiellement couvert par une mutuelle. Les seuls lieux où ces tests sont pris en charge sont certains Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), et les centres de santé qui font de la biologie médicale délocalisée.
Qui est concerné ?
Selon les recommandations de la HAS (2024), une PrEP (en 1re intention par ténofovir disoproxil fumarate/emtricitabine [TDF/FTC ; Truvada et génériques], en 2e intention par cabotégravir) est fortement recommandée chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et personnes transgenres ayant plusieurs partenaires ayant des relations anales non protégées par le préservatif (passées ou présentes), chez les personnes s’injectant des drogues IV avec échange de matériel d’injection, chez les partenaires séronégatifs de personnes vivant avec le VIH dans l’attente que leur charge virale soit indétectable en cas de relations non protégées par préservatif.
De manière plus large, les personnes exposées à un risque majoré d’acquisition du VIH pouvant bénéficier de la PrEP correspondent notamment aux situations suivantes :
- les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) ou les personnes transgenres ayant plusieurs partenaires, quelle que soit la manière dont ils ou elles définissent leur orientation sexuelle, rapportant des situations d’exposition au VIH présentes, passées ou futures ;
- les femmes et les hommes hétérosexuels présentant :
- un contexte de forte prévalence ou de forte exposition au VIH :
- personne ou partenaire(s) originaires de pays à forte endémie (en particulier l’Afrique subsaharienne, les Caraïbes et l’Amérique du sud) ;
- partenaires multiples et/ou partenaires concomitants ;
- travailleurs du sexe ou sexe transactionnel ;
- un contexte relationnel de forte exposition au VIH :
- partenaires de statut VIH inconnu ou perçu comme à risque d’acquisition du VIH ;
- partenaire vivant avec le VIH avec un ARN VIH plasmatique (charge virale) détectable ou dont la quantification de la charge virale est inconnue ;
- femmes évoquant une exposition possible au VIH ou à des violences sexuelles, y compris femmes enceintes ou allaitantes ;
- frein du ou des partenaires à l’utilisation d’autres moyens de protection ;
- rapports sexuels avec utilisation de produits psycho-actifs (chemsex) ;
- des situations individuelles peuvent orienter le praticien vers une discussion autour des expositions et conduire à présenter la PrEP :
- non utilisation du préservatif lors de rapports vaginaux ou anaux ;
- marqueurs évoquant une exposition (autres IST, IVG...) ;
- antériorité ou dans les suites d’un traitement post-exposition (TPE) au VIH ;
- les usagers de produits psycho actifs injectables avec échanges de seringues :
- partenaire sexuel ou d’injection de statut VIH inconnu ou perçu comme à risque d’infection du VIH ;
- partenaire d’injection vivant avec le VIH ;
- partage du matériel d’injection ;
- pratique d’injection de produits psycho-actifs en contexte sexuel (slam).
- un contexte de forte prévalence ou de forte exposition au VIH :
Ces situations ne doivent pas être utilisées comme des critères de sélection, mais servent à guider la discussion avec la personne et à l’aider à prendre une décision éclairée quant à une possible PrEP.
Modalités
La PrEP orale par TDF/FTC est le traitement de 1re intention. Elle est habituellement très bien tolérée. La nouvelle PrEP injectable à venir, par cabotégravir d’action prolongée injectable, est une alternative de 2e intention, non recommandée chez la femme enceinte. La dose de charge utilise 2 injections intramusculaires à 1 mois d’intervalle (M0, M1), puis une injection tous les 2 mois ensuite (M3, M5, M7…) avec un délai de ± 7 jours pour les dates d’injections. Tout médecin peut la prescrire. Un de nos articles aborde plus en détail les modalités d’administration de la PrEP orale ou injectable, suivant les dernières recos de la HAS.
Bientôt une PrEP semestrielle ?
Au-delà des avancées concernant la PrEP au cabotégravir, le lénacapavir, un antirétroviral ciblant la capside virale, a été approuvé en juin 2025 aux États-Unis par la FDA comme PrEP à injecter 2 fois par an, sur la base d’essais de phase 3 concluants publiés dans le NEJMen juillet et novembre 2024. Cette 1re PrEP semestrielle dispose d’une AMM européenne depuis septembre 2025. Au vu du long processus de commercialisation française d’Aprétude, ce nouvel acteur de la PrEP ne devrait pas intégrer la pharmacopée française avant quelques années.
Le Monde avec AFP. VIH : la France autorise enfin un traitement préventif injectable. 26 février 2026.
HAS. Avis sur les médicaments. APRETUDE (cabotégravir) – VIH / PrEP. 27 juin 2024.
HAS. Recommandation de bonne pratique. Traitement préventif pré-exposition de l’infection par le VIH. 6 août 2024.
Résumé des caractéristiques du produit. Apretude 600 mg, suspension injectable à libération prolongée. EMA.
Pour aller plus loin :
Martin Agudelo L. Une PrEP injectable approuvée par la HAS. Rev Prat (en ligne) 9 septembre 2024.
Gilbert M, Zadanpanah Y, Ghosn J. Actualités thérapeutiques dans l’infection par le VIH. Rev Prat 2024;74(2):123-8.
Prescription de la PrEP en ville : comment faire, en pratique ? Rev Prat (en ligne) 24 novembre 2023.
Mallordy F. VIH : une nouvelle PrEP injectable plus efficace que Truvada ! Rev Prat (en ligne) 8 février 2022.
Martin Agudelo L. VIH : une fiche avec les nouvelles recos HAS. Rev Prat (en ligne) 22 novembre 2024.