C’est la dermatose inflammatoire chronique la plus fréquente. Son impact est important et les comorbidités fréquentes. Compte tenu des nouvelles thérapeutiques disponibles et dans le but d’harmoniser les pratiques, les dermatologues ont émis des recommandations actualisées, accompagnées d’outils pratiques (algorithme décisionnel, fiches synthétiques et documents à remettre aux patients).

La dermatite atopique (DA) touche 10 - 20 % des enfants et 4 - 5 % des adultes. Malgré la multiplication des traitements systémiques, elle fait encore l’objet d’une grande disparité de prise en charge. Les dernières guidelines européennes, élaborées par l’European dermatology forum, datent de 2022 et se fondent sur la littérature publiée jusqu’en 2020. Afin de les actualiser et de les adapter au contexte du système de santé français, le groupe GREAT (Groupe de recherche sur l’eczéma atopique) de la Société française de dermatologie (SFD) et le Centre de preuves en dermatologie (CDP) ont élaboré de nouvelles recos, publiées en décembre 2025 dans les Annales de Dermatologie et de Vénéréologie – FMC .

Une prise en charge globale

L’impact de la dermatite atopique est multidimensionnel : qualité de vie, sommeil, vie familiale et professionnelle sont affectés. Les experts préconisent donc une prise en chargeglobale du patient (et non seulementde la pathologiecutanée), tout en luttant contre les fausses croyances et favorisant l’éducation thérapeutique (y compris le fait d’aborder la corticophobie). Une fiche d’information pour les patients est téléchargeable à ce lien.

Les médecins doivent également informer les parents/patients desprofessions les plus à risque d’apparition d’une dermatite allergique de contact, d’aggravation de la dermatite atopique et des comorbidités atopiques (figure ci-dessous).

Comorbidités fréquentes

Les recommandations incitent à rechercher à l’interrogatoire lescomorbidités atopiques associées : allergie alimentaire, asthme, conjonctivite et rhinite allergique, en particulier chez les patients ayant une dermatite atopique sévère et/ou persistante à l’âge adulte.

Si l’association entre DA et pathologies cardiovasculaires n’est pas formellement démontrée, les experts recommandent de dépister les facteurs de risque cardiovasculaire, a fortiori lors de l’instauration d’un traitement systémique par ciclosporine ou inhibiteurs de JAK.

Compte tenu de l’association entre DA et cancers cutanés non mélanocytaires d’après une grande méta-analyse de 16 études, un dépistage régulier des cancers de la peau est préconisé, surtout en cas de facteurs de risque (photothérapie, traitements immunosuppresseurs).

Traitements locaux

L’usage quotidien d’émollientsest préconisé en traitement de fond de la dermatite atopique, en préférant ceux avec une phase hydrophile en période estivale (par exemple lait, crème) et ceux avec une haute concentration lipidique en période hivernale (par exemple baume). Il n’y a pas assez de données pour recommander les produits « émollients plus » (avec adjonction de produits non médicamenteux : flavonoïdes, saponines, riboflavines, oméga- 3 ou 6…).

Pour l’hygiène cutanée  : préférer des douches de durée courte, tièdes, avec des produits lavants sans allergènes ni irritants, ayant un pH situé entre 5 et 6.

En cas de poussée, les traitements anti-inflammatoires topiquesrecommandés en première intention restent les dermocorticoïdes : de classe forte sur le corps et modérée sur le visage, chez le nourrisson, l’enfant et l’adulte, une fois par jour et jusqu’à disparition des lésions, sans décroissance progressive. Pour la quantité à appliquer, on peut suivre la règle de l’unité phalangette (correspondant à la quantité de crème déposée sur toute la longueur de la dernière phalange de l’index d’un adulte, permettant de traiter une surface équivalente à deux paumes).

Les experts suggèrent également l’utilisation d’enveloppements humides (wet wrapping ) avec des dermocorticoïdes de classe forte pendant quelques jours lors des poussées érosives ou suintantes ou s’il existe des lésions lichénifiées.

En cas de récidives fréquentes, un traitement proactif avec un dermocorticoïde peut être instauré sur les sites habituellement atteints (classiquement, une application deux jours par semaine, de classe forte pour le corps et modérée pour le visage).

En 2e intention, un inhibiteur de calcineurine topique (tacrolimus pommade 0,1 %) peut être prescrit sur une ordonnance d’exception par un médecin pédiatre ou dermatologue.

