La dépression à 40 - 60 ans a été associée à un risque accru de démence ultérieure, mais on ignorait si ce risque concernait l’ensemble des symptômes ou certains en particulier. Une vaste étude de cohorte a récemment identifié les dimensions dépressives prédictives et les marqueurs cliniquement pertinents.

Cette large étude prospective observationnelle a été menée au sein de la cohorte britanniqueWhitehall II sur 6 511 participants, âgés de 35 à 55 ans au moment de son lancement en 1985 - 1988. Les sujets retenus ont été évalués en 1997 - 1999, la période d’inclusion de l’étude actuelle, à l’aide d’un examen clinique et d’un autoquestionnaire standardisé (GHQ- 30) servant à évaluer les symptômes dépressifs (dépression définie par un score ≥ 5). Les personnes ayant une démence lors de cette évaluation, celles pour lesquelles il manquait des données à l’inclusion, ainsi que celles non recensées dans les registres nationaux de santé britanniques ont été exclues.

Le critère de jugement principal était l’incidence d’une démence entre l’inclusion et le 1er mars 2023. Les associations entre symptômes du GHQ- 30 rapportés à l’inclusion et démence ultérieure ont été analysées à l’aide de modèles de Cox ajustés sur les principaux facteurs sociodémographiques et cliniques.

Les résultats sont parus dans le Lancet Psychiatry en décembre 2025.1 À l’inclusion, les 5 811 sujets retenus étaient âgés de 45 à 69 ans (moyenne [± écart-type] = 55,7 ± 6,0 ans) et la cohorte comportait 28,3 % de femmes (N = 1 646) ; 21,5 % des sujets (N = 1 248) étaient atteints de dépression (GHQ- 30 ≥ 5). Le suivi des participants a duré 22,6 ans en moyenne. Dans cet intervalle, 10,1 % des participants (N = 586) ont développé une démence.

Les auteurs ont identifié 6 symptômes dépressifs qui constituent des indicateurs d’un risque élevé de démence ultérieure  :

  • perte de confiance en soi (hazard ratio [HR] = 1,51 ; IC95 % = 1,16 - 1,96) ;
  • incapacité à faire face à un problème (1,49 ; 1,09 - 2,04) ;
  • incapacité à ressentir de l’affection pour les autres (1,44 ; 1,06 - 1,95) ;
  • état de stress et de tension permanent (1,34 ; 1,03 - 1,72) ;
  • insatisfaction quant à la manière dont certaines tâches sont accomplies (1,33 ; 1,05 - 1,69) ;
  • difficulté de concentration (1,29 ; 1,01 - 1,65).

Chez les patients  60 ans à l’inclusion, l’expression de ces 6 symptômes dépressifs suffisait à elle seule à expliquer le lien identifié entre dépression et démence ultérieure. Les associations entre symptômes du GHQ- 30 et démence étaient indépendantes des facteurs de risque classiques de démence, notamment le statut APOEε4, les comorbidités cardiométaboliques et les habitudes de vie.

Bien que cette étude ne permette pas d’établir de lien causal, elle suggère que les symptômes cités ci-dessus pourraient être des marqueurs avant-coureurs de processus neurodégénératifs sous-jacents. Ces résultats ouvrent la voie à une détection plus précoce et à des interventions préventives mieux ciblées.

Référence
1. Frank P, Singh-Manoux A, Pentti J, et al. Specific midlife depressive symptoms and long-term dementia risk: a 23-year UK prospective cohort study. Lancet Psychiatry 15 décembre 2025.
Pour en savoir plus :
Mallordy F. Démence : perte de vision et hypercholestérolémie sont aussi des facteurs de risque modifiables.  Rev Prat (en ligne) 2 septembre 2024.

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