Un rapport de la Drees sur la mortalité périnatale, largement relayé par la presse, met en évidence des chiffres préoccupants et une tendance récente à la hausse. Mais comment interpréter ces données ? Où se situe la France par rapport aux autres pays européens ? Décryptage par Catherine Hill.

Le 10 juillet 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé a publié un rapport sur la mortalité périnatale en France1. Celui-ci repose sur une base de données « Mère-enfant corrigée » constituée par l’Inserm et la Drees à partir d’informations tirées du Système national des données de santé.

D’après ce rapport, en 2024, le taux de mortalité périnatale (nombre d’enfants nés sans vie ou décédés au cours des 7 premiers jours de vie, rapporté au nombre de grossesses terminées après au moins 22 semaines d’aménorrhée [SA]) s’élève à 11,2 pour 1 000. La conclusion de la Drees est la suivante : « en 2019, dernière année disponible pour la comparaison européenne, la France se classait au 16e rang sur 28 pays pour la mortalité périnatale à partir de 24 semaines d’aménorrhée hors interruptions médicales de grossesse (indicateur utilisé pour les comparaisons européennes) ».

Ces résultats appellent quelques commentaires et explications. En particulier, il est essentiel de préciser, pour chaque estimation de la mortalité périnatale, plusieurs éléments :

  • la population étudiée : selon les sources, les fins de grossesse prises en compte sont celles survenant à partir de 22 semaines d’aménorrhée (SA), 24 SA ou 28 SA. La mortalité est naturellement plus importante lorsque l’analyse inclut les fins de grossesses les plus précoces ;

  • la prise en compte ou non des interruptions médicales de grossesse (IMG) ;

  • la durée de suivi des enfants nés vivants : selon les sources, les décès sont comptabilisés dans les 7 ou dans les 27 premiers jours de vie, le jour de la naissance étant considéré comme le jour 0. Le nombre de décès augmente mécaniquement avec l’allongement de la période d’observation.


La définition de la mortalité périnatale utilisée par la Drees agrège trois différentes composantes : les enfants mort-nés, les IMG et les enfants nés vivants décédés dans les 7 premiers jours de vie, dénombrés dans l’ensemble des grossesses terminées après au moins 22 SA (figure 1).

Des chiffres à nuancer

La figure 1 montre les évolutions de ces trois composantes.

La fréquence des mort-nés augmente nettement, avec une hausse particulièrement importante entre 2023 et 2024. La fréquence des IMG diminue peut-être légèrement, tandis que la mortalité dans les 7 premiers jours augmente depuis 2011. En 2024, pour 1 000 fins de grossesse survenues après au moins 22 SA, on compte 5,8 mort-nés, 3,4 interruptions médicales de grossesse, et 2,0 décès dans les 7 premiers jours de vie d’enfants nés vivants.

Les médias ont repris l’information sans préciser qu’elle prenait en compte les IMG et les enfants mort-nés, et en laissant entendre que ces décès étaient liés, au moins en partie, aux échecs du système de santé. Cette interprétation est inappropriée s’agissant des IMG, qui sont en principe justifiées. Elle doit également être nuancée pour les morts in utero après 22 semaines de grossesse : cette catégorie inclut en effet les décès constatés avant le début et au cours du travail.

Rôle des fins de grossesse prématurées

Le rapport de la Drees montre que la mortalité périnatale est d’autant plus élevée que la fin de grossesse est prématurée (figure 2), et en conclut que la prématurité est un facteur de risque de cette mortalité. Or, un âge gestationnel court n’est pas, en soi, un facteur de risque d’une mort in utero ou d’une IMG mais plutôt une conséquence, dans la mesure où ces deux événements conduisent à une gestation plus brève. Le raisonnement est donc, au moins en partie, circulaire.

Évolution dans le temps

Il faut mettre également en perspective l’augmentation de la fréquence de la mortalité périnatale au cours du temps.

La Drees a fait des estimations pour les années entre 2014 et 2024, mais présente aussi des données antérieures, tirées des statistiques d’état civil de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui portent sur la période 1994 - 2007.