Chez les enfants, les dermatologues recommandent l’utilisation des dermocorticoïdes et des inhibiteurs de calcineurine topiques selon les mêmes modalités d’application que chez l’adulte, en traitement de 1ère intention des poussées et en traitement proactif.

Complications infectieuses

Les antiseptiques topiquesne sont indiqués ni dans les poussées de la dermatite atopique ni en cas d’impétiginisation. Cette dernière nécessite des antibiotiques en cure courte par voie systémique (si lésions impétiginisées étendues) ou topique (mupirocine en cas d’impétiginisation localisée).

Si suspicion clinique d’eczema herpeticum  (ou syndrome de Kaposi-Juliusberg), initier un traitement antiherpétique systémique (per os ou e, intraveineuse selon la gravité) sans attendre les résultats du prélèvement par PCR (suspendre les anti-inflammatoires topiques pendant au moins 48 h).

En cas de forme « tête et cou » possiblement liée à Malassezia sp. (aspect de dermite séborrhéique), un antifongique est préconisé.

Photothérapie

La photothérapie par UVB à spectre étroit est indiquée en première intention chez les adultes avec une DA modérée à sévère, en tenant compte du phototype, et en évitant les traitements répétés ou prolongés. Les photothérapies de 2e intention sont : balnéophotothérapie, UVB à large spectre, UVA.

Proscrire l’usage d’une photothérapie chez les patients ayant un risque augmenté de cancer cutané : antécédents de cancer cutané, héliodermie, traitements immunosuppresseurs.

La photothérapie a aussi un intérêt dans la prise en charge du prurit persistant malgré un traitement local optimal (pour rappel, les antiprurigineux locaux, les antihistaminiques, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine ne sont pas recommandés contre le prurit dans la DA).

Traitement systémique

Un traitement systémique est indiqué chez l’adulte en cas de :

  • dermatite atopique mal contrôlée (score de sévérité élevé et/ou retentissement majeur sur la qualité de vie) malgré un traitement local adapté et bien conduit ;
  • incapacité de réaliser un traitement local adapté ;
  • utilisation de plus de 4 tubes de 30 grammes de dermocorticoïdes forts par mois.

Trois catégories :

  • immunosuppresseurs conventionnels : ciclosporine ; en alternative hors AMM : méthotrexate, azathioprine, mycophénolate mofétil (MMF) ;
  • biothérapies : dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab, némolizumab ;
  • inhibiteurs de JAK (usage encadré par l’ANSM depuis avril 2023  : abrocitinib, baricitinib, upadacitinib.

Les modalités de prescription et surveillance des traitements systémiques sont téléchargeables ici.

Mesures associées

Éviter autant que possible l’exposition aux allergènes aéroportés (acariens, phanères d’animaux, pollens), chez les patients allergiques ayant une histoire clinique avérée d’aggravation cutanée en cas de contact ; éviter les vêtements irritants (par exemple la laine) ; bannir le tabac.

Ne pas limiter l’activité physique.

Un bilan allergologique n’est pas systématique. Un avis allergologique est recommandé en cas de suspicion d’aggravation après une prise alimentaire.

Outils pratiques

Algorithme décisionnel exhaustif synthétisant les recos : CDP-algo-dermatite-atopique-fr.pdf

Boite à outils (avec scores cliniques et fiches patients) : recommandation-da-boite-a-outils.pdf

Modalités de prescription et surveillance des traitement systémiques : CDP-reco-modalite-trait-syst.pdf

Références
Centre de preuves en dermatologie. Les recommandations du CDP : demartite atopique. 9 septembre 2025.
Centre de preuves en dermatologie, Groupe de recherche sur l’eczéma atopique. Recommandations françaises pour la prise en charge de la dermatite atopique. 9 septembre 2025.
Sigg N, Leducq S, Barbarot S, et al. French guidelines for the management of atopic dermatitis.  J Eur Acad Dermatol Venereol 2025;40(1):e52-6.
Sigg N, Leducq S, Barbarot S, et al. Recommandations françaises pour la prise en charge de la dermatite atopique.  Ann Dermatol Vénéréol FMC 2025;5(8):493-533.
Pour en savoir plus :
Vitek L, Barbarot S. Eczéma atopique. Rev Prat Med Gen 2024;38(1087):219-25.
Kurihara F, Soria A. Dermatite atopique. Rev Prat Med Gen 2023;37(1076):185-9.
Le Seac’h A, Amsler E, Soria A. Item 187. Hypersensibilités et allergies cutanéo-muqueuses chez l’enfant et l’adulte. Urticaire, dermatites atopique et de contact.  Rev Prat 2024;74(4):441-58.

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