Quels allergènes ?
Les blattes, insectes étroitement associés aux habitats humains, se répartissent en espèces domestiques, vivant à l’intérieur des logements, et péri‑domestiques, présentes autour des structures bâties et susceptibles d’y pénétrer. Parmi les nombreuses espèces, les plus connues sont la blatte germanique (Blattella germanica) et américaine (Periplaneta americana) : impliquées dans les infestations des habitats, elles sont une source majeure d’allergènes responsables d’asthme et de rhinite allergique.
Blatte germanique
La blatte germanique possède 11 allergènes identifiés dans la nomenclature internationale. Plusieurs études suggèrent que cette espèce se développe plus volontiers dans des foyers à faibles revenus. Une publication1 met en évidence les interactions entre l’allergène Bla g 2 et les endotoxines, excrétées surtout par les blattes femelles et présentes dans les poussières domestiques, les filtres de chauffage, les systèmes de ventilation et de climatisation. Le seuil de sensibilisation à l’allergène Bla g 2 est de 40 ng par gramme de poussière, tandis que les symptômes respiratoires apparaissent dès une concentration de 80 ng/g.
Les cuisines infestées ont une concentration moyenne de Bla g 2 de 1 526 ng/g, soit 17 fois celle mesurée en l’absence d’infestation. Dans les chambres, elle est multipliée par 20,8. Les niveaux étaient fortement corrélés à l’importance de l’infestation en cafards. Même constat concernant les endotoxines : 176 900 unités d’endotoxine par gramme de poussière dans les cuisines et 48 800 EU/g dans les chambres infestées, contre 88 200 EU/g et 23 500 EU/g respectivement en l’absence d’infestation.
Il a été suggéré que la coexposition allergène-endotoxine majore les symptômes respiratoires, en raison de l’effet potentiellement adjuvant des endotoxines vis‑à‑vis des allergènes de blatte. Dans cette expérimentation, après la mise en place des mesures de nettoyage et de désinfection, une diminution progressive des concentrations a été observée (6 mois après, de nombreux domiciles présentaient des taux de Bla g 2 inférieurs à la limite de détection).
Blatte américaine
Periplaneta americana est une espèce de grande taille, particulièrement résistante. Au niveau international, 22 allergènes sont identifiés dont plusieurs allergènes majeurs : Per a 1, Per a 2, Per a 3 et Per a 7. Elle colonise volontiers les caves, les vides‑sanitaires ainsi que les zones chaudes et humides, mais elle est moins présente dans les cuisines et les salles de bain que la blatte germanique. Sa forte capacité de dispersion au sein des immeubles en fait néanmoins un nuisible difficile à contrôler.
Diagnostic d’allergie
Le diagnostic repose sur l’association de symptômes cliniques, la notion de présence de cafards dans l’environnement du patient et le dosage des IgE spécifiques : IgE anti-blatte germanique, code i206 ; IgE anti blatte américaine, code i6.
S’en débarrasser, c’est possible !
L’utilisation d’appâts insecticides est insuffisante à elle seule pour assurer une suppression durable. Un ensemble de mesures doit être mis en place :
- assainissement : élimination des débris alimentaires, stockage hermétique des denrées, réparation des fuites d’eau, colmatage des fissures, réduction des refuges domestiques, surveillance derrière les appareils ménagers ;
- pièges collants : utilisés contre Blattella germanica et d’autres espèces, ils sont généralement constitués de dispositifs en carton munis d’une surface adhésive avec pour appâts des phéromones ou des attractifs alimentaires. Ils constituent un outil pour l’élimination directe, mais surtout pour surveiller le niveau d’infestation et suivre son évolution avant, pendant et après les traitements.
Lorsque ces mesures ne suffisent plus, une action plus intensive est nécessaire. En amont, un conseiller en environnement intérieur, sollicité uniquement sur demande préalable de l’allergologue, peut aider à identifier les facteurs favorisant l’infestation.
Des interventions professionnelles de désinsectisation sont nécessaires en cas d’infestation majeure. Elles utilisent, dans certains cas, de nouvelles formulations, de traitements thermiques et technologies émergentes telles que l’interférence ARN. Parallèlement, il est indispensable d’y associer le colmatage des fissures et le nettoyage des gaines.
Cette attitude doit être appliquée à l’ensemble de l’habitation ou d’un immeuble, comme le démontre une étude de Wang et al.2 réalisée dans un immeuble de 188 appartements occupés par des personnes âgées, dans le New Jersey (États-Unis). Les auteurs ont suivi pendant un an une trentaine d’appartements fortement infestés par les cafards. Pour traiter le problème, l’immeuble a fait intervenir une société de désinsectisation, qui a appliqué un programme de lutte dans l’ensemble du bâtiment. Ensuite, ont été mesuré deux allergènes importants produits par la blatte germanique (Bla g 1 et Bla g 2), sur les surfaces visibles, mais aussi dans des endroits cachés (sous le frigo, la cuisinière, l’évier…).
Au fil des mois, les résultats ont été très nets :
- les infestations ont quasiment disparu (- 98 % à 6 mois, presque - 100 % à 12 mois) ;
- les allergènes ont fortement diminué (- 96 % pour Bla g 1 et - 90 % pour Bla g 2 en un an).
Ainsi, l’étude montre qu’un traitement professionnel appliqué à tout l’immeuble peut non seulement éliminer les cafards mais aussi faire baisser les allergènes, même dans les zones où le nettoyage est difficile.
Attention : avec l’augmentation des infestations de cafards et de punaises de lit, certaines personnes se tournent vers des insecticides interdits, souvent achetés en ligne ou à l’étranger, hors Communauté européenne. Entre janvier 2018 et juin 2023, les centres antipoison et l’ANSES ont recensé 170 intoxications liées à l’utilisation de produits contenant du dichlorvos (DDVP), une substance interdite en France depuis 2013 en raison de sa toxicité. Parmi ces intoxications, 30 personnes avaient utilisé ces produits pour lutter contre les cafards.
Les mesures recommandées sont résumées dans l’encadré ci-dessous.
Mesure pour lutter contre les allergènes des blattes
- Inspecter les zones à risque : cuisine, salle de bain, dessous des appareils, fissures, zones humides ;
- supprimer nourriture et eau : nettoyage régulier, stockage hermétique, poubelles fermées, réparation des fuites ;
- réduire les abris : désencombrer, colmater les fissures, entretenir les zones techniques ;
- installer des pièges de surveillance : suivre l’activité et vérifier si les mesures suffisent ;
- ne pas utiliser de produits interdits : éviter les insecticides non autorisés ou vendus illégalement ;
- en dernier recours, faire appel à une société de désinsectisation : intervention professionnelle si l’infestation persiste malgré les mesures précédentes.
2. Wang C, Eiden AL, Cooper R, et al. Abatement of cockroach allergens by effective cockroach management in apartments. J Allergy Clin Immunol Pract 2020;8(10):3608-9.
Pour en savoir plus :
Gondhalekar AD, Appel AG, Thomas GM, et al. A Review of Alternative Management Tactics Employed for the Control of Various Cockroach Species (Order: Blattodea) in the USA. Insects 2021;12(6):550.
Pomés A, Schulten V, Glesner J, et al. IgE and T Cell Reactivity to a Comprehensive Panel of Cockroach Allergens in Relation to Disease. Front Immunol 2021;11:621700.
Pomés A, Glesner J, Calatroni A, et al. Cockroach allergen component analysis of children with or without asthma and rhinitis in an inner-city birth cohort. J Allergy Clin Immunol 2019;144(4):935‑44.