L’attelle nocturne est souvent proposée en 1re ligne dans le syndrome du canal carpien. Son utilisation repose pourtant sur un faible niveau de preuves, avec peu de comparaisons à une intervention contrôle. Des chercheurs ont donc réalisé un essai randomisé évaluant attelle vs bandage placebo. Les résultats, parus dans le NEJM Evidence, sont édifiants.

Avec une prévalence d’environ 10 % chez les 18 - 64 ans en France et 200 000 nouveaux cas par an, le syndrome du canal carpien (SCC), compression du nerf médian caractérisée par des troubles de la sensibilité et des douleurs au niveau des trois premiers doigts de la main, est le trouble musculosquelettique le plus fréquemment indemnisé comme maladie professionnelle. Dans les formes légères à modérées, l’approche de choix est un traitement conservateur, par attelle nocturne (en 1re ligne) ou par infiltrations de corticoïdes (souvent en 2e ligne).

En immobilisant le poignet en position neutre, l’attelle pourrait agir en limitant l’augmentation de la pression intracanalaire par flexion-extension du poignet. Recommandée par la HAS, jugée potentiellement supérieure aux infiltrations sur le long terme dans un récent essai randomisé, l’attelle nocturne dispose pourtant de peu de preuves d’efficacité , notamment en comparaison d’une intervention placebo. Une revue Cochrane de 2023 conclut ainsi que la littérature est insuffisante pour déterminer son efficacité, mais que son coût peu élevé et son absence d’EI à long terme peut toutefois justifier son utilisation, notamment en cas de refus des infiltrations ou de la chirurgie. Cependant, la durée d’utilisation optimale reste à déterminer, et elle comporte des EI comme l’inconfort et la limitation fonctionnelle de la main. Des chercheurs ont donc réalisé un essai randomisé contrôlé par placebo pour évaluer son intérêt dans le SCC.

Un essai suédois avec suivi à 52 semaines

Cet essai randomisé monocentrique ouvert a été mené dans un département d’orthopédie en Suède, en collaboration avec 32 centres de soins primaires. Référés par ces derniers, les patients éligibles avaient 25 - 65 ans, un diagnostic de SCC posé indépendamment par 2 chirurgiens orthopédistes, et des symptômes de SCC typique ou probable selon les critères de Katz (en encadré) depuis au moins 1 mois. Les critères d’exclusion incluaient une amyotrophie de l’éminence thénar (indication à la chirurgie d’emblée), un traitement par orthose dans les 12 mois précédent, et un antécédent d’infiltrations de corticoïdes.

Les patients sélectionnés ont été repartis aléatoirement, selon un ratio 1 :1, en 2 groupes, pour recevoir soit une orthèse rigide soit un bandage souple placebo permettant le mouvement. L’assignation au groupe intervention ou contrôle était connue des patients et des médecins sur place, mais pas des investigateurs de l’étude et des médecins évaluant les patients à l’inclusion et lors du suivi.

Les 2 groupes ont reçu comme seule consigne de porter le matériel reçu la nuit et, si possible, le jour. Au bout de 6 semaines, si les patients rapportaient une amélioration symptomatique satisfaisante, l’intervention était interrompue ; sinon, elle se poursuivait 4 semaines. Les patients ayant des symptômes persistants à 10 semaines pouvaient opter pour une chirurgie, réalisable à partir de 12 semaines post-inclusion. Des données cliniques ont été collectées lors d’examens de suivi à l’inclusion et à 52 semaines. Ils incluaient les tests de Phalen et de Tinel, une mesure au dynamomètre de la force de préhension, ainsi que la durée et la nature des symptômes autodéclarés (aussi renseignées à 6 et 12 semaines). Ces symptômes autodéclarés ont permis de calculer le CTS- 6 (voir tableau), un score de sévérité et d’intensité des symptômes du SCC (allant de 1 [mieux] à 5 [pire] ; changement minimal cliniquement significatif = 0,9).