La figure 3 montre ces estimations. L’augmentation observée entre 2001 et 2002 provient d’un élargissement de la définition de la population étudiée : avant 2002, seuls les enfants ayant un âge gestationnel d’au moins 28 semaines étaient inclus, tandis qu’à partir de 2002, le seuil a été abaissé à 22 semaines. La prise en compte, à partir de 2002, des enfants ayant un âge gestationnel entre 22 et 27 SA, entraîne une importante augmentation de la mortalité périnatale, car plus les enfants sont prématurés, plus leur risque de décès est élevé.

Cette figure montre aussi que la mortalité périnatale totale observée en 2024 est égale à celle décrite en 2006, ce qui conduit à relativiser l’augmentation observée récemment. Toutefois, l’absence de progrès depuis 2002 est indéniable : le nombre cumulé des mort-nés et d’IMG, après avoir diminué entre 2006 et 2014, croît de nouveau depuis 2019 ; de plus, la mortalité dans les 7 premiers jours de vie augmente depuis 2011.

Comparaison avec les autres pays européens

Sur le site d’Eurostat, on trouve une estimation de la fréquence des mort-nés en 2023 dans une trentaine de pays d’Europe. Elle serait en France égale à 8,7 mort-nés pour 1 000 grossesses se terminant après au moins 24 SA, ce qui en fait la fréquence la plus élevée parmi les pays étudiés. Mais ce chiffre est très supérieur aux taux estimés par Euro-Peristat en 2019 (4,8 après au moins 22 SA), et par la Drees pour les grossesses se terminant aussi après au moins 22 SA (5,3 en 2023 et 5,8 en 2024)2. Cette discordance entre les estimations de la fréquence des mort-nés pourrait s’expliquer par l’inclusion des IMG dans l’estimation d’Eurostat ; malheureusement, ce point méthodologique n’est pas précisé.

Pour la mortalité dans les 27 premiers jours de vie la France est, en 2023, au quinzième rang parmi les 31 pays étudiés, ce qui est compatible avec sa position en 2019 indiquée dans le rapport de la Drees.

Par ailleurs, ce dernier cite une publication d’Euro-Peristat de 2022 qui compare les taux de mortalité périnatale, en principe hors IMG, dans la plupart des pays d’Europe en 2019. En réalité, certains pays comme la Belgique, le Portugal et l’Irlande ne font pas la distinction entre mort-nés spontanés et IMG. Dans ces conditions, la comparaison de la mortalité périnatale entre pays est presque impossible à interpréter. Les différents indicateurs sont liés : l’amélioration de la surveillance des grossesses in utero peut conduire à une augmentation du nombre d’IMG (lorsqu’une anomalie grave est diagnostiquée), et entraîner ainsi une diminution de la mortalité postnatale ; mais elle peut aussi réduire cette mortalité lorsqu’une intervention in utero sur le fœtus permet d’éviter un décès après la naissance.

Qu’en retenir ?

L’estimation de la mortalité périnatale présentée par la Drees est artificiellement élevée car elle inclut les interruptions de grossesse pour raison médicale. Cependant, l’augmentation de la fréquence des mort-nés, observée surtout entre 2023 et 2024, ainsi que la hausse de la mortalité au cours de la première semaine de vie constatée depuis 2011, nécessitent une réaction sérieuse des autorités.

Les comparaisons entre pays et même intra-pays au cours du temps sont compliquées par l’inclusion variable des IMG dans le dénombrement des mort-nés : systématique dans certains pays (Belgique, Irlande, Portugal…)3, limitée à certaines périodes pour d’autres (comme en France en 2013)4.

Références
1. Drees. La part d’enfants nés sans vie ou décédés au cours des sept premiers jours de vie s’élève à 11 pour 1 000 naissances en 2024. 30 septembre 2026.
2. Eurostat. Fetal, peri- and neonatal mortality rates by country of occurrence. 24 septembre 2026.
3. Philibert M, Gissler M, Zurriaga O, et al. Evaluating perinatal health in Europe: A comparison of routine population birth data sources. Paediatr Perinat Epidemiol 2025;39(5):405-16.
4. Martory J. L’enfant mort-né. Passeport santé 8 mars 2021.

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