Les résultats de l’étude épidémiologique évaluant l’efficacité « en vie réelle » des vaccins anti-Covid en France chez les sujets âgés de 50 ans et plus viennent d’être publiés (rapports Épi-Phare). C’est la plus vaste étude de ce type réalisée dans le monde à ce jour. Synthèse de ses conclusions.

 

Quelle méthodologie ?

Cette étude de vraie vie a utilisé les données pseudonymisées de la base nationale VAC-SI – pour identifier les personnes vaccinées – couplées à celles du Système national des données de santé (SNDS), pour décrire leurs caractéristiques sociodémographiques et leurs comorbidités, et pour identifier une cohorte de sujets non vaccinés dans la même tranche d’âge. En effet, chaque sujet vacciné a été apparié chronologiquement (du 1er février au 30 avril 2021), à la date de vaccination, à un sujet non vacciné de même âge, sexe et région administrative. À noter qu’un sujet témoin ne pouvait être apparié qu’à une seule personne vaccinée ; s’il était ensuite vacciné au cours du suivi, celui-ci était arrêté pour le « couple » auquel il appartenait, et il devenait alors éligible pour être inclus dans la cohorte des vaccinés. Les variables d’ajustement comprenaient les caractéristiques socio-économiques et les comorbidités. La période de suivi, allant jusqu’au 20 juillet 2021, incluait le début de la circulation du variant delta en France.

Cette étude, articulée en 2 volets (la première chez les plus de 75 ans et la deuxième chez les 50-74 ans), a inclus un total de 22,6 millions de personnes : c’est donc à l’heure actuelle la plus vaste étude d’efficacité « en vie réelle » des vaccins anti-Covid dans le monde.

Quelle efficacité contre les formes grave de Covid ?

La première partie de cette étude porte sur une cohorte de sujets âgés de 75 ans et plus (âge moyen : 83 ans ; 60 % de femmes), composée de 3,6 millions de vaccinés et autant de sujets témoins (2 486 060 sujets, soit 40,5 %, inclus uniquement dans le bras « vaccinés » ; 2 486 060 inclus uniquement dans le bras « non vaccinés » ; enfin, 1 160 913 (19,0 %) initialement inclus dans le premier groupe puis dans le second, après avoir reçu le vaccin).

Elle complète les données exposées dans le précédent rapport d’Épi-Phare qui portaient sur les 2 premiers mois de la campagne vaccinale dans cette même tranche d’âge (fin du suivi au 20 mars), et en confirme les conclusions, à savoir l’excellente efficacité en vie réelle des trois vaccins utilisés : dans l’ensemble, la réduction du risque d’hospitalisation pour Covid-19 à partir du 14e jour après la seconde injection était de 93 % (92 % pour Pfizer, 96 % pour Moderna et AstraZeneca). La réduction du risque de décès au cours d’une hospitalisation pour Covid-19 était également de 93 %, tous vaccins confondus.

Les données d’efficacité des vaccins en vraie vie chez les 50-74 ans sont issus d’une cohorte de 15,4 millions de sujets (âge moyen : 64,5 ans ; 52,6 % de femmes), inclus entre le 1er février et le 30 avril 2021 et suivis jusqu’au 20 juillet 2021 (suivi total médian de 49 jours) : 7,7 millions de vaccinés, représentant 60 % du nombre total de sujets vaccinés sur cette période avec au moins une dose, tous âges confondus, ont été comparés à 7,7 millions non vaccinés. Parmi les premiers, 53,6 % ont reçu Pfizer, 7,1 % Moderna (délai médian de 28 jours entre les deux doses) et 39,2 % AstraZeneca (délai médian de 77 jours).

Conclusion : pour l’ensemble des vaccins, une réduction de 92 % du risque d’hospitalisation pour Covid-19 a été constatée dans cette tranche d’âge, à partir du 14e jour après la 2e dose ; le risque de décès était réduit de 86 %. Les données par vaccin ont montré une diminution du risque de forme grave comparable : 93 % avec Pfizer, 92 % avec Moderna et 94 % avec AstraZeneca. À noter, toutefois, que le suivi médian après J14 post-2e dose était plus long pour les deux premiers (40 jours en médiane) que pour AstraZeneca (24 jours) et que les analyses présentées dans ce rapport pour ce vaccin ne prennent pas en compte le fait que la 2e injection a pu être faite avec un autre vaccin – ce schéma hétérologue fera l’objet d’une étude approfondie ultérieurement.

Quelle durée ?

L’efficacité des vaccins contre les formes graves aboutissant à une hospitalisation semblait persister dans le temps, demeurant à un niveau élevé jusqu’à 5 mois après la deuxième dose : 94 % chez les plus de 75 ans (pour AstraZeneca, même ordre de grandeur pour Pfizer ; pas de données pour Moderna, compte tenu des faibles effectifs) ; pour les 50-74 ans, 96 % et 97 % respectivement après 3-4 mois et 4-5 mois.

Ces résultats n’indiquent donc, pour l’heure, aucun signe de perte de l’immunité vaccinale, plaidant en faveur d’une troisième dose étendue à la population générale. Mais il faut rester prudent, le suivi étant limité à 5 mois.

Et contre le variant delta ?

Le suivi des personnes vaccinées par Pfizer a montré que l’efficacité contre le risque d’hospitalisation restait élevée en période de circulation du variant delta : 84 % chez les plus de 75 ans et 92 % chez les 50-74 ans, sur la période comprise entre le 20 juin et le 20 juillet 2021. Toutefois, cette période étant très courte, il faut davantage de données pour évaluer l’effet réel de la vaccination sur ce variant.

Laura Martin Agudelo et Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Pour aller plus loin :

Épi-Phare. Impact de la vaccination sur le risque de formes graves de Covid-19. 11 octobre 2021.

Figures et tableaux