Les critères de jugement principaux étaient le changement du CTS- 6 entre l’inclusion et la 12e semaine de suivi, et la proportion de patients ayant subi une chirurgie à la 52e semaine. Les critères secondaires incluaient le changement des symptômes à la 52e semaine, la satisfaction des patients aux 12e et 52e semaines, le changement de force de préhension à 52 semaines, et les EI.

Attelle et bandage sont équivalents !

Les résultats sont parus en mars 2026 dans le NEJM Evidence. En tout, 142 patients ont été inclus dans l’analyse (63 % de femmes, âge moyen = 46 ± 11 ans), dont 70 dans le groupe attelle et 72 dans le groupe bandage. Dans le groupe attelle, le changement moyen de score CTS- 6 à la 12e semaine était de - 0,36 (IC 95 % = [- 0,51 ; - 0,21]), versus - 0,28 ([- 0,45 ; - 0,11]), dans le groupe contrôle. La différence moyenne de changement entre les 2 groupes n’était pas significative, et aucun d’entre eux n’atteignait une amélioration cliniquement significative. À 52 semaines, 57 % des patients du groupe attelle avaient subi une libération chirurgicale du canal carpien, contre 51 % du groupe contrôle – là encore, une différence non significative.

Quant aux critères secondaires, les symptômes s’amélioraient à 6 semaines dans le groupe attelle vs contrôle, mais ce léger avantage s’estompait ensuite. La satisfaction des patients était similaire entre les 2 groupes, de même que la force de préhension à 52 semaines. Des EI locaux, mineurs et transitoires, ont été rapportés à 6 semaines par 12 patients dans chaque groupe, sans différence significative entre groupes ni EI graves.

Ainsi, cette étude remet en cause la pertinence clinique et la durée d’efficacité du port d’une attelle dans le SCC, tout en confirmant la sécurité et la tolérance de cette intervention. Mais attention, le placebo utilisé dans l’étude n’est pas forcément un contrôle passif : on ne peut exclure un éventuel effet du bandage souple sur le SCC.

Encadre

Classification du syndrome du canal carpien selon son degré de probabilité (critères de Katz)

  • Syndrome typique : les fourmillements, picotements, engourdissement ou hypoesthésie avec ou sans douleur atteignent au moins deux des trois premiers doigts. La paume et le dos de la main sont exclus. Une douleur spontanée du poignet ou irradiant en remontant en direction du poignet existe.

  • Syndrome probable : les signes sont identiques mais touchent aussi la face palmaire de la main, zone ulnaire exclue.

  • Syndrome possible : les fourmillements, picotements, engourdissement ou hypoesthésie avec ou sans douleur atteignent au moins un doigt parmi les trois premiers.

  • Syndrome improbable : aucun symptôme n’existe dans les trois premiers doigts.

D’après : HAS. Syndrome du canal carpien. Optimiser la pertinence du parcours patient. Février 2013.

Références
Atroshi I, Nordenskjöld J, Möllestam K. Wrist splinting versus a placebo soft bandage for carpal tunnel syndrome.  NEJM Evid 2026;5(4):EVIDoa2500261.
HAS. Syndrome du canal carpien. Optimiser la pertinence du parcours patient. Février 2013.
Karjalainen TV, Lusa V, Page MJ, et al. Splinting for carpal tunnel syndrome.  Cochrane Database Syst Rev 2023;2(2):CD010003.
Karjalainen T, Raatikainen S, Jaatinen K, et al. Update on efficacy of conservative treatments for carpal tunnel syndrome.  J Clin Med 2022;11(4):950.
Padua L, Cuccagna C, Giovannini S, et al. Carpal tunnel syndrome: Updated evidence and new questions.  Lancet Neurol 2023;22(3):255-67.
Pour aller plus loin :
Mallordy F. Canal carpien : l’attelle fait mieux que les corticoïdes.  Rev Prat (en ligne) 17 mai 2022.
Nobile C. Canal carpien : l’échochirurgie a fait ses preuves.  Rev Prat (en ligne) 26 juin 2023.
Mallordy F. Canal carpien : la chirurgie d’emblée plus efficace que les infiltrations.  Rev Prat (en ligne) 1 juillet 2025.

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