L’été est évidemment l’occasion d’exhiber sa peau tatouée, mais aussi de s’embellir avec des tatouages « éphémères » (non permanents) souvent proposés dans les lieux de villégiature. Les règles, précautions et conseils indispensables pour les amateurs. Par le Dr Nicolas Kluger, consultation « tatouages », service de dermatologie, hôpital Bichat – Claude-Bernard, Paris.

 

L’été est l’occasion pour beaucoup de révéler sa peau tatouée, elle qui est habituellement (le plus souvent !) cachée le reste de l’année. Il faut cependant rappeler quelques règles simples concernant les tatouages durant l’été.

Tout d’abord, on conseille plutôt d’éviter de faire un nouveau tatouage en période estivale, d’autant plus quand des vacances à la plage et au soleil sont prévues juste après. En effet, durant la phase de cicatrisation d’un tatouage récent, le soleil, l’eau de mer ou de piscine sont à éviter strictement. Une exposition solaire précoce peut altérer le tatouage et entraîner un blanchiment précoce de ses couleurs. Cela s’applique aussi bien pour les tatouages permanents classiques que pour le maquillage permanent ou le microblading (sourcils).

Par ailleurs, des réactions allergiques sur tatouage peuvent être photo-déclenchées notamment sur le rouge, le jaune ou l’orange. Ces réactions (gonflements, démangeaisons sévères) peuvent survenir après tatouage mais également sur des tatouages plus anciens cicatrisés.

L’eau de mer sur un nouveau tatouage en cours de cicatrisation est à proscrire en raison du risque d’inoculation de germes aquatiques, à travers la plaie. Rappelons le triste sort de cet homme de 31 ans qui a développé un sepsis fatal à Vibrio vulnificus après une baignade dans le Golfe du Mexique 3 jours après s’être fait tatouer.1 Ce patient avait certes un terrain à risque, mais son histoire illustre les risques du non-respect des règles élémentaires après tatouage.

L’exposition solaire itérative et chronique augmente le risque de photovieillissement des tatouages. Il est donc recommandé d’appliquer les crèmes solaires sur ces derniers (en plus du reste de la peau !) en prévention.

Certains sont tentés par une alternative temporaire comme le tatouage au henné, qui est bien souvent proposé sur les lieux de villégiature. On rappelle qu’il faut à tout prix éviter les tatouages au henné « noir » car ils contiennent bien souvent de la para-phénylène-diamine (PPD) hautement allergisante, et ce même après la première application. Les allergies à la PPD peuvent être très sévères : il s’agit de réactions locales intenses avec risque de cicatrices ou d’allergies croisées notamment avec des colorants capillaires.2

Comment savoir s’il s’agit d’un henné « à risque » ? Il est noir/noir jais (contrairement au henné naturel qui est rouge/auburn), on vous propose une application rapide en une dizaine de minutes (alors que le henné naturel est appliqué pendant plusieurs heures, voire toute la nuit) et enfin on vous promet un tatouage temporaire qui durera « longtemps » (tandis que celui au henné tient quelques semaines).

Il existe actuellement une alternative au tatouage au henné noir qui est le tatouage au jagua (Génipayer). Ce dernier n’expose pas aux risques cités précédemment, mais quelques cas de réactions allergiques locales ont été rapportées dans la littérature.3

Que conseiller aux amateurs ?

– Faites-vous tatouer à distance de vos vacances (ou alors préparez-vous à cacher la zone en question).

– Si vous vous faites tatouer sur votre lieu de vacances, faites-le avant de rentrer.

– Il faut bien réfléchir avant de vous faire tatouer ! Évitez les tatouages impulsifs, ne vous pressez pas si vous avez des hésitations.4

– Choisissez bien votre tatoueur, faites-vous tatouer dans un salon dédié.

Les principales complications du tatouage, c’est un tatouage que l’on regrette ou moche… ou les deux !

Dr Nicolas Kluger

Consultation « tatouages », CHU Bichat – Claude-Bernard, Paris.

Service de dermatologie, CHU d’Helsinki, Helsinki, Finlande.

Références

1. Hendren N, Sukumar S, Glazer CS. Vibrio vulnificus septic shock due to a contaminated tattoo.BMJ Case Rep 2017:bcr2017220199.

2. Kluger N, Raison-Peyron N, Guillot B. Tatouages temporaires au henné : des effets indésirables parfois graves.Presse Med 2008;37(7-8):1138-42.

3. Bircher AJ, Sigg R, Scherer Hofmeier K, et al. Allergic contact dermatitis caused by a new temporary blue-black tattoo dye – sensitization to genipin from jagua (Genipa americana L.) fruit extract.Contact Dermatitis 2017;77(6):374-8.

4. Kluger N, Misery L, Seité S, et al. Regrets after tattooing and tattoo removal in the general population of France.J Eur Acad Dermatol Venereol 2019;33(4):e157-9.

Pour en savoir plus :

Kluger N. Complications des tatouages.Rev Prat Med Gen 2018;32(1001);381-3.

Kluger N, Fusade T. Complications liées à la pratique du tatouage.Rev Prat 2020;70(3);305-9.

 

Figures et tableaux
Références
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