Si les effets des écrans et des réseaux sociaux sur la santé mentale des ados préoccupent les spécialistes, les données prospectives à grande échelle font défaut. Une nouvelle étude montre un lien entre mésusage des écrans à 11 - 12 ans et apparition de troubles psychiques un an plus tard, et propose des pistes pour promouvoir un cadre d’utilisation plus sain.

Une équipe internationale de chercheurs a mené une étude prospective évaluant l’association entre usage problématique des écrans et survenue, 1 an après, de troubles liés à la santé mentale : symptômes dépressifs, comportement suicidaire, troubles du sommeil, et initiation de la prise de substances. Pour ce faire, les auteurs ont utilisé des données de la cohorte étatsunienne prospective Adolescent brain cognitive development Study , dans laquelle 8 119 participants (47,5 % de filles) ont répondu à au moins 1 parmi 3 questionnaires évaluant l’usage problématique d’écrans (voir tableau ; questionnaires sur le téléphone portable [6 158 répondants], les réseaux sociaux [N = 4 633], les jeux vidéo [N = 6 348]) en 2018 - 2020, quand ils avaient 11 - 12 ans. Pour chaque questionnaire, les réponses possibles ont été codées en chiffre, et la somme des réponses a été divisée par le nombre de questions pour obtenir un score d’usage problématique (de 1 [moins problématique] à 6 - 7 [plus problématique]).

L’année suivante, la santé mentale de ces ados a été évaluée à l’aide de la Child behavior checklist (CBCL), un outil de dépistage exhaustif comprenant 112 items portant sur les symptômes psychiatriques et les troubles comportementaux, et destiné au parent/représentant légal. D’autres évaluations spécifiques ont concerné les comportements suicidaires, les troubles du sommeil et l’initiation d’usage de substances (alcool, tabac, cannabis).

Les scientifiques ont utilisé des régressions linéaires ou logistiques pour quantifier l’association entre l’usage problématique des écrans et les indicateurs de santé mentale, en prenant en compte plusieurs facteurs de confusion (sexe à la naissance, âge, ethnie déclarées, revenu du ménage, niveau académique des parents). Il en résulte des odds ratio (OR) ajustés quantifiant l’association entre différents troubles et un usage problématique des écrans tel que repéré dans les questionnaires (seuils d’usages problématiques et proportion d’ados concernés non précisés dans l’étude).

Les usages problématiques associés à de nombreux troubles

Les résultats sont parus le 11 février 2026 dans l’American Journal of Preventive Medicine. Les scores moyens aux questionnaires d’usage problématique étaient, en moyenne, assez faibles, allant de 3,08 (écart-type [ET] = 1,10) pour le téléphone portable, de 1,84 (ET = 0,89) pour les réseaux sociaux, et de 2,09 (ET = 1,06) pour les jeux vidéo.

Toutefois, l’usage problématique des écrans était associé une hausse significative du risque pour l’ensemble des troubles évalués. En particulier : 

  • pour l’usage problématique du téléphone : + 57 % de comportements suicidaires, + 55 % d’initiation du tabagisme et + 41 % d’initiation du cannabis, + 11 % de troubles du sommeil ;

  • pour l’usage des réseaux sociaux : + 86 % de comportements suicidaires, + 66 % d’initiation du cannabis, + 30 % d’initiation du tabagisme, + 11 % de troubles du sommeil).

  • l’addiction aux jeux vidéo était significativement associée aux comportements suicidaires (+ 54 %) et aux troubles du sommeil (+ 19 %).

  • Ces derniers comportaient une durée plus courte et un sommeil perturbé dans tous les usages problématiques.


Ces résultats, cohérents avec d’autres données de la littérature, montrent qu’un usage problématique des écrans en début d’adolescence est associé à une plus mauvaise santé mentale ensuite. Ainsi, les auteurs conseillent aux cliniciens d’évaluer en consultation non seulement le temps d’écran, mais aussi un éventuel usage problématique en s’inspirant de leurs questionnaires (cf. tableau), afin de guider au mieux parents et adolescents pour établir un plan d’usage « sain » des écrans.

Quelles solutions ?

Promouvoir un usage sain des écrans

Pour aider les parents face à l’exposition croissante des jeunes au numérique, plusieurs recommandations ont été formulées par différents organismes et institutions : les auteurs partagent notamment les recos de la Société française de pédiatrie (2018), et celles de l’American academy of child and adolescent psychiatry (2020). L’Académie américaine de pédiatrie vient par ailleurs de proposer en janvier 2026 des recos, à destination des enfants et des familles.

Enfin, les recommandations de la commission « Enfants et écrans » de 2024 sont rappelées en encadré.

Agir sur l’horaire du coucher ? 

Un article paru le 25 mai 2026 dans Frontiers in Sleep suggère une autre piste intéressante : mieux encadrer les horaires du coucher des adolescents. Cette étude française s’est appuyée sur un sondage en ligne auprès de 2 512 adolescents (14,46 ± 2,08 ans ; 70 % de filles). Les questionnaires portaient sur leurs habitudes de sommeil (horaires), leur degré d’autonomie dans le choix de l’heure du coucher, l’usage des écrans le soir (durée, types d’utilisation), et ses répercussions en journée (difficulté à se lever, somnolence, symptômes anxiodépressifs).

Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’humeur et la somnolence, le risque de manque de sommeil apparaissait lié à une plus grande autonomie dans le choix des horaires de coucher, notamment le week-end, et à un coucher plus tardif en semaine ; l’usage excessif d’écrans (défini ici par > 120 minutes le soir) était quant à lui fortement associé à un risque de manque de sommeil et de « jetlag social » (temps de sommeil décalés de plus de 2 h entre semaine et week-end).

« La décision de donner aux adolescents l’autonomie sur les horaires de coucher doit prendre en compte l’âge, les contraintes scolaires et l’usage des écrans, et devrait être accompagnée d’une éducation au sommeil personnalisée », concluent les auteurs.

Encadre

Les recommandations de la commission « Enfants et écrans ».

Sur l’exposition aux écrans, tous types confondus :

  • avant 3 ans : pas d’exposition aux écrans ;

  • jusqu’à 6 ans : usage déconseillé, ou tout au moins fortement limité, occasionnel, avec des contenus à qualité éducative et accompagné par un adulte ;

  • après 6 ans : exposition modéré et contrôlée aux écrans.

Le rapport précise que « la Commission se garde, en l’état actuel des connaissances, d’émettre des recommandations en termes de temps d’écran, car le temps d’écran est une variable très imparfaite pour réguler les activités numériques […]. En l’état actuel des connaissances, tout seuil serait nécessairement arbitraire. »

Sur le téléphone portable :

  • avant 11 ans (entrée au collège) : pas de téléphone ;

  • à partir de 11 ans : si l’enfant a un téléphone, il est recommandé qu’il ne soit pas connecté à internet ;

  • à partir de 13 ans : si l’enfant a un téléphone connecté, il est recommandé qu’il ne permette pas d’accéder aux réseaux sociaux ni aux contenus illégaux ;

  • à partir de 15 ans (majorité numérique) : l’accès aux réseaux sociaux devrait être limité à ceux conçus de façon éthique, c’est-à-dire sans design manipulateur et/ou trompeur (les réseaux sociaux populaires et massivement fréquentés actuellement ne répondent pas à cette exigence, NDLR).

D’après : Mallordy F, Nobile C. Enfants et écrans : que dit la science ? Rev Prat (en ligne) 19 septembre 2025.

Pour en savoir plus
Nagata JM, Shim JE, Balasubramanian P, et al. Prospective associations between early adolescent problematic screen use, mental health, sleep, and substance use.  Am J Prev Med 2026;70(4):108248.
Hartley S, Royant-Parola S, Dagneaux S, et al. The association between perceived bedtime autonomy, sleep patterns, and daytime functioning in adolescents.  Front Sleep 2026;5:1719668.
De Ternay J, Franc N, Rolland B. Prise en charge du trouble du jeu vidéo et autres usages numériques problématiques chez l’enfant et l’adolescent.  EMC Psychiatrie [37-200-E-20], 2024.
Mallordy F, Nobile C. Enfants et écrans : que dit la science ?  Rev Prat (en ligne) 19 septembre 2025.
Ribéreau-Gayon A. Une semaine sans réseaux sociaux améliorerait la santé mentale des jeunes.  Rev Prat (en ligne) 27 février 2026.
Martin Agudelo L. Écrans et enfants/ados : la règle des 3, 6, 11, 13, 15.  Rev Prat (en ligne) 6 mai 2024.
Robert N, Godart N. Médias sociaux et santé mentale des adolescents.  Rev Prat 2023;73(3):257-65.

